Sensibilités. Histoire, critique & sciences sociales, no 11
Consacré aux « (In)sensibilités », ce riche dossier, coordonné par Quentin Deluermoz, Thomas W. Dodman, Anouche Kunth, Hervé Mazurel et Clémentine Vidal-Naquet, souligne que « l’absence d’empathie, la distance, la froideur s’avèrent aussi des compétences sociales ou politiques ». Ces dernières sont étudiées dans la philosophie morale britannique du xviiie siècle (Kerstin Maria Pahl), les cercles soufis féminins au Pakistan (Alix Philippon), le métier de pompier (Romain Pudal), les carnets d’un exécuteur national (Anne Carol) ou encore le massacre de la Saint-Barthélemy (Jérémie Foa). On retiendra la contribution du Syrien Yassin Al-Haj Saleh, intitulée « L’Europe et le Moyen-Orient : de l’insensibilité de l’autre ». L’auteur y observe que le terrorisme et la guerre contre le terrorisme renforcent le fait que « chacun se pense dans son bon droit de souhaiter le malheur de l’autre ». C’est ainsi qu’« à la faveur de la guerre contre le terrorisme, le génocide devient une politique envisageable ». Face au « paradigme immunitaire » qui régit un monde de frontières et de guerres, l’auteur plaide pour « une politique et des solidarités universelles qui puissent répondre à la dimension mondiale des problèmes ». En hors-champ, Georges Didi-Huberman livre trois généalogies de l’histoire des sensibilités et s’inscrit comme héritier de la troisième, l’anthropologie historique des gestes et des images.