Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Notes de lecture

Dans le même numéro

Cavales de François Besse

juin 2020

L’auteur, emprisonné à de multiples reprises et évadé six fois, est un bandit doté de principes – voler sans violence et sans égoïsme –, libéré en 2015 après avoir «  payé sa dette à la société  ». Il est ce prisonnier intermittent auquel un surveillant-chef vient un jour demander s’il accepte de ne pas s’évader avant qu’il prenne sa retraite, trois mois plus tard ; demande acceptée, dans la limite du délai accordé. Un prisonnier en l’honneur duquel la prison fait édifier de nouveaux miradors, aussitôt nommés «  miradors Besse  » par les autres détenus – peine perdue. Un prisonnier un temps incarcéré en Espagne, où un codétenu paie sa caution pour qu’il puisse ensuite l’aider à s’échapper… Mais avant la prison, il y a le casse : Besse réussit avec Jacques Mesrine celui du casino de Deauville en mai 1978. Il déplore l’égoïsme et le nihilisme de Mesrine, convaincu que tout cela finira mal – l’avenir lui donnera raison. Évadés de la prison de la Santé, Besse et Mesrine ont les honneurs du garde des Sceaux, Alain Peyreffite, tonnant contre «  une catégorie de gens extrêmement dangereux contre lesquels l’indulgence n’a pas cours  ». Ce détenu est un méditant : en prison, il apprend à contrôler chaque muscle, à maîtriser ses pensées, aiguiser sa perception pour ne rien omettre. La prison est le lieu où l’on apprend à tout percevoir. Constat lors de sa première nuit d’incarcération : «  C’est sans angoisse que je plonge entièrement dans ce nouveau présent aussi précieux que créatif.  » Il lit nombre de philosophes : Montesquieu, Spinoza, Husserl, Foucault bien sûr, mais aussi la Bible, de la littérature russe, Les Misérables ou Le Comte de Monte-Cristo. En pleine période de mobilisation des intellectuels contre la dureté des prisons, Michel Foucault en tête, au moment des mutineries de l’été 1974, il est chargé de recueillir les doléances des administrés pour en adoucir le quotidien. Il séjourne à plusieurs reprises en quartier de haute sécurité, où toute parole échangée est proscrite, lieu où seuls les pouvoirs de l’esprit sauvent. Il lit alors une Bible qui se trouve là, notamment l’histoire du combat de David et Goliath, mais les dernières pages de l’histoire ont été arrachées. Le voilà obligé d’en imaginer une fin heureuse de coexistence entre les peuples ennemis… Les mémoires de François Besse témoignent de la vérité du mot de La Boétie, «  soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres  », même quand il y a des murs épais à franchir. C’est un médecin psychiatre qui le délivre : celui-ci prend le temps de lui parler, et non seulement de l’évaluer. À un homme pour qui «  sortir de prison n’était pas une obsession compulsive mais un acte à la fois réfléchi et vital  », il répond que nous avons plusieurs prisons, la plupart mentales, dont la «  méconnaissance du réel, de la loi et d’un savoir-vivre ensemble  ». Le révolté chronique comprend qu’une autre voie existe, l’amenant à faire «  don de soi à l’universel  ».

Plon, 2019
336 p. 19 €

Éric Zanetto

Éric Zanetto enseigne aux lycées Rotrou de Dreux, Marceau de Chartres.

Dans le même numéro

Marcel Hénaff. Une anthropologie de la reconnaissance

L’anthropologie du don de Marcel Hénaff, ainsi que son éthique de l’altérité et sa politique de la reconnaissance, permettent de penser les limites de la marchandisation, le lien entre les générations et les transformations urbaines. À lire aussi dans ce numéro : l’image selon Georges Didi-Huberman, l’enseignement de la littérature, la neuropédagogie, l’invention de l’hindouisme, l’urgence écologique et la forme poétique de Christian Prigent.