Travail – Techniques – Production
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Travail – Techniques – Production

L’agrégation de philosophie propose cette année aux candidats de réfléchir au triptyque travail - techniques - production. C’est l’occasion de revenir sur quelques-unes des nombreuses réflexions publiées sur ce thème dans les pages d’Esprit. Il faut dire que l’enjeu au coeur de ces notions, celui du progrès, questionne à la fois l’aventure de la modernité et son terme. 

Dans le dossier de mars-avril 2017 sur Le problème technique, Irlande Saurin s’intéresse à la philosophie de Gilbert Simondon, qui dénonce notre ignorance des schèmes de fonctionnement de nos objets techniques et fournit des ressources pour penser l’ouverture éthique du sujet. 

Gilbert Simondon avait accordé un entretien à la revue en 1983. Selon lui, lorsque l’on parle des techniques, c’est en général du point de vue qui leur est extérieur, que ce soit celui de l’organisation du groupe social, des  conditions de vie ou de travail des individus, de l’équilibre de la nature, etc. 

Poursuivant une réflexion philosophique sur le sujet dans les pages de la revue, dans un texte de 1958 publié en 2009, Paul Ricoeur évalue l’impact du progrès technique sur les rapports que l’homme entretient avec le monde et avec lui-même. Jusqu’à quel point l’homme se change-t-il lui-même en accroissant son pouvoir sur les choses ?

En 2009, Marc Crépon s’intéresse à un autre penseur, Jan Patocka. En relisant ses Essais hérétiques, on peut ainsi analyser avec un recul critique les appels contemporains à « rétablir la valeur travail ». 

Comment se concrétise cette « valeur travail » dans le quotidien du travailleur ? En 2005, Jacques Le Goff note que l’heure est, dans l’entreprise, à l’« euphémisation de l’autorité » - laissant de plus en plus de place à la liberté d’initiative, les politiques managériales renvoient au salarié lui-même la responsabilité de ses actes. Mais n’est-ce pas un faux-semblant ? 

Ainsi Dominique Méda, en 1995, estime que la théorie économique actuelle n'accorde aucune valeur au fait de disposer d'individus en bonne santé, aspirant à la paix, civiques, heureux, tolérants. Peut-être faudrait-il en venir à l'idée de « bonne société », fût-elle utopique.

D’une manière qui fait écho aux questionnements actuels sur le transhumanisme, Pierre Lévy s’interroge, en 1990 : lorsque les philosophies consentent à élever la technologie à la dignité du pensable, c’est en général pour ressasser la thèse erronée et stérile de son autonomie, là où les technophobes y voient une instance infra-humaine, divine ou démoniaque. Or, rendue aux affaires humaines par un travail de réappropriation mentale, la technique se voit restituée à la dimension politique et recèle un pouvoir de configuration sociale.

mars/avril 2017  -  Comprendre la technique, repenser l'éthique avec Simondon
février 2009  -  La « valeur » du travail et la « force » des idéologies
mars/avril 2006  -  L’aventure technique et son horizon planétaire
mars/avril 2005  -  Nouveaux modes de subordination dans le travail
février 1990  -  La technique n'est pas une idole
janvier 1988  -  Fin de la valeur travail ?
avril 1983  -  Sauver l'objet technique. Entretien avec Gibert Simondon