Lettres à sa marraine de Guillaume Apollinaire
Édition de Pierre Caizergues
En avril 1915, alors qu’il est sur le front en plein milieu de la guerre, Apollinaire, parti au combat, reçoit le quatrain prometteur « d’une femme de France ». Il est signé d’un pseudonyme masculin : Yves Blanc. S’y cache Jeanne Burgues-Brun, poète et romancière résidant à Montpellier. Ces quatre vers deviennent, selon Apollinaire, son « talisman » protecteur – même si on sait ce qui lui adviendra. Par ce premier envoi commence une correspondance d’une soixantaine de lettres. Si le poète ressent un plaisir à recevoir les missives, il lui écrit : « J’ai sérieusement hésité à vous répondre : en ce temps où sévit une littérature de “marraines” et de “poilus”, je me suis demandé si notre correspondance affecterait cette allure dont les journaux, en regorgeant, découragent, et s’il convenait d’essayer ce commerce au moins inutile. »
Mais très vite, les deux correspondants ne résistent pas à la douceur de se lire, et ils prennent plaisir, elle à recevoir des marques de tendresse et lui à « pénétrer un peu un esprit distingué comme le vôtre ». Et les deux, en esprits érudits, racontent leur quotidien, échangent leurs impressions sur le conflit, l’époque, le sentimental. Pour la première fois, un tel volume associe les envois de la marraine, jusqu’alors inédits, à l’ensemble de ceux de son célèbre « bleu soldat de rêve ».