Se souvenir de Srebrenica
L’été 2025 marque les trente ans du crime de génocide de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine. En 2024, l’Assemblée générale des Nations-Unies a proclamé le 11 juillet « Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide commis à Srebrenica », mais le constat serait plutôt que les guerres en ex-Yougoslavie et les crimes qui y ont été commis ont été largement oubliés, quand bien même ils annonçaient, à bien des égards, nombre de conflits contemporains.
Le génocide de Srebrenica en lui même n'est que le point culminant d’une campagne de nettoyage ethnique qui avait débuté en Bosnie-Herzégovine en avril 1992, dans le sillage de la campagne entamée en Croatie en 1991, et des faux-semblants de l’intervention internationale qui, tout en s’offusquant des horreurs amplement documentées (voir notamment les rapports de l’ONU établis par Tadeusz Mazowiecki), en entérinera les résultats militaires et politiques.
Ce dossier regroupe une sélection d’articles permettant de saisir les différentes étapes de cette dynamique mortifère, régulièrement documentée et dénoncée par la revue Esprit où se constitue dès le printemps 1992 le Comité Vukovar-Sarajevo1. Les événements et discours de l’époque y sont analysés au prisme d’un questionnement sur le retour des nationalismes (en posant aussi la question de l’isolement des « Musulmans de Bosnie »), sur l’émergence d’un racisme ou ethnicisme qui n’a plus grand chose à voir avec le racisme prémoderne, sur les pouvoirs totalitaires (et donc la nature du régime de Belgrade), mais aussi les ressorts d’une « politique de la haine » et les arrangements diplomatiques des années 1990, quand la « communauté internationale » entendait d’un côté développer et défendre le droit international et le droit humanitaire mais a laissé faire de l’autre un « génocide annoncé ».
D’où sans doute le refoulement dans le débat français des guerres balkaniques et l’oubli symptomatique de Srebrenica, alors que les procès du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie ont retracé toute la logistique de ce massacre et que d’autres travaux (ceux de Sylvie Matton et de Florence Hartmann en particulier) éclairent les responsabilités internationales dans l’enchaînement des événements. Malgré les commémorations officielles et les repentirs, ces dernières ne sont toujours pas complètement assumées. En dépit du retour de la guerre sur le sol européen avec l’agression russe de l’Ukraine, toutes les leçons de la tragédie des Balkans n’ont pas encore été tirées.
- 1. Vukovar, Sarajevo : La guerre en ex-Yougoslavie - Ed. Esprit, Oct. 1993, Paris, sous la direction de Véronique Nahoum-Grappe