Léonard et Machiavel de Patrick Boucheron


Léonard de Vinci a-t-il rencontré Machiavel ? Ces deux génies de la Renaissance ont-ils parlé ensemble de leurs œuvres respectives ? Et pourquoi Machiavel est-il considéré comme un Galilée de la politique alors que Léonard est, lui, vu comme un pré-galiléen qui aurait touché à tous les domaines ? L’historien rigoureux qu’est Patrick Boucheron imagine cette rencontre au sommet qui fait encore l’objet de discussions entre les chercheurs. Mais ce « fait » retient moins son attention que l’observation de la proximité entre le sculpteur/peintre/savant/tech­nicien et l’auteur du Prince, ces deux génies que l’on aime tant opposer. Se sont-ils croisés ou non ? La question est donc secondaire par rapport à la prise en considération des convergences entre ces deux personnages qui ne cessent de suivre et d’accompagner les grands hommes (la volonté de se tenir à distance des pouvoirs : volonté diplomatique chez Machiavel, nécessité psychologique chez Léonard). Ainsi les voit-on l’un l’autre ruser avec les attentes et le vouloir d’un troisième personnage, César Borgia. À travers leurs itinéraires, l’historien qui devient ici un homme de récit nous initie à un monde en train de naître : celui de la Renaissance où la conception analogique de la nature coexiste avec l’indétermination historique alors même que la politique fait l’objet d’une quasi-science. « L’idée que Machiavel se faisait du savoir – c’est-à-dire de l’unité profonde et analogique du savoir, que le peintre et l’ingénieur, le poète et l’homme d’action doivent embrasser du même élan – est bien celle de Léonard de Vinci, et non celle de Galilée. Même si, une fois déployée, la pensée de Machiavel mène à une mathématisation de la vie humaine et à une cosmologie qui est celle de Galilée et non celle de Léonard. » Mais il ne faut pas se tromper sur la conception de la science qui est celle de Machiavel : « L’auteur du Prince n’a pas de position sur les événements qu’il relate : le lieu qu’il assigne à son lecteur est vide, c’est celui de l’action politique qui n’est ni déterminée, ni jouée d’avance. » Rien n’est joué d’avance, c’est ce que montre ce récit où l’on suit Léonard et Machiavel à la trace… et à la recherche l’un de l’autre.

O. M.

Verdier, 2008
160 p. 12 €