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Quand le sens ne fait plus monde | Entretien avec Jean-Luc Nancy

mars/avril 2014

Le constat de la crise du sens ne date pas d’aujourd’hui ; ni même peut-être d’hier. À y bien réfléchir, ne faut-il pas remonter à la Rome antique pour trouver l’image d’un « monde » cohérent et sensé ? Mais le monde romain lui-même est entré en crise, crise que le christianisme a révélée, et dans laquelle, à bien des égards, nous sommes toujours.

Penseur de la déconstruction aux côtés de Jacques Derrida et de Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy n’a jamais abandonné la question du sens. Au cours des années 1960, il explore dans les colonnes d’Esprit l’ébranlement des catégories traditionnelles de la pensée, sans renoncer pour autant à l’engagement1. À cette époque, où il est un collaborateur régulier de la revue, Jean-Luc Nancy aborde le sens en le confrontant à ce qui le remet le plus profondément en cause. Et, déjà, il croise le nihilisme dans la figure de son plus grand prophète2.

S’il s’éloigne du christianisme, le philosophe ne cesse pas d’interroger les actes et les significations qui portent le religieux3. Jean-Luc Nancy ne recule pas devant les mots, même lorsque ceux-ci portent une histoire chargée, méditant par exemple sur le « commun », la « communauté » et le « communisme de la pensée4 ». Il en va de même du

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