Le beau danger

Entretien avec Claude Bonnefoy


Souvent, la recherche de manuscrits et d’inédits donne l’impression de vouloir abusivement tout retenir d’un auteur. Ce n’est pas le cas de ce court texte de Michel Foucault, qui est original à double titre : d’une part, il a une dimension biographique et psychologique dont Foucault s’est toujours méfié, ensuite il est l’occasion d’une discussion avec Claude Bonnefoy sur la place de l’écriture chez l’auteur de les Mots et les Choses. Ainsi apparaît-il que la plume de Michel Foucault n’est pas sans lien avec le bistouri de son père chirurgien. « Alors que le rationalisme médical s’est substitué au xixe siècle à l’éthique religieuse, le médecin écoute pour traverser la parole de l’autre : le médecin ne parle pas, le chirurgien découvre la lésion dans le corps endormi, il ouvre le corps et le recoud. Il opère tout cela dans le mutisme. Évoquant le velouté de son écriture, il imagine qu’il y a dans son porte-plume une vieille hérédité du bistouri. J’ai transformé le bistouri en porte-plume […] J’ai substitué à la cicatrice sur le corps le graffiti sur le papier. Plus avant, ce plaisir d’écrire a toujours communiqué un peu avec la mort des autres, avec la mort en général. Pour moi écrire, c’est bien avoir affaire à la mort des autres, mais c’est essentiellement avoir affaire aux autres en tant qu’ils sont déjà morts. Je suis dans la position de l’anatomiste qui fait une autopsie. » Philippe Artières, le préfacier, nous apprend que M. Foucault s’est appliqué à lui-même cette expérience de l’écriture comme rapport à la mort et aux morts (Michel de Certeau, qui a consacré un texte à la mystique, au sens de la « part maudite » de G. Bataille, de Foucault, parlait de « beauté du mort »). Afin de se défaire de la posture « en prise » du philosophe, Foucault a publié quatre textes singuliers, le dernier dans Esprit en novembre 1979 où il revient sur les prisons (il avait fondé le Groupe d’information sur les prisons (Gip) avec J.-M. Domenach et Pierre Vidal-Naquet) sous le pseudonyme d’Appert.

Audiographie/Editions de l'EHESS, 2011
72 p. 8 €