Droit et complexité. Pour une nouvelle intelligence du droit vivant sous la dir. de Mathieu Doat, Jacques Le Goff et Philippe Pédrot
Le droit peut être dit complexe en trois sens : tout d’abord en raison de l’inflation de la production législative et de l’insécurité juridique que l’abondance des textes risque de produire. Ce premier aspect est traité par Bernard Pignerol, qui donne une idée de l’accélération vertigineuse des interventions sur nos corpus de droit. Les déclarations d’intention n’y sont souvent suivies d’aucune des mesures concrètes initialement annoncées. À un tel degré d’incohérence ou de fuite en avant, on peut s’interroger sur l’efficacité du travail législatif, voir sur l’« abus » du droit dont témoigne notre culture administrative. Dans un deuxième sens, la complexité est issue des incertitudes de la matière même que le droit est appelé à traiter : ainsi, le vivant aujourd’hui, montre Philippe Pédrot, nous place devant une « frontière brouillée » en ce qui concerne la vie et la mort. Mais un troisième sens de la complexité est aussi exploré dans ces actes de colloque, inspiré par les travaux d’Edgar Morin. Le terme renvoie alors à une démarche intellectuelle qui entérine la fin d’une hiérarchie ordonnée et qui considère de manière positive le « foisonnement créateur de la réalité », comme le montre Jacques Le Goff à propos du droit social.