Guido Crepax. L’axiome d’Eros de Véronique Bergen
L’exploration graphique de l’érotisme chez Crepax est tout entière tendue par un souffle « qui écarte le métaphorique, la médiation sémiologique en une exagération rhétorique de l’orgie et du corps ».
Irréductibles à la sémiologie classique, étrangères à tout logos, les héroïnes de Crepax deviennent celles de la recherche frénétique de soi, d’un soi multiple, qui s’hyperbolise et ne s’arrête jamais, alimentée par l’amour d’un point de réel flamboyant.
L’autrice rappelle que les signes formés par Crepax sont de deux sortes : il y a ce qui est reconnu comme existant dans le monde des hommes (un fouet, un chapeau, des fesses, une posture, une scène) et ce qui est reconnu comme persistant chez des héroïnes héritières d’Histoire d’O (un visage, un rictus, un vêtement, une mode). L’exploration graphique de l’érotisme chez Crepax est tout entière tendue par un souffle « qui écarte le métaphorique, la médiation sémiologique en une exagération rhétorique de l’orgie et du corps ».
Tout joue sur une dynamique du vide et du plein, du concret et de l’abstrait. Tout concourt à l’effacement de la voix et de la parole au profit d’une expérimentation tactile, de l’empire du toucher. D’où, chez Crepax, le raffinement dans les supplices, l’exubérance dans les mises en scène afin de faire jaillir les pulsions, casser tabous et interdits dans l’exercice de voluptés dont les officiants et les officiantes sont insatiables – « pris dans un jeu du furet », écrit Bergen. « Les passes de catins n’accouchent jamais d’une passe conclusive au sens où l’entend Lacan. Toutes les passes butent sur des impasses qui contraignent à perpétuer le cycle érotique. »