Le christianisme au défi de la nature
Préface de Dominique Bourg
Pour donner à sentir les positions du christianisme à l’égard de la nature, Jean-Claude Eslin nous invite à explorer certains moments de son histoire. Ce n’est pas un christianisme plus ou moins abstrait qui apparaît affronté au défi écologique, mais une civilisation marquée par sa forme occidentale. Le christianisme serait-il la religion la plus anthropocentrique ? Serait-il compatible avec ce qu’on a appelé la crise écologique ? Au lieu d’être devant, ou au-dessus, de la nature, comment être dans et avec elle ? Sans négliger la dernière initiative du pape François avec son encyclique Laudato si, il faut passer par les figures historiques du christianisme, contrastées et diverses. Dans la Genèse, il y a deux récits : l’un qui commande de soumettre la nature, l’autre qui marque l’appartenance des humains à la terre. Thomas d’Aquin parle de création en termes de relation, non de domination. En plein xiiie siècle, François d’Assise fait l’expérience de la fraternité universelle ; un traducteur contemporain du Cantique des créatures le souligne ; là où l’on disait : « Loué sois-tu Mon Seigneur pour notre frère le soleil, notre sœur la lune […] », on dit « loué sois-tu Mon Seigneur par notre frère le soleil, […] car Dieu habite sa création ». On sait le mauvais tour que nous a joué Descartes en établissant « une coupure radicale entre Dieu (qui va continuer dans la théologie) et la nature (qui va continuer dans la science) ». Sortir de cette acosmie (Hannah Arendt) et ne pas être dominé par la technique (Heidegger), c’est retrouver l’expérience sensible avec la nature, penser autrement le rapport de Dieu et du monde, se mettre philosophiquement dans une démarche de retour aux choses, mais renoncer aux espoirs des lendemains qui chantent, pour prendre la mesure de notre finitude et de notre responsabilité.
Henri-Jacques Stiker