Le blé en herbe et autres écrits de Colette

Préface d’Antoine Compagnon


Claudine à l’école fut l’un des grands succès littéraires de l’aube du xxe siècle. Le roman est signé Willy, pseudonyme d’Henry Gauthier-Villars, qui l’utilise pour les productions de l’atelier de « nègres » qui fourbissent ses ouvrages. Mais soudain, ce roman est bien différent de ses habituelles productions : le langage y est sans vergogne, se moque des convenances. La langue y devient nouvelle et ce qu’elle dévoile scandaleux. À cela une raison majeure : aux scripteurs habituels de Willy fait place sa jeune femme, Sidonie-Gabrielle, née Colette. Mais il faudra attendre pratiquement vingt-cinq ans pour que son nom apparaisse enfin sur la jaquette du Blé en herbe. Avant cela, il y aura eu d’autres « Willy », des « Colette-Willy » voire des « Colette (Colette Willy) », mais qu’importe le nom sur le flacon, jaillit l’ivresse de l’écriture de celle qui venait de créer un type et en créera d’autres : celui de Sido, sa mère, « personnage principal de toute sa vie », celui de Gigi, jeune fille élevée pour devenir une femme entretenue et qui échappe à ce destin, puis enfin celui de Colette elle-même, qui se construit au fil de plusieurs vies. Ce tirage particulier a le mérite de nous rappeler celle qui a fait déménager la littérature vers d’autres lieux pour que des portes s’ouvrent et que le féminisme y trouve une chambre à part.

Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2023
1376 p. 65 €