VIDAL-NAQUET, HISTORIEN EN PERSONNE

L’homme-mémoire et le moment-mémoire


Comme Pierre Vidal-Naquet, dont il fut l’élève et l’ami, François Hartog est un helléniste reconnu. Mais, également auteur de travaux sur l’histoire de l’histoire et sur le « présentisme », il ne se focalise pas par hasard, dans cet ouvrage, sur les rapports de la mémoire et de l’histoire dans l’œuvre au long cours de Vidal-Naquet. Alors que ce dernier a vigoureusement critiqué les lois mémorielles, Hartog souligne que le quadruple historien Vidal-Naquet (historien de la Grèce, historien des crises et crimes contemporains, historien du judaïsme et historien de l’histoire de l’histoire) est aussi l’auteur de deux tomes de Mémoires dont le rôle est de « coudre ensemble » toutes ces histoires qui ont retenu son attention savante et militante. En effet, les mémoires sont l’occasion de revenir sur un temps d’attente et de brisure (sous-titre du premier tome des Mémoires) qui a correspondu au départ de ses parents à Büchenwald. Alors que nous vivons à l’heure des lieux de mémoire, l’originalité du livre de Hartog est de faire réfléchir sur les liens irréfragables de l’histoire et de la mémoire. Car l’homme de mémoire est aussi dans le cas de Vidal-Naquet un homme qui reconnaît ses dettes : dette envers la famille, dette envers les formateurs (à commencer par Marrou), dette envers les maîtres en histoire grecque (Vernant, Momigliano, Finley), dette envers un éditeur comme Jérôme Lindon… On le soupçonnait, Vidal-Naquet donne à réfléchir en raison de l’évolution même de son travail au-delà des rappels biographiques et d’une production diversifiée. Esprit aura l’occasion de le rappeler par le biais d’un montage de textes dans un prochain numéro.

O. M.

La Découverte, 2007
144 p. 12 €