Les miens, de Jean Daniel
On connaît le Jean Daniel qui, de semaine en semaine, médite les duretés de la scène proche-orientale, le Jean Daniel qui remercie son grand âge de lui avoir permis d’entendre le discours d’Obama sur l’islam prononcé au Caire, un Jean Daniel qui veut croire que la politique peut faire bouger les pires situations. On le retrouve dans ces portraits regroupés dans les Miens quand il célèbre, loin des grands, Germaine Tillion, Pierre Mendès France, Jacques Berque, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et d’autres… On connaît le journaliste qui accompagne la presse française de l’après-guerre et est aux avant-postes dans le combat pour la décolonisation. On connaît aussi l’écrivain, celui qui lit (les revues entre autres… ce qui n’est plus très fréquent dans le métier), celui qui ne cesse de lire les écrivains, d’arpenter les livres comme si le réel devait toujours être reconfiguré dans la fiction. Hormi Camus, on connaît moins ses admirations littéraires et artistiques qui sont le plus souvent « méditerranéennes » (Vittorini, Clavel, Guilloux, Yacine, Claude Roy, Jean Roy, Octavio Paz, Marie Susini, Mohamed Dib, Jean Pélegri… mais aussi des artistes comme Balthus, Matisse, Menuhin…). Cette galerie de portraits est l’occasion de reconnaître des dettes et des amitiés et, bien sûr, de rappeler la figure d’Albert Camus souvent comparée ici à celle de Sartre. Quand il parle des liens de Camus et de René Char, Jean Daniel évoque sa propre attitude tissée dans le respect réciproque : « Dans la correspondance de Char et Camus, il y a des accents de fraternité que je caractériserai par une expression dont je ne songe pas à corriger le lyrisme : ils élèvent l’âme. Non seulement chacun se soucie de l’autre au point de se laisser inquiéter par un silence ou par un retard avec lequel le dernier manuscrit fut envoyé. Camus ira jusqu’à écrire que certains chapitres de l’Homme révolté ne sont justifiés que par rapport aux Matinaux de René Char. Il m’est souvent arrivé de penser que la vie n’avait pas de sens jusqu’au moment où j’ai découvert qu’elle avait en réalité celui que les êtres lui donnent. »