LE PLAISIR AU DESSIN
Faire advenir par le geste ou la parole. Ne jamais perdre le sens de la tension et ne pas se laisser fasciner par l’achevé. Reprenant citations, réflexions, dessins d’Adami, d’Alechinsky, de Le Gac ou Rouan…, explorations conceptuelles et choix esthétiques qui ont présidé à une exposition présentée au musée des Beaux-Arts de Lyon (2007-2008) dont il était le commissaire, Jean-Luc Nancy s’arrête dans cet ouvrage sur le sens même du dessin. Le dessin préfigure ce qui se croit achevé mais ne le sera jamais. Le dessin est ici un « dessein » où le trait est aussi un art de penser. Ce que résume bien Henri Maldiney : « Dans le dessin, chaque trait appartient à tout l’espace et conspire avec tous les autres, dans le rythme des vides et des pleins, avant d’élucider toute proposition figurative. “La dimension formelle” est la dimension selon laquelle la forme se forme, c’est-à-dire la dimension rythmique. » Reprenant parallèlement des conférences, mais jamais des soliloques, qui s’adressent directement à des enfants, le philosophe s’inquiète de la possibilité de philosopher avec ceux-là mêmes dont on croit qu’ils ne sont pas en âge de philosopher (c’est le même projet qui sous-tend la collection « Giboulées » de Gallimard jeunesse animée par Myriam Revault d’Allonnes, les deux derniers titres portent sur la justice – Céline Spector – et la mort – Françoise Dastur). Au fil des échanges, un thème intervient de manière récurrente aussi bien dans le cas de l’amour que de la foi (deux des thèmes choisis avec la beauté et la justice), ou de la fidélité : « La fidélité, cela ne consiste pas à croire, donc à supposer que, d’après certaines connaissances qu’on a, on imagine que ce sera conforme à ce qu’on croit. La fidélité, c’est justement ne pas savoir du tout ce qu’il en est. » Qu’il s’agisse du dessin ou de la parole philosophique adressée aux enfants, Jean-Luc Nancy explore dans les deux cas ce temps de « la mise en forme » qui n’est ni l’informe ni la forme achevée mais la recherche de l’idée partagée qui ne va pas sans plaisir. C’est le leitmotiv d’une réflexion au long cours qui ne cesse de scruter la mise en sens qui passe par une mise en forme.
O. M.