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Joe Biden, photo de Gage Skidmore | Wikimédia
Joe Biden, photo de Gage Skidmore | Wikimédia
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La « gauchisation » du Parti démocrate

septembre 2020

Le Parti démocrate américain se présente comme le parti de la norme morale face à la corruption du président Trump. Mais il vire à gauche aussi, avec une tendance socialiste et une tendance antiraciste. Joe Biden saura-t-il en faire la synthèse ?

L’évolution au cours des dernières années du Parti démocrate – et plus généralement de la gauche américaine – peut se comprendre selon deux grilles de lecture différentes, correspondant chacune à des courants, des sociologies et des stratégies distincts. On peut considérer que le Parti démocrate, du moins depuis 2016, est essentiellement réactif par rapport au phénomène Trump. Ou bien son profil actuel peut être compris comme le résultat d’une série d’évolutions idéologiques, sociales et démographiques de longue durée et essentiellement indépendantes de l’élection de Donald Trump, même si celle-ci a pu accentuer ces tendances ou infléchir leur courbe.

Les modérés : contre l’« exception » Trump

Pour certains Démocrates, il s’agit avant tout d’insister sur le caractère exceptionnel et irrégulier de l’épisode Trump. À commencer par son élection : le 45e président, après tout, n’a été élu qu’avec 46, 1 % des suffrages, contre 48, 2 % pour Hillary Clinton. Sa victoire n’est due, selon eux, que du fait d’un collège électoral donnant un avantage injustifié aux États ruraux (donc conservateurs). De plus, à la surprise générale, Trump a remporté, avec d’infimes avances, trois États traditionnellement démocrates (le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie), lui permettant ainsi de rassembler une majorité de voix électorales. Si les Démocrates qui avancent cette analyse reconnaissent les faiblesses de leur candidat, ils tendent à voir Hillary Clinton comme la gagnante légitime, injustement privée de sa victoire par un système électoral désuet.

Les chefs de file du courant qui accepte cette analyse sont les dirigeants démocrates les plus en vue : en premier lieu, Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants (où les Démocrates sont majoritaires depuis début 2019) et, dans une moindre mesure, Chuck Schumer, le chef du groupe démocrate (minoritaire) au Sénat. Leur stratégie consiste à faire valoir que les Démocrates incarnent la continuité des valeurs, des normes et des institutions américaines à un moment où celles-ci sont bafouées par Trump. Ainsi, ils ont régulièrement dénoncé la corruption du président (les liens entre ses affaires et sa politique, les paiements qu’il a versés à des femmes avec lesquelles il a eu des liaisons) et de ses acolytes (tels ses ministres Scott Pruitt et Tom Price, ou ses avocats, comme Michael Cohen ou Rudy Giuliani).

Mais la stratégie de Pelosi en particulier a consisté, du moins au début, à « dépersonnaliser » le conflit avec Trump, afin de jouer sur un contraste entre un Parti démocrate responsable, à l’écoute des Américains, et un président narcissique, impulsif et incompétent, appuyé par un Parti républicain passé complètement sous sa férule. Ainsi Pelosi et Schumer ont donné – avec un certain succès – la priorité à la protection de la législation en matière d’assurance maladie (Obamacare). Ils se sont opposés aux nominations de Trump à la Cour suprême, notamment celle de Brett Kavanaugh en 2018 (après celle de Neil Gorsuch en 2017), afin d’attirer l’attention sur le danger que poserait une majorité conservatrice pour certains droits considérés comme acquis, tel le droit à l’avortement. En même temps, ils ont souligné l’écart entre les valeurs portées par les Démocrates et celles de Trump : ils ont ainsi dénoncé les décisions de ce dernier en matière d’écologie, avec le retrait des Américains de l’accord de Paris, et surtout en ce qui concerne l’immigration, au moment du scandale autour des conditions de détention des enfants immigrés à la frontière mexicaine. S’il arrive souvent aux grands partis d’identifier leurs propres valeurs à celles de la nation, les efforts en la matière de la part des Démocrates ont acquis, grâce à Trump, une certaine plausibilité : un président tellement en rupture avec les valeurs officielles du pays (qui, il faut le reconnaître, sont pourtant loin d’être toujours respectées en pratique) abandonne de fait à ses adversaires tout un pan de territoire politique, dont la récupération est devenue leur principal objectif.

C’est une des raisons pour lesquelles le leadership démocrate a longtemps pataugé sur la question de la destitution, qu’il refuse de considérer sérieusement avant leur conquête de la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat (midterms) de novembre 2018. Pelosi, en particulier, craignait que les Démocrates paraissent trop investis dans les querelles partisanes en insistant sur la destitution de Trump, alors qu’ils avaient une réelle opportunité d’attirer vers eux des indépendants et même des Républicains dégoûtés par le psychodrame trumpien. Le processus de destitution finalement poursuivi à partir de décembre 2019 est un compromis – la décision de se concentrer uniquement sur les abus du pouvoir auxquels l’affaire ukrainienne a donné lieu. Si très peu de Républicains ont finalement soutenu la destitution, il n’empêche qu’elle reflète un effort de focaliser l’attention sur les dérapages juridiques exceptionnels de l’administration Trump et de se présenter en creux comme le parti de la norme.

Cette stratégie trouve sa validation dans le fait que certains électeurs traditionnellement conservateurs basculent vers les Démocrates. En particulier, un électorat blanc, diplômé et habitant les périphéries urbaines chics (suburbs), qui était solidement acquis aux Républicains, semble abandonner progressivement le parti trumpien. Lors des élections de mi-mandat de 2018, les Républicains n’ont gardé que trente-deux des soixante-neuf circonscriptions de ces résidents des banlieues, représentés par un des leurs à la Chambre1. Si les Républicains parviennent à maintenir une présence non négligeable dans ces banlieues – où résident désormais 60 % des Américains –, c’est parce qu’elles recouvrent des réalités très différentes. Les banlieues les plus denses, proches des villes et anciennes, se tournent massivement vers les Démocrates, tandis que les plus rurales, périurbaines et récentes, restent fidèles aux Républicains2. C’est surtout dans les premières que l’on trouve le plus de personnes diplômées. Sur ce critère aussi, on constate une évolution majeure. Selon le Pew Research Center, en 1994, les Blancs ayant fait au moins quatre années d’études universitaires étaient 54 % à voter républicain, contre 38 % qui préféraient les Démocrates. En 2017, les chiffres se sont pratiquement inversés : désormais, 53 % de cet électorat opte pour les Démocrates, contre 42 % pour les Républicains3. Alors que les femmes jeunes et célibataires sont déjà acquises aux Démocrates, celles qui sont plus âgées, mariées et habitant en banlieue commencent à abandonner les Républicains (n’en déplaise à leurs maris).

Les aspirations de cet électorat comptent pour beaucoup dans les choix des dirigeants démocrates comme Pelosi et Schumer, mais aussi aux candidats modérés à l’investiture du Parti, à l’instar de l’ancien maire de South Bend Pete Buttigieg et surtout de l’ancien vice-président Joe Biden. Ces Américains sont préoccupés par la montée des coûts de soins de santé et la qualité du système éducatif. L’immigration ne les obsède pas. Surtout, ils s’inquiètent du manque de résultats et de l’extrémisme de Trump. La gestion par son gouvernement de la pandémie de Covid-19 accentue ces tendances. Si Trump avait remporté les banlieues avec cinq points d’avance en 2016, sa cote de popularité auprès de ces électeurs plafonne actuellement autour de 30 %. Les gouverneurs démocrates, qui ont généralement adopté des mesures plus robustes contre l’épidémie, semblent plus populaires actuellement que leurs collègues républicains. Ce basculement politique explique également le fait que Biden ait une chance de l’emporter dans des États longtemps considérés comme inaccessibles aux Démocrates, tels que le Texas et la Géorgie, où certaines banlieues s’insurgent contre une éventuelle réélection de Trump.

Selon cette grille d’analyse, les Démocrates peuvent profiter de l’abandon du centre (voire du conservatisme traditionnel) par Trump et mettre en avant leur compétence et leur incarnation des valeurs nationales. Mais l’évolution des Démocrates au cours des années récentes doit aussi être évaluée à la lumière de mutations plus profondes, peu liées au phénomène Trump, que l’on peut résumer par la « gauchisation » du Parti. On observe en réalité deux tendances distinctes : l’apparition d’une gauche « socialisante » et l’essor d’une gauche multiculturelle ou « intersectionnelle » au sein du Parti démocrate.

La gauche socialiste

Les Démocrates ont longtemps trouvé leur soutien auprès d’une coalition d’électorats populaires (immigrés des villes, paysans du Sud, etc.). Ils ont traditionnellement entretenu des liens étroits avec les syndicats et ont généralement favorisé des politiques économiques keynésiennes et redistributives. Malgré ces ressemblances avec des partis socialistes, les Démocrates n’ont jamais soutenu, même pour la forme, le socialisme. D’où le caractère insolite de ces dernières années. S’il a toujours existé aux États-Unis un socialisme extrêmement minoritaire, limité à des groupuscules ou réuni autour de petites revues, depuis une dizaine d’années le socialisme est redevenu, sans doute pour la première fois depuis les années 1930, un phénomène grand public.

La cause de cette inflexion des sensibilités politiques est sans doute à trouver dans la crise du capitalisme qui a éclaté en 2008, et qui s’est soldée par un sauvetage des grandes institutions financières orchestré par les deux partis, ainsi qu’une conscience plus aiguë de la hausse des inégalités depuis la fin des années 1970. Le mouvement Occupy Wall Street, lancé en 2011, s’insurge contre la domination politique et économique du « un pourcent » le plus riche des Américains. Cinq ans plus tard, ce sera le refrain de la première campagne de Bernie Sanders – repris en 2020, et entonné aussi par la sénatrice Elizabeth Warren, autre grande figure de cette gauche socialisante (même si elle continue de se décrire comme « capitaliste »). Cette gauche est loin de soutenir les mêmes politiques que ces Démocrates qui souhaitent attirer vers eux les déçus de Trump parmi les Républicains. La gauche socialisante souhaite des impôts sur la grande fortune, un système de santé national, l’abolition des dettes étudiantes et la gratuité de l’éducation supérieure, tout en prônant une politique écologique robuste (Green New Deal).

Ce qui est frappant et inattendu, c’est le fait que le socialisme redevienne respectable aux États-Unis, qu’il ait un peu perdu la réputation d’idéologie étrangère et suspecte qui fut longtemps la sienne. Selon l’institut de sondages Gallup, 43 % des Américains ont désormais une opinion positive du socialisme. En 1949 (la date la plus ancienne pour laquelle des données sont disponibles), seulement 25 % de la population considéraient favorablement le socialisme4. Surtout, depuis 2010, la majorité des Démocrates regarde d’un œil positif le socialisme (passant de 53 % en 2010 à 57 % en 2018) ; à partir de 2016, ils ont été – de justesse – plus nombreux à préférer le socialisme au capitalisme5. C’est sans doute parce que le socialisme commence à leur paraître logique et cohérent, et surtout en phase avec le principe de l’égalité, loué dans les discours officiels mais bafoué dans les faits.

Chez les étudiants, une véritable culture socialiste commence à se développer. Il existe désormais une presse socialiste, dont la revue phare est le magazine Jacobin, lancé en 2011 par de jeunes socialistes new-yorkais. Les clubs socialistes se multiplient dans les campus universitaires, à commencer par le Young Democratic Socialists of America, le plus en phase avec Bernie Sanders, mais on en compte d’autres : une culture de groupuscules revient, avec les habituelles querelles entre différents courants marxistes ou libertaires qu’elle entraîne. Ces jeunes ne se reconnaissent pas du tout dans les dirigeants démocrates actuels : non seulement ils n’ont que du mépris pour Hillary Clinton ou Joe Biden, mais même Barack Obama leur semble moins l’incarnation de l’espoir (hope) que d’un néolibéralisme à visage (un peu) humain. Si de tels courants demeurent minoritaires, ils ne sont plus tout à fait marginaux.

La gauche antiraciste

À côté de la renaissance socialiste s’est développé une autre gauche, elle aussi enracinée dans le militantisme, mais qui lutte avant tout contre les inégalités raciales, notamment celles qui visent les Noirs. Si cette gauche rejoint la gauche socialiste sur certains points, elle garde généralement son indépendance. Dans sa forme actuelle, ce courant est lancé au moment des émeutes de Ferguson en 2014 (après l’assassinat de Michael Brown) et s’est cristallisé autour du groupe Black Lives Matter. Après le meurtre de George Floyd le 25 mai 2020, cette organisation, déjà puissante et influente, devient le cœur de ce que certains appellent déjà un nouveau mouvement pour les droits civiques. Ce mouvement se caractérise par ses revendications originales. En premier lieu, lors des manifestations, les slogans « Arrêtons de financer la police » ou même « Abolissons la police » deviennent omniprésents. Ces mots d’ordre expriment non seulement une colère passagère, mais un travail de fond conduit depuis plusieurs années dans les cercles militants. Pour ces mouvements, le problème ne tient pas aux dérapages occasionnels de certains « mauvais flics », mais bien au fait que la police a pour mission essentielle de surveiller et de punir les communautés noires. Les causes des violences policières sont donc pour eux les importants budgets municipaux accordés aux forces de l’ordre et la militarisation croissante de la police. Dans leur perspective, il ne peut plus s’agir de réformer une institution qui joue un rôle majeur dans le maintien des hiérarchies raciales ; il faut l’abolir purement et simplement (ces mouvements sont liés aussi au projet d’abolir les prisons, elles aussi étant considérées comme des pièces maîtresses du racisme institutionnel).

À côté de la renaissance socialiste s’est développé une autre gauche, elle aussi enracinée dans le militantisme, mais qui lutte avant tout contre les inégalités raciales.

Les réparations pour l’esclavage constituent une autre revendication majeure de ce courant. L’idée, relancée notamment dans un célèbre essai de l’écrivain Ta-Nehisi Coates en 20146, est que l’héritage de l’esclavage a été si dommageable pour la communauté noire et a tellement contribué à sa condition économique que les États-Unis devraient verser une compensation financière importante à l’ensemble de la population noire en réparation du préjudice qu’elle a subi. Comme avec le socialisme, des propositions qui ne furent pendant longtemps entendues que dans des cercles militants sont aujourd’hui devenues monnaie courante dans les discours politiques.

Les propos de Black Lives Matter et d’autres mouvements ont eux aussi commencé à se diffuser dans la vie quotidienne de nombreux Américains. Des employeurs font d’importants efforts en faveur de la « diversité » de leur personnel. Les ressources humaines de certaines entreprises proposent désormais des formations pour réduire les « préjugés implicites » (implicit bias) et les « micro-agressions », c’est-à-dire les propos ou comportements reposant sur des stéréotypes concernant certains groupes (par exemple, demander à une personne de couleur de quel pays elle vient). Beaucoup d’universités constituent des équipes de « réussite inclusive » (inclusive excellence) pour promouvoir la « diversité » de leurs programmes, de leur personnel et de leurs étudiants. Pour passer à un autre registre, dans certains milieux, il est devenu de rigueur, dans les profils professionnels sur Internet, dans la signature des messages électroniques ou même lors des présentations qui se font au début d’une réunion, d’indiquer ses « pronoms », selon un geste d’inclusion adressé aux individus transgenres (qui n’utilisent pas systématiquement les pronoms sexués traditionnels). On peut juger ces pratiques superficielles ; toujours est-il qu’elles jettent des passerelles importantes entre le monde militant et la culture dominante, notamment dans des secteurs proches des Démocrates.

Vers l’unité ?

Évidemment, des efforts existent pour rapprocher ces deux gauches, et même pour souligner leur identité foncière. Ainsi les Democratic Socialists of America ont pleinement soutenu les manifestations en réaction à la mort de Floyd et le mouvement pour couper les financements de la police. Parallèlement, des tendances socialistes existent chez certains militants proches de Black Lives Matter, à l’instar de l’universitaire Keeanga-Yamahtta Taylor, qui souligne les liens entre le capitalisme et le racisme comme ceux entre le socialisme et l’émancipation des Noirs. Ces tentatives de synthèses s’appuient également sur la notion d’« intersectionnalité », concept théorisé à la fin des années 1980 par Kimberlé Williams Crenshaw. Cette notion évoque la multiplicité d’identités qui caractérisent certaines populations – identités raciale, de genre, d’orientation sexuelle, de classe – et les configurations distinctes d’oppression (ou de « privilège ») auxquelles elles donnent lieu. Ces tendances au sein de la gauche expliquent sans doute en partie la fascination exercée depuis presque deux ans par les membres de l’« escadron » (squad). Les quatre membres démocrates de la Chambre des représentants élues en novembre 2018 (Ilhan Omar, Ayanna Pressley, Rashida Tlaib et l’omniprésente Alexandria Ocasio-Cortez) sont toutes des femmes, jeunes (la plus âgée a 46 ans) et de couleur. Surtout, elles sont proches de la gauche socialisante, et trois d’entre elles ont soutenu la candidature de Bernie Sanders en 2020.

Malgré ces efforts pour jouer sur les liens entre ces deux courants de la gauche, on ne peut nier les tensions qui subsistent entre eux. En 2016, Sanders a souffert du fait que son électorat était très blanc ; en 2020, il semble avoir formé une coalition plus « diverse », obtenant notamment du succès auprès des Latinos, même si, en fin de compte, les Noirs ont massivement soutenu Biden. L’électorat noir semble peu enthousiasmé par le socialisme, mais c’est nettement moins le cas chez les plus jeunes. Si des divergences persistent entre ces deux courants, elles ne paraissent pas insurmontables.

Alors que les Démocrates sont tiraillés entre ces différentes tendances – d’une part, la possibilité de se présenter comme le parti « anti-Trump » et d’occuper le terrain politique abandonné par le virage populiste des Républicains, et, d’autre part, une nette gauchisation du parti, suivant deux orientations distinctes –, la question devient celle de savoir si Joe Biden, en novembre, peut être « l’homme de la synthèse ». Il est vrai que Biden a toujours été considéré comme un Démocrate modéré. De même, il n’a jamais été particulièrement progressiste sur les questions de justice raciale. Mais comme certains commentateurs le soulignent, Biden est moins un modéré qu’un homme politique sans idéologie bien déterminée. C’est surtout quelqu’un qui a toujours su s’aligner sur le centre de gravité de son parti7. Biden a déjà signé une sorte de « programme commun » avec les soutiens de Sanders. Si Biden est loin d’incarner l’idéal des militants de Black Lives Matter, son lien historique avec Obama le dote d’une réelle légitimité auprès d’un certain électorat noir (plus âgé notamment). En choisissant Kamala Harris comme colistière, il renforce cette crédibilité et présente la première candidature (ticket) intersectionnelle de l’histoire américaine. En même temps, Biden parvient à désamorcer le ressentiment racial que Trump a su canaliser : l’apothéose politique du président actuel est inséparable de ses attaques contre Barack Obama et Hillary Clinton. Contre un (autre) homme blanc, Trump aura du mal à trouver prise8.

L’ironie d’un gouvernement Biden, c’est qu’il pourrait échoir au président le plus âgé de l’histoire américaine – et à un personnage (trop ?) bien connu du public – d’incarner le renouveau du Parti.

  • 1.Voir Dylan Scott, “What do the suburbs want?”, vox.com, 30 décembre 2018.
  • 2.Voir Sabrina Tavernise et Robert Gebeloff, “Are the suburbs turning Democratic?”, The New York Times, 25 octobre 2019.
  • 3.Ibid.
  • 4.Mohamed Younis, “Four in ten Americans embrace some form of socialism”, gallup.com, 20 mai 2019.
  • 5.Frank Newport, “Democrats more positive about socialism than capitalism”, gallup.com, 13 août 2018.
  • 6.Ta-Nehisi Coates, “The case for reparations”, The Atlantic, 23 juin 2014.
  • 7.Voir Perry Bacon Jr., “The pandemic has pushed Biden to the left. How far will he go?”, FiveThirtyEight, 21 mai 2020.
  • 8.Voir Adam Serwer, “Trump is struggling to run against a white guy”, The Atlantic, 24 juin 2020.

Michael C. Behrent

Historien américain, spécialisé en histoire de l’Europe contemporaine et notamment en philosophie politique française.

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