Bloc contre bloc de Jérôme Sainte-Marie
Chaque chapitre de ce livre est ponctué d’un exergue tiré du 18 Brumaire de Louis Bonaparte, de Karl Marx, paru en 1852, quatre ans après la révolution de 1848 et deux ans après la parution des Luttes des classes en France. Marx sert ainsi de caution ironique à la thèse principale d’un ouvrage qui ne se veut cependant pas « anti-Macron » et se refuse à personnaliser le débat. Macron, par ses discours et sa politique, illustrerait plutôt, presque caricaturalement, une évolution dont il n’est pas responsable. Néanmoins, en cassant le clivage droite-gauche, le président élu en 2017 aurait avivé la fracture sociale, la polarisation entre deux blocs sociaux nettement antagonistes, et donc réveillé un sentiment de lutte des classes (dont le mouvement des Gilets jaunes et ses manifestations violentes sont devenus l’illustration évidente). Il faut le reconnaître : la démonstration est brillante, appuyée sur de nombreuses observations quantitatives (sondages et enquêtes d’opinion, cohérence sociologique des élections…) et qualitatives (sur l’exercice du pouvoir et l’état de la société…). L’auteur s’inscrit sans se cacher en opposition à la thèse de L’Archipel français de Jérôme Fourquet, qui voit une France fragmentée en îlots qui ne sont plus reliés, et non une France divisée en bloc cohérent contre bloc cohérent, où « les enjeux se simplifient ». Réflexion faite, on serait tenté de penser, sans faire du bon esprit, que les deux thèses ne s’opposent pas : elles sont toutes deux « vraies », mais en partie relativisées l’une par l’autre.