Le droit d'émigrer


« Dans un monde où tout circule librement […], le droit à la mobilité ne va pas de soi. » C’est de ce paradoxe de la mondialisation dont part Catherine Wihtol de Wenden dans ce petit ouvrage pour retracer l’histoire philosophique et juridique du « droit d’émigrer », autrement dit du droit de sortir d’un territoire ou d’un pays. Aujourd’hui, ce droit s’est universalisé, très peu de pays empêchant leurs populations de partir ; le droit d’entrer, en revanche, s’est largement restreint. Il n’en allait pas de même entre le xviie et le xixe siècle, où les populations, considérées comme une ressource, étaient sommées de rester sur le territoire national, alors que le droit d’entrée était peu réglementé. Ce sont les juristes – comme Grotius – et les penseurs du libéralisme – comme Locke – qui ont mis en avant la liberté de circulation comme un droit pour les individus, un droit devant échapper à l’emprise des États. Or force est de constater aujourd’hui que ce droit de circuler se heurte aux murs, aux camps, aux rivages inhospitaliers. Et qu’il existe un clivage fondamental entre des politiques et des opinions publiques, en Europe tout du moins, qui associent l’immigration au danger, voire à l’invasion, et des études savantes, des groupements internationaux (comme le Dialogue de haut niveau des Nations unies sur les migrations) qui mettent en avant l’association entre migration et développement. Ce petit livre permet de se replacer dans une histoire plus longue, de rappeler quelques faits (comme par exemple le fait que les migrations se font presque autant du Sud vers le Sud que du Sud vers le Nord) et de s’inscrire radicalement à contre-courant du discours politique dominant actuel, qui confond par ailleurs allègrement immigration, intégration, asile et sécurité.

A. B.

CNRS Editions, 2013
57 p. 4 €