Les derniers jours de la montagne (1794-1795). Vie et mort des premiers irréductibles de gauche de Michel Biard


Cette étude innove en étudiant l’après-Thermidor par-delà le classique portrait de la reprise du pouvoir par une frange moins à gauche de la Convention après l’élimination des robespierristes, en proposant un portrait de ce que l’auteur désigne, avec originalité et la recherche d’une concordance des temps, comme le premier groupe d’hommes politiques de gauche refusant les compromissions ou l’abandon de leurs idéaux. Les Crêtois, terme non pas d’origine antique mais désignant par dérision la dernière portion – la crête – de la Montagne. Cette étude d’un collectif complète l’article pionnier d’Alain de Dieuleveult (Annales historiques de la Révolution française, no 251, janvier-mars 1983) sur la mort de Conventionnels, en interrogeant le devenir de ces représentants à travers le demi-siècle qui suivit la fin de leurs mandats. Le portrait de leurs emprisonnements en 1795 ne manque pas de surprendre et d’émouvoir le lecteur, tout comme sa description du sort de Chasles, député d’Eure-et-Loir ostracisé puis victime d’une amputation à cause des conditions de sa détention. Le parcours et la mort des six martyrs de Prairial (Romme, Soubrany, Bourbotte, Duquesnoy, Duroy et Goujon) sont reconstitués, l’auteur appelant à une meilleure connaissance de leurs parcours, à des biographies plus détaillées, à une plus grande reconnaissance publique de ces hommes morts pour une croyance en une certaine République. Son propos vaut avant tout pour ce qu’il dit d’une réelle intensité politique, à une époque de radicalités affirmées, que l’on imagine pourtant ne pouvant s’étendre aux points décrits dans les vies des Crêtois.

Presses universitaires de France, 2023
240 p. 18 €