Les Architectes et mai 81


 

 

 

Ce livre s’efforce de saisir ce qui s’est passé dans les domaines de l’architecture et de l’urbanisme durant une longue période, celle de la gauche au pouvoir entre 1981 et 1995, qui correspond à un angle mort historique. Angle mort historique, car bien des espoirs ont été déçus, bien des ambitions détournées durant ces années. Alors qu’il s’agissait de mettre un terme au divorce de l’architecte avec son temps, de redonner un rôle collectif à une profession atomisée, cloisonnée et se tenant à distance des habitants, un projet majeur de mai 1981, celui des fameux Ateliers publics d’architecture et d’urbanisme (Apur), est vite apparu à gauche comme un rendez-vous manqué supplémentaire. À défaut de renouer avec ceux pour lesquels on construit, l’État est devenu le partenaire privilégié, le seul décideur avec lequel envisager des opérations et ériger des monuments : Roland Castro et Michel Cantal-Dupart ont ainsi été les acteurs d’une politique décidée au plus haut niveau de l’État sous l’égide du président. Une politique qui se distinguait de l’objectif antérieur des Ateliers publics. Une politique de « coups » qui a donné lieu à celle des Grands Travaux, celle des « Paris de Mitterrand » (titre d’un livre de référence de François Chaslin) mais aussi aux interventions de Banlieues 1989. L’État constructeur se voulait aussi un État social soucieux des banlieues, bref c’était encore une affaire d’État. Mitterrand avait prévenu dans un article du Monde en novembre 1977 : « La théorie de la ville socialiste que nous allons mettre en place sera visible seulement après la fin de ce siècle et ce n’est pas vous qui la verrez. Vous êtes une génération sacrifiée. » À l’occasion des concours liés au Grand Paris, on a vu revenir au premier plan sous l’égide de Nicolas Sarkozy des protagonistes des réformes de 1968 (les maos de l’époque) et de 1981 ; il n’est pas sûr que cela soit le signe d’un profond changement de situation. L’État est toujours à la manœuvre, même s’il se retire des financements et freine les Grands Travaux.

O. M.

 

 

 

Editions Recherches, 2011
304 p. 30 €