Paris/Babel

Une mégapole européenne


« À quel moment un saut quantitatif se traduit-il par un changement­ qualitatif ? » À la question de Claude Lévi-Strauss, David Mangin et le collectif qui est à l’origine de cet ouvrage original sur le Grand Paris, dont l’aire urbaine accueille 12 millions d’habitants (13, 5 pour Londres, 14, 8 pour Moscou, 16, 5 pour Istanbul…), n’hésitent pas à répondre par le terme de mégapole (une mégapole est une agglomération de plus de 10 millions d’habitants, une mégalopole une agglomération de plus de 20 millions d’habitants…). De ce constat qui dévalue le recours à la notion de métropole, Paris/Babel tire les indispensables conclusions d’ordre qualitatif : il ausculte une ville aveugle qui n’en finit pas de ne pas vouloir se connaître. Cette mégapole est déjà babélienne (Babel au sens d’un pluralisme qui invite à vivre avec plusieurs langues et dans un univers cosmopolite), elle est également une ville qui a ses souterrains, ses connexions et ses émergences « ordinaires » souvent inattendues (Mangin a en charge le projet des Halles à Paris qui est « la connexion des connexions » de la mégapole parisienne – quatre niveaux souterrains – et ne se résume pas à la canopée qui la recouvre). La prise en compte des réseaux et connexions multiples donne d’autant plus de force à la réflexion au long cours de Mangin sur la « ville passante » qui, loin de défendre l’espace piétonnier, préconise la capacité de passer d’une vitesse à l’autre, d’un réseau à l’autre et « d’une ville à l’autre » au sein de la mégapole.

 

O. M.

Editions de la Villette, 2014
416 p. 33 €