Notes de lecture

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Quilombos. Communautés d’esclaves insoumis au Brésil, de Flávio dos Santos Gomes

juin 2018

#Divers

Au Brésil, on appelle quilombosles communautés autonomes d’esclaves qui ont échappé à leurs maîtres. Ce petit ouvrage donne une idée de leur organisation socio-économique malgré la maigreur des sources d’information (principalement les rapports d’expédition des chasseurs d’esclaves) : culture et transformation du manioc, pêche et chasse, artisanat du bois et de la céramique, élevage pour les plus grandes communautés, malgré l’abandon rapide et récurrent des sites d’installation à l’approche des chasseurs d’esclaves (les capitães do mato). Des circuits marchands clandestins se mettent en place avec d’autres communautés de marrons ou d’indigènes, ou avec les esclaves restés sur les plantations. La mémoire collective raconte que les femmes étaient«chargées de cacher les semences dans leur chevelure et de fuir le plus loin possible dans la forêt». En 1789, les esclaves d’une exploitation sucrière de Bahia se rebellent, exigeant de leur propriétaire une dispense de travail de deux jours par semaine pour cultiver leurs lopins de terre et le remplacement des contremaîtres. Ils ajoutent : «Nous pourrons nous amuser, nous reposer et chanter chaque fois que nous levoudrons, sans qu’on nous en empêche et sans avoir à demander la permission.»Ils feront l’objet d’une implacable répression. Au xxe siècle, les quilombosont été stigmatisés ou rendus invisibles jusqu’à ce que les militants de la cause noire en fassent le symbole de la lutte contre les discriminations. Il existe encore aujourd’hui des communautés qui ont pu perpétuer leurs langues et leurs cultures, et qui luttent toujours pour la reconnaissance de leurs terres, l’accès à la citoyenneté et la mise en place de services publics.

 

L'échappée, 2018
128 p. 12 €

Jonathan Chalier

Secrétaire de rédaction de la revue Esprit, chargé de cours de philosophie à l'École polytechnique et à l'Institut catholique de Paris.

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Nous sommes les témoins du retour de la clôture politique (fascismes, racismes, exclusions) et d’un discours qui réduit la société ouverte au marché. Dans ce contexte, il est urgent de relancer l’ouverture réelle, comme y invitent Camille Riquier et Frédéric Worms après Bergson, ainsi que les auteurs d’un riche abécédaire critique.