Le radeau de la Méduse, Théodore Géricault (Domaine public)
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Savoir et pouvoir : l'impossible rencontre

juil./août 2018

#Divers

Dans le domaine de la migration, le savoir constitué n’a que peu d’effet sur les décisions politiques en raison d’une tendance politique à rester dans les lignes déjà tracées, de la séparation des communautés épistémiques et d’un manque de légitimité de la science des migrations.

Comment ne pas s’étonner de constater, dans le champ des migrations internationales et des réfugiés, que le savoir constitué depuis une quarantaine d’années par des universités prestigieuses, des instituts de recherche renommés, des auteurs connus et reconnus, des organisations internationales et des groupes d’experts a si peu d’effets sur la décision politique. Ce n’est pas le seul domaine où savoir et pouvoir se rencontrent peu, mais c’est certainement l’un de ceux où les idées reçues résistent le plus fortement aux démentis de la recherche : en matière d’environnement, de biodiversité, de médecine ou encore des sciences dites « dures », les connaissances des chercheurs sont bien davantage sollicitées par les responsables politiques.

Un écart persistant

Certes, il faut toujours un laps de temps plus ou moins long entre la recherche et sa diffusion. Rappelons, sans remonter à Galilée («Eppure si muove», en parlant de la Terre qui tourne autour du Soleil et non pas l’inverse, disait-il lors de son procès) que des scientifiques reconnus ont eu beaucoup de mal dans le passé récent à se faire entendre. Quand René Dumont écrivait «

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Catherine Wihtol de Wenden

Spécialiste des migrations internationales, chercheur au CNRS, elle a publié de nombreux ouvrages et mené de nombreuses enquêtes sur les flux migratoires, légaux et illégaux. Elle est notamment l'auteur de La question migratoire au XXIè siècle: migrants, réfugiés et relations internationales (Paris, Presses de Sciences Po, 2010) et de Les nouvelles migrations: lieux, hommes, politiques (Paris,…

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Assistons-nous au triomphe de la xénophobie ? Les exilés ne sont plus les bienvenus dans notre monde de murs et de camps. Pourtant, certains font preuve de courage et organisent une contre-politique hospitalière. Ce dossier estival, coordonné par Fabienne Brugère et Guillaume le Blanc, invite à ouvrir le secours humanitaire sur un accueil institutionnel digne et une appartenance citoyenne réinventée.