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Accepter l’incertain ?

L’épidémie de coronavirus nous contraint à éprouver l’incertain de nos existences comme une dégradation provisoire. Ne faut-il pas plutôt, sur un mode pascalien, y voir notre condition même ? C’est ce que tâcherait de concevoir une pensée véritablement complexe, inspirée d’Edgar Morin, qui aurait conscience des liens unissant chaque chose.

En ces temps où un virus soumet nos existences, déjoue nos projets, crée partout un climat d’incertitude, le hasard a voulu que je trouve quelque lumière dans les pages de Pascal sur la « disproportion de l’homme » (Pensées, Brunschvicg, 72), ce texte que chacun a lu une fois dans sa jeunesse, jamais médité depuis : « Voilà où nous mènent les connaissances naturelles. Si celles-là ne sont véritables, il n’y a point de vérité dans l’homme et si elles le sont, l’homme trouve un grand sujet d’humiliation, forcé à s’abaisser d’une manière ou d’une autre. Et puisqu’il ne peut subsister sans les croire, je souhaite qu’avant que d’entrer dans de plus grandes recherches de la nature, qu’il la considère une fois sérieusement et à loisir, qu’il se regarde aussi soi-même… » Un peu plus loin encore : « Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre les extrêmes… »

Notre Pascal est celui de

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Jean-Claude Eslin

Philosophe, lecteur et commentateur, entre autres, d'Hannah Arendt et de Max Weber, il s'intéresse aux interrogations politiques contemporaines, notamment la place faite à la religion dans la société moderne. Il intervient régulièrement dans la revue sur la situtaion, notamment institutionnelle, de l'Eglise catholique en France. Il travaille aussi sur la question européenne, la relation à…

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.