Le Monde et la Terre de David Van Reybrouck
Écrivain belge connu pour ses fresques historiques sur le Congo et l’Indonésie, David Van Reybrouck est également militant pour l’environnement et la démocratie. Son dernier livre, le court essai Le Monde et la Terre. Comment les préserver ?, combine ses deux préoccupations, après la parution en 2023 de son Nous colonisons l’avenir. Dans un style vif et engagé, Van Reybrouck interroge notre rapport à la nature, dont nous perturbons les équilibres. Il invite le « Monde » à accorder à la « Terre » la place qui lui revient, au risque de continuer à mettre en péril nos conditions d’existence. Revenant sur l’histoire de la diplomatie depuis l’époque moderne, il montre comment celle-ci a su se réinventer et en quoi il est urgent que celle-ci se réforme, alors que son modèle actuel peine à affronter efficacement les défis environnementaux, à l’image des résultats décevants obtenus lors des COP successives. Du bilatéralisme au multilatéralisme, qu’incarne en dernière instance l’ONU, la diplomatie reste encore prisonnière des intérêts nationaux, même si elle a su éviter un certain nombre de conflits, notamment armés. La crise environnementale, qui ne se résume pas au seul dérèglement climatique, dépasse par sa complexité les précédents problèmes que la diplomatie a su résoudre ou contenir. En particulier, cette crise rend inopérante la souveraineté par ses multiples effets.
Ainsi, « au-delà de la logique de la raison d’État, nous avons besoin d’un nouveau principe : celui de la raison de Terre – une approche globale qui place les besoins fondamentaux du système terrestre au-dessus des besoins nationaux ». Il cite l’Union européenne en exemple d’une réduction volontaire de souveraineté de la part des États, dont l’existence n’est pas pour autant remise en cause. En parallèle, à l’aune d’une grande enquête d’opinion mondiale récente, il montre que 80 % de la population est en faveur d’une plus grande action dans le domaine climatique. Mais comment ces citoyens peuvent-ils se faire entendre ?
David Van Reybrouck plaide pour la mise en place d’une Assemblée mondiale citoyenne représentative, dont les prémices furent posées lors de la COP26 organisée au Royaume-Uni. Une telle assemblée, formellement intégrée aux COP (dans un rôle complémentaire et non de substitution), permettrait selon lui d’élever les ambitions de ces sommets et de faire entendre ce qu’il appelle « la raison de Terre » face aux intérêts nationaux, autrement dit « servir de boussole éthique pour garder le cap de l’intérêt général et à long terme ». S’il est bien conscient des obstacles que risque de rencontrer une telle initiative, surtout dans le contexte géopolitique brutal actuel, Van Reybrouck décèle un soutien croissant pour une telle initiative qu’il estime plus que nécessaire au regard des questions auxquelles l’humanité est confrontée (utilisation du budget carbone restant entre pays, recours éventuel à la géo-ingénierie). Une telle institution représentative permettrait aussi de donner une place à des conceptions non occidentales, compte tenu du poids démographique des pays asiatiques et africains.
L’idée de David Van Reybrouck est bien évidemment louable. Dans son diagnostic, l’auteur néglige toutefois que, plus que les objectifs définis par les diplomates lors des COP, c’est la mise en œuvre effective – des mesures nationales d’atténuation comme des financements promis aux pays les plus touchés par les effets du dérèglement climatique – qui fait avant tout défaut. Pour autant, la participation citoyenne – sans être une solution miracle – n’en reste pas moins un élément déterminant pour avancer dans la résolution de la crise écologique.