par Revue Esprit
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2026 marque les vingt-cinq ans de la reconnaissance légale par la France, pionnière en la matière, de son histoire esclavagiste. Les commémorations du 10 mai, devenu « Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions », puis du 23 mai, « Journée nationale à la mémoire des victimes de l’esclavage » prennent donc un relief particulier.

En février 1999, la députée de la Guyane, Christiane Taubira, montait à la tribune de l’hémicycle pour présenter une proposition de loi affirmant que la traite et l’esclavage étaient des crimes contre l’humanité. Propos excessif, jugèrent alors certains opposants, dans une France qui venait tout juste de célébrer le cent-cinquantième anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans ses colonies. La formule officielle mise en avant par le gouvernement, « Tous nés en 1848 », n’était-elle pas censée mettre un terme à l’interminable débat sur le rôle central de la France dans la traite transatlantique ?

Or pour de nombreux députés, intellectuels et militants ultramarins, avec l’adoption par l’Assemblée de la loi dite « Taubira », le 10 mai 2001, le vrai débat sur le « devoir de mémoire » envers l’horreur de la traite, de l’esclavage, du commerce triangulaire et de l’économie de plantation venait tout juste de commencer. Et en un quart de siècle, la réflexion autour des responsabilités historiques de la France a certes gagné en importance, tant sur le plan juridique que symbolique. Pourtant, le débat sur la place que devrait tenir cette histoire dans l’enseignement, l’économie ou l’espace public reste encore très vif, tout comme persiste la méfiance envers une pratique officielle jugée trop « ritualisée » ou « figée » pour en libérer vraiment le potentiel éthique et démocratique.

Sans doute est-ce encore Christiane Taubira qui avait le mieux anticipé ces contestations, au moment de présenter ses conclusions : « Ce rapport n’est pas une thèse d’histoire. Il n’aspire à aucune exhaustivité, il ne vise à trancher aucune querelle de chiffres, il reprend les seules données qui ne font plus litige. […] Il n’est pas non plus un acte d’accusation, parce que la culpabilité n’est pas héréditaire et parce que nos intentions ne sont pas de revanche. Il n’est pas une requête en repentance, parce que nul n’aurait l’idée de demander un acte de contrition à la République laïque, dont les valeurs fondatrices nourrissent le refus de l’injustice. […] Pourtant, nous allons décrire le crime, l’œuvre d’oubli, le silence, et dire les raisons de donner nom et statut à cette abomination. » Ainsi, l’anniversaire de cette année ne marque pas tant l’aboutissement qu’une nouvelle étape d'un travail de mémoire toujours à renouveler.

La rédaction