Œuvres III. Ainsi parlait Zarathoustra et autres récits de Friedrich Nietzsche

Édition de Marc de Launay et Dorian Astor

Le récit nietzschéen conserve ainsi sa capacité formatrice, loin de toute solennité et de toute pose, ces maladies chroniques de la poésie.


Côtoyant le poème en l’ouvrant par la prose, les récits de Nietzsche publiés dans troisième volume des œuvres de Nietzsche publiées dans la « Bibliothèque de la Pléiade » épuisent le chant versifié classique de la poésie. L’idée livre sa puissance formatrice par le chant. Ainsi parlait Zarathoustra (1883) est le sommet de cette dynamique qui rompt avec le genre aphoristique et nourrit une ambition plus profonde à travers le lyrisme et le symbolisme de ce qui peut se nommer poème philosophique.

Nietzsche y fait entendre la lutte des instincts à l’œuvre dans sa propre pensée. L’acuité de la réflexion parvient à d’irréductibles contradictions, comme celle de l’éternel retour, notion qu’il nomme aussi « midi et éternité », cette heure illusoirement immobile et sans ombre, éternellement vouée à n’être que fugitive.

Nietzsche ne se perd pas dans la nostalgie, l’élégie, le lamento et s’éloigne du régime « sentimental » décrit par Schiller en amont du romantisme allemand. Le récit nietzschéen conserve ainsi sa capacité formatrice, loin de toute solennité et de toute pose, ces maladies chroniques de la poésie. Les récits réunis ici supposent donc en même temps la prose du langage et la poésie à venir. En dehors du Zarathoustra, aucune œuvre ne parvient à élargir le texte à une telle dimension épique et émancipatrice.

Gallimard, 2023
1376 p. 69 €