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Photo de 烧不酥在上海 老的 sur Unsplash
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Flux d'actualités

Il n’y a pas eu de confinement à Shanghai !

par

Didaozi

décembre 2022

Alors que la colère de la population chinoise éclate contre la stratégie zéro-Covid des autorités, ce troisième texte de Didaozi, écrit au moment du relatif déconfinement de Shangaï en juin dernier, éclaire une nouvelle facette du pouvoir totalitaire chinois : sa dénégation forcenée du confinement lui-même.

Depuis le 1er juin 2022, le confinement de deux mois de la plus grande ville de Chine a été levé. La vie normale semble revenir même si la politique du Zéro-Covid définie par le dirigeant suprême reste inébranlable et que les Chinois vivent toujours dans la hantise de nouvelles mesures d’« immobilité » (euphémisme de confinement). C’est l’heure du bilan : mais que s’est-il donc passé à Shanghai pendant ces deux terribles mois d’avril-mai ? Sur les bords du Huangpu, les choses apparaissent en tout cas plus compliquées qu’on ne pourrait le croire comme le montre cette honteuse tentative de dénégation des autorités.

 En fait, nous nous sommes « confinés » nous-mêmes !

Le 29 mai 2022, la municipalité de Shanghai a convoqué une réunion afin d’appliquer la directive du dirigeant suprême Xi Jinping consistant à « empêcher la propagation de la pandémie, stabiliser l’économie et à développer en toute sécurité » et en même temps l’esprit du Conseil des affaires d’État dirigé par Li Keqiang sur « le maintien en stabilité du grand échiquier de l’économie ». Le maire de Shanghai, Gong Zheng, jure pour sa part de « raffermir la confiance, de surmonter les difficultés pour prendre la citadelle, de n’épargner aucun effort dans la lutte, et d’accélérer et promouvoir le rétablissement et la revigoration de l’économie. »

En bref, il est temps de sauver l’économie mise en danger par deux mois de tourments même si le Parti de Xi tire à hue (la lutte contre la pandémie) et le gouvernement de Li à dia (l’économie). À partir du 1er juin, les Shanghaïens seront alors « déconfinés » ! Mais chut ! Puisque le mot « confinement » n’a jamais été officiellement prononcé, il n’est nullement question de « déconfinement », seulement de la sortie de la « gestion statique de l’ensemble de la région 1 » ou de « l’état d’immobilité 2 », néologismes inventés par nos géniaux dirigeants pour ne pas prononcer le mot « confinement » !

D’ailleurs, le gouvernement municipal vient de le « clarifier » : le « comité de voisinage des habitants » (居委会juweihui), qui a joué un rôle essentiel en exécutant la politique du « Zéro-Covid dynamique » n’était qu’« un organisme autonome des masses ». Sa vocation consistait en « l’auto-gestion, l’auto-éducation et l’auto-service » par les habitants. Et d’insister que cet organisme n’est pas une émanation du gouvernement à quelque niveau que ce soit et que les actions entreprises par lesdits comités sont les « résultats de l’auto-gestion des habitants et non des consignes du gouvernement ». Autrement dit, seuls les règlements et les ordres décrétés par le comité du parti et le gouvernement de la municipalité sont authentiques, ceux relayés par les comités des habitants ne représentaient que le consensus de ces derniers. Le gouvernement ne saurait donc être tenu pour responsable de leur légalité.

Que veut dire ce galimatias ? En clair, le gouvernement ne reconnaissant pas les « ordres » reçus et exécutés par ces comités, il ne peut en assumer aucune responsabilité. Si fautes il y a eu, ce sont celles de ces « organismes autonomes des masses », c’est-à-dire… des habitants eux-mêmes ! Message reçu : tout ce que nous venons de subir depuis deux à trois mois : enfermement chez soi, privation de vivres et de soins médicaux, enlèvement de force au centre de quarantaine, désinfection sauvage à l’intérieur de logements privés, etc., n’a rien à voir avec le gouvernement ! C’est donc « nous-même » qui avons décidé et entrepris notre propre emprisonnement ! Pour reprendre une belle expression chinoise, nous sommes comme des vers à soie qui fabriquent le cocon pour nous enfermer dedans3 !

Ni « confinement », ni « déconfinement » ? C’est n’importe quoi !

Sommes-nous vraiment « déconfinés » ? Le 29 mai, lors d’une conférence de presse convoquée par la municipalité de Shanghai au sujet de la prévention et du contrôle de la pandémie, les autorités ont renié formellement le terme de « confinement ». Elles ont affirmé : « Shanghai n’a jamais été déclaré comme ville confinée. Il n’est donc pas question de “déconfinement”… Même si nous avions appuyé sur le bouton d’arrêt temporaire de la gestion statique de l’ensemble de la ville (sic !), ses fonctions essentielles ont toujours continué à être opérationnelles…4 »

Shanghai n’a donc pas connu de « confinement », seulement une « gestion statique de l’ensemble de la ville (re-sic) » ; on a seulement appuyé un bouton de suspension. Pas de « confinement » et donc, pas de « déconfinement ». C’est compris ! Quel astucieux jeu de mots !

L’interdiction aux habitants de mettre le pied hors de leur logement ; celle aux commerces de poursuivre leur activité ; les bus et les métros à l’arrêt ; l’impossibilité de sortir ou d’entrer dans la ville sans permis spécial ; la fermeture des immeubles, des quartiers, des rues, des portes de la ville… Tout cela n’était pas un « confinement » ? Wuhan a été confiné, Xi’an aussi. Pourquoi Shanghai n’a-t-il pas pu l’être afin de liquider la Covid-19 ? Savez-vous ce que les habitants ont éprouvé pendant ces deux mois ?

« La gestion statique de l’ensemble de la région », ce terme énigmatique est-il plus scientifique ? Plus littéraire ? Plus philosophique ?…

Que se passerait-il si vous parliez de confinement ? Shanghai resterait Shanghai et ne perdrait pas la face parce que la ville a été réellement confinée pendant un certain temps. « Les fonctions essentielles de la ville ont continué à être opérationnelles »… C’est quoi les fonctions essentielles d’une ville ? Les transports se sont arrêtés, les approvisionnements aussi, les gens ne pouvaient pas sortir aller dans les pharmacies, ni dans les hôpitaux, les besoins vitaux de la population n’étaient pas assurés… Et vous n’avez pas honte d’affirmer quand même que les fonctions essentielles de la ville ont continué à être « fonctionnelles » ?

Je ne comprends vraiment pas en quoi parler du confinement nuirait à l’image éclatante de la grande métropole de Shanghai… À quoi servent ces verbiages fantaisistes et tous ces jeux de mots vides de sens ? En fait, qui s’excuse, s’accuse. Plus vous cherchez à déformer le sujet, plus on soupçonne qu’il y a anguille sous roche…

La Ville Magique en proie à de nouveaux tours de magie !

Au bout de deux mois de confinement, les Shanghaïens qui ont tant souffert depuis la Fête du Poisson en avril5 en passant par la Fête de la Clarté (5 avril, équivalent de la Toussaint) et la Fête des Travailleurs (1er mai), sortent enfin de chez eux ce jour de la Fête des Enfants (1er juin), pour embrasser le soleil d’été. Ce soir-là, le Bund, la grande avenue de la ville au bord du fleuve Huangpu, éclairé par une lumière éblouissante est envahi par la foule des grands jours.

La population qui a enduré trop longtemps l’amertume de l’isolement contemple sa ville à la fois familière et inconnue avec la curiosité et l’enthousiasme d’un nouveau-né. Malgré son allégresse, elle éprouve aussi une indignation sans bornes. Les 1er et 2 juin, un nouveau règlement est en effet tombé. Le résultat négatif d’un test PCR de moins de soixante-douze heures formera désormais un laisser-passer obligatoire… Pour le peuple de Shanghai, cela veut dire le début d’une nouvelle attente sans fin : se lever plus tôt que les coqs le matin et se coucher plus tard que les chiens le soir, avancer aussi lentement qu’une tortue dans une queue plus longue que le dragon divin pour… faire le test PCR ! ET cela, à 6 heures du matin ou à 22 heures le soir, dans la nuit profonde ou sous le soleil ardent de la journée…

Une queue interminable de tortue pour faire le test PCR, avec des attentes d’au moins trois heures.

 

Dispersez-vous ! C’est fini pour aujourd’hui ! Revenez demain !

Pendant le « confinement », on se battait pour trouver de quoi manger ; après le « déconfinement », on court la ville pour trouver un point de test. Le plus dur est d’attendre le résultat qui tarde à sortir, pire que l’accouchement d’une femme ! Douze heures sont passées, aucune nouvelle ! Vingt-quatre heures après, toujours rien ! Les soixante-douze heures de délai réglementaires sont ainsi « gaspillées » pour moitié ! Enfin munie d’un laisser-passer de moins de soixante-douze heures, une Shanghaïenne se précipite à l’hôpital pour se faire soigner. Mais, là, on lui dit qu’il faut un résultat de test de moins de quarante-huit heures ! Seule solution : rebrousser le chemin et… refaire la queue pour un nouveau test ! Arrivée au bout de la file, une nouvelle douche froide l’attend. C’est terminé ! Que faire ? Elle recommence son odyssée et part ailleurs, à la recherche d’un autre point de test. Pour la troisième fois de la journée, la voilà qui recommence à faire la queue, sans certitude aucune du résultat…

Manger dans l’obscurité, honteusement

Shanghai a commencé à reprendre le travail à partir du 1er juin, mais « la consommation en salle » des restaurants, prohibée pour cause de Covid-19, attendait toujours. Ceux-ci, au bord de la faillite, ont alors ouvert en cachette. Et les gens privés depuis trop longtemps sont allés consommer furtivement… Tout comme ceux qui vont voir des prostituées en se cachant, ou les espions échangeant en secret des renseignements, avec quelqu’un qui fait le guet à l’entrée.

Quelques-uns de mes collègues ont connu cette expérience. Deux fois, la lumière s’est éteinte pendant le repas ; une fois, ils ont dû s’échapper pour éviter de faire face à des contrôles imprévus. Autre solution : se faire embaucher comme serveur pour pouvoir « consommer en salle ». Après avoir mangé, vous démissionnez…

Certains restaurants forment leurs serveurs à une communication spéciale, par des regards ou des jargons spécifiques. Un peu comme aller dans un bordel clandestin. Si jamais on est pris en flagrant délit par des contrôleurs, il faut déclarer : « J’ai été invité. Il n’y a pas eu de transaction…6 ».

De l’humour noir !

Une « atroce campagne de confinement », sans fondement légal, violant tous les droits humains

Comme l’analyse le juriste shanghaïen Shang Famin : « La ville magique qu’était Shanghai avant mars 2022 a disparu. Elle a été réduite à un immense camp de concentration enfermant 25 millions d’hommes et de femmes. Elle présentait en effet la plupart des caractéristiques d’un camp de concentration, le plus grand lieu d’un désastre humain après l’Ukraine en proie à la guerre.

Dans cette ville où habitaient une quasi-totalité de testés négatifs, 25 millions de citadins ont été privés de liberté personnelle sans aucune procédure légale, ni protection des droits de l’homme. La population a été en proie à la panique, à la faim, privée de soins médicaux, brutalisée, voire arrêtée si elle osait protester ou réclamer son dû. Chacun était enfermé dans son bloc de résidence voire dans son appartement, d’abord par des rubans plastiques, puis par des scellés et des grillages plastiques jusqu’à des clôtures métalliques, parfois soudées, formant ainsi de véritables “ghettos” vulnérables au moindre incendie, sans possibilité de fuite. Les habitants de la ville ont souffert de tourtes sortes de privations au profit de groupes d’intérêts monopolisant les chaînes d’approvisionnement. Un nombre non-négligeable de décès anormaux ont été constatés. Ce qui revient à un crime d’homicide volontaire.

L’univers des testés positifs estimés à plusieurs dizaines de milliers de personnes a représenté un autre mode de violation de droits humains. Cette population a été emmenée de chez elle au petit matin, sinon dans la nuit, telle un criminel suspect. Durant le transfert, tous sont restés enfermés dans des autocars, avec interdiction de sortir, ne serait-ce que pour faire leurs besoins. Les centres de quarantaine temporairement construits ou aménagés ont formé d’énormes cages pour animaux, souvent très éloignés des domiciles de chacun. Nombre de ceux ayant finalement été testés négatifs n’ont pas pu revenir chez eux faute de moyen de transport ou parce qu’ils ont été refusés par le quartier où ils résidaient.

Les résultats des tests ont souvent été manipulés à des fins politiques. Cette campagne de confinement, j’ose la qualifier comme telle, n’a pas été corroborée par les faits et n’a pas fait l’objet de mesures légales. Confiner une série de quartiers, voire toute la ville sans aucun fondement légal ni scientifique, n’était-ce pas les transformer en camp de concentration au détriment de la vie même de la population ? Le soi-disant “Groupe de prévention et de contrôle de la pandémie” a émis maints documents et organisé des conférences de presse au nom de la municipalité de Shanghai. Au regard de la loi, il n’avait aucune existence juridique et outrepassait les fonctions administratives du gouvernement municipal. Cette organisation n’a jamais rendu public son fondement légal, ni l’étendue de ses responsabilités, de ses droits et devoirs. De quel droit a-t-on entrepris cette campagne de confinement généralisée ? Bloquer les accès des quartiers résidentiels, des immeubles voire des appartements a constitué non seulement une violation des droits individuels des habitants mais aussi une infraction de la loi quant à la lutte contre l’incendie, du fait du blocage intentionnel des voies d’évacuation.

Les membres du “Groupe de prévention et de contrôle de la pandémie” sont conscients de l’illégalité de leurs actes. En apposant des scellés sur la porte de certains logements du district de Xuhui, les “volontaires” ne pouvaient présenter aucun des éléments exigés par la loi : nom du donneur d’ordre, raison et validité du scellé. Ils déclaraient simplement qu’il s’agissait d’un ordre venant d’en haut. Ce geste revenait à dissimuler intentionnellement des actes injustifiés.7 »

« Nous avons gagné la bataille ! »…

Le 25 juin, lors du XIIe Congrès municipal du PCC, Li Qiang, le secrétaire du parti local a pompeusement proclamé « la victoire dans la bataille de la défense de la grande métropole de Shanghai ». Ses propos ont déclenché un tollé général sur Internet. À quatorze heures du même jour, la liste de la « top recherche » du blog weibo enregistrait déjà 130 millions de lectures et de réactions.

« Oh ! Quelle victoire ? Quand l’avons-nous remportée ? » ; « Vraiment, aucune vergogne ! » ; « C’est magique ! Une bataille contre des ennemis imaginaires » ; « Ils ont escamoté leurs erreurs en les transformant en exploits. N’ont-ils pas honte de le dire ainsi ? Ils seront cloués au pilori de l’histoire ! » ; « Leur victoire a eu pour prix la vie et les biens du peuple »

Déjà au mois d’avril, quand sévissait encore la pandémie et que la population manquait de quoi manger, le média officiel de la municipalité, Dragon TV envisageait d’organiser une grandiose soirée avec un splendide casting « en hommage à la lutte contre la pandémie » prévue pour le 13 avril. Dès son annonce, un grand nombre de Shanghaïens se sont indignés, obligeant les autorités municipales à annuler le projet au petit matin du 13 avril : « Comment avez-vous le cœur à chanter et à danser alors que la vie des gens est en danger ? » ; « Ne restez pas sur les nuages ! Descendez parmi la population et rapportez ce qu’est la vie réelle des masses populaires ! »

Comme le commente avec un humour grinçant Zhi Yuan sur Internet, curieusement, le jour où la réunion du Parti de Shanghai s’est ouverte, la ville n’a enregistré aucun cas de contamination, ni de cas de Covid-19. En somme, un événement… asymptomatique, comme pourrait le confirmer le virus lui-même : « Je ne suis pas membre du Parti, je n’ai pas droit à assister à la réunion. Donc, je ne sors pas et je reste chez moi me reposer ».

Le secrétaire Li Qiang a dressé le bilan de toutes les glorieuses réalisations qui ont lieu à Shanghai : la puissance d’intervention de la ville est montée d’un nouveau palier ; la réforme et l’ouverture ont réalisé de nouvelles avancées ; l’édification de la démocratie et de la gouvernance par la loi ont obtenu de nouveaux progrès ; le niveau de vie de la population a connu une nouvelle élévation ; l’aménagement moderne de la cité a fait un nouveau bond en avant ; etc.

Tels des flèches acérées, ces succès remarquables sont allés droit au cœur meurtri des Shanghaïens. Ils n’oublieront jamais tous ces progrès accomplis pendant leurs malheurs ! Avant de commencer son discours ronflant, le secrétaire du Parti a néanmoins oublié de recueillir à la mémoire de ceux qui ont perdu la vie pendant le « confinement ». Il aurait pu aussi rendre un vibrant hommage à tous les Shanghaïens qui lui ont malgré tout survécu.

Vous n’avez pas le droit de rédiger le bulletin de victoire contre le Covid !

Comme l’explique Jiang Yong : « Nous, les Shanghaïens, sommes passés graduellement de la confiance à la déception vis-à-vis du gouvernement municipal. Pendant toute la période de la pandémie, c’était nous les habitants shanghaïens qui nous sommes entraidés pour trouver des denrées de première nécessité aux prix élevés. D’emblée, le gouvernement a été aux abonnés absents pour assurer les approvisionnements, tant et si bien que certains n’avaient plus rien à manger et que des malades ont péri faute des soins médicaux. Même munis d’un bon de sortie fourni par le comité de voisinage, ces derniers n’ont pas eu accès à l’hôpital. Face à leurs misérables cris de secours, les hôpitaux ont fait preuve d’une froide indifférence. Les personnes âgées testées positives ou ayant des contacts positifs ont été emmenées de force dans un centre d’isolement, quel que soient leur âge et leur état de santé. Certaines sont mortes… Ces dettes de chair et de sang ne sont-elles pas à régler par le gouvernement de la ville qui a manqué à toutes ses responsabilités ? Entre le 28 mars et le 31 mai, Shanghai a vécu telle un camp de concentration, le plus hermétique au monde. N’est-ce pas un fait patent ? Maintenant, la municipalité nous dit qu’elle n’a jamais donné l’ordre de ce qu’elle se refuse à qualifier de “confinement”. J’en suis coi. En agissant de la sorte, n’ont-ils pas peur des foudres célestes ?

L’épée officielle du « Zéro-Covid dynamique » était suspendue au-dessus des organismes de base, qui ont surenchéri, afin de sauvegarder leurs “coiffures de mandarin8”au prix de la violation sauvage et répétée de nos droits. En appliquant les politiques venant d’en haut qui se contredisaient, avez-vous protégé la population de Shanghai ? Vous n’avez pas été le gouvernement du peuple au service du peuple. Par conséquent, la municipalité n’a pas le droit de rédiger le bilan de la bataille de la défense de Shanghai. Non seulement vous n’avez pas protégé la population, mais vous avez aussi organisé des tests PCR à n’en plus finir, sans fondement scientifique aucun, vidant ainsi la caisse de l’assurance médicale municipale, laissant les coalitions d’intérêts agir à leur guise pour leur enrichissement personnel. Dans cette bataille, c’est nous, la population de Shanghai qui avons surmonté toutes les difficultés afin de nous protéger nous-mêmes. Vous, le gouvernement municipal, vous n’y êtes pour rien ! »

Qui a « tourmenté » Shanghai?

Publié sur Internet en abrégé, l’article « Pourquoi tourmenter Shanghai ? », que j’ai eu beaucoup de peine à écrire, a été lu en quelques heures par plus de cinq cent mille personnes avant d’être supprimé par la cyberpolice. La plupart des lecteurs l’ont approuvé. Certains ont indiqué que je n’étais pas « allé au vif du sujet ». Ils ont raison : si je l’avais fait, l’article n’aurait peut-être pas vu le jour9.

.Alors, au fond, pourquoi tourmenter Shanghai ? Parce que certains le veulent. Depuis les trente dernières années, Shanghai a non seulement réalisé une croissance exponentielle, devenant une référence mondiale, mais a aussi formé un grand nombre de cadres locaux qui ont à la fois la vision et la compétence. Là réside la clé du progrès de notre ville. Il y a trente ans, le PIB de Hongkong, avec 76, 928 milliards de dollars était plus de six fois supérieur à celui de Shanghai (12, 256 milliards), celui de Singapour (36, 144 milliards) étant presque trois fois supérieur. Depuis cette époque-là, le PIB de la ville a été multiplié par plusieurs dizaines. En 2003, avec 104, 991 milliards de dollars, son PIB a dépassé celui de Singapour et, en 2008, avec 220, 667 milliards, celui de Hongkong. En 2020, Shanghai et son PIB de 606, 96 milliards de dollars représentaient 166 % et 173 % de ceux de Hongkong et de Singapour. La Covid-19 a d’abord fait baisser l’économie de ces deux cités, tandis que Shanghai continuait sa progression. Si notre ville n’avait pas été tourmentée avec de mauvaises intentions, sa taille économique aurait atteint deux fois celles de Hongkong et de Singapour.

Les cadres originaires de Shanghai ont été les piliers indéniables de ce véritable grand bond en avant. Leur qualité personnelle, leur compétence gestionnaire et leur vision internationale dépassaient de loin celles des cadres d’ailleurs. Shanghai a fourni aux autres provinces bon nombre de talents de haut niveau. Ce qui a cependant généré un risque latent. Les cadres autochtones de Shanghai sont aujourd’hui de plus en plus marginalisés, remplacés par des gens à l’esprit étroit, sans véritable éducation, au fond incompétent voire hostiles à l’économie de marché. En l’espace de quelques années, ce genre de cadres a été parachuté chez nous depuis le Zhejiang et le Fujian. Ils occupent désormais la quasi-totalité des postes dirigeants et gestionnaires. Pudong, qui se trouve à l’avant-garde de la réforme et de l’ouverture, est aujourd’hui conduit par des hommes qui ne comprennent rien à l’économie. Cela influe inévitablement sur le devenir de la ville. Face à la pandémie, dont la gravité ne nécessitait pas une telle campagne de « confinement », les cadres issus de Shanghai n’ont pas eu droit à la parole, laissant une bande de cadres venus d’ailleurs, à la fois irresponsables et incompétents, tourmenter notre ville. D’où les absurdités et les brutalités que nous venons de connaître.

Nous autres Shanghaïens sommes de plus en plus réticents à supporter ces types qui nous ont tourmentés. Au début de la pandémie, les spécialistes en médecine, de concert avec les cadres locaux, ont fait ouvertement des propositions judicieuses afin que la population de notre métropole internationale ainsi que le million d’étrangers et de compatriotes de Hongkong et de Taiwan qui y résident continuent, face à la Covid-19, à vivre et à travailler tranquillement, sans panique inutile. Quand la pandémie a éclaté à Wuhan, seule une poignée de gens a osé se prononcer, comme l’écrivaine Fang Fang et l’infirmière Ai Fengn tandis qu’à Shanghai, la ville à l’esprit le plus libre du pays, beaucoup de voix se sont élevées haut et fort.

Zhao Lixing, professeur à l’Université Fudan de Shanghai a signalé toute une liste de phénomènes incongrus : d’une main, bloquer hermétiquement la circulation du marché, de l’autre essayer de débloquer certains débouchés ; exiger à la fois que les habitants ne quittent pas leur logement et qu’ils se débrouillent pour trouver de quoi ; distribuer aux personnes qui ne sont pas contaminées par le virus le médicament chinois lianhua qingwen, censé traiter la pandémie, et les informer en même temps que les gens en bonne santé ne devaient pas en prendre ; doter les testés positifs ne pouvant pas être transférés au centre de quarantaine du code rouge, alors que ceux déjà redevenus négatifs devaient aller au centre pour recevoir un code vert ; demander un test PCR avant de consulter un médecin, alors que l’hôpital exigeait pour faire ce test une attestation de test négatif ; impératif à tous de subir le test PCR encore et encore et les informer en même temps qu’il y avait risque de contamination en le faisant, etc. Chaque échelon a fait fonctionner avec le plus grand sérieux les maillons d’un cercle vicieux qui a provoqué la totalité des désordres qui nous ont affectés.

Certains esprits brouillons croient que tous ces désastres humains proviendraient d’une mauvaise application de la politique du « Zéro-Covid ». En réalité, leur origine est précisément le « confinement » à un niveau élevé qui est issu de cette politique et son champion à la tête du pays en est le responsable. Partout ailleurs en Chine, les voix de la population ont été étouffées, alors que les Shanghaïens ont refusé de se mettre à genoux. Ils ont exprimé à haute voix leur désaccord et leur volonté de garder en mémoire ce qui a eu lieu. Les Shanghaiens sont l’espoir de Shanghai, Shanghai est l’espoir de la Chine.

Le virus en soi n’est pas redoutable. Ce qui s’est révélé effroyable, ce sont tous ceux qui ont profité des vaccins, des tests PCR, des approvisionnements alimentaires pour s’enrichir personnellement. Ils en ont profité pour tourmenter Shanghai et les Shanghaïens à des fins inavouables. Je suis convaincu que leurs visées n’aboutiront pas. Shanghai restera cette métropole chinoise dotée d’une culture urbaine hautement civilisée. Nous avons maintenu les liens avec le monde même pendant les dix ans de la Révolution culturelle. La ville saura guérir de ses blessures. Certes, nous sommes cette fois-ci profondément tourmentés et meurtris, mais rien ne pourra anéantir notre ville !

 

  • 1. 全域静态管理 quanyu jingtai guanli, est un euphémisme pour ne pas parler de confinement.
  • 2. 静止 jingzhi.
  • 3. 作茧自缚 zuojian zifu.
  • 4. Extraits de Mengxi Tingyu publié en Australie le 2 juin 2022, repris de la messagerie WeChat.
  • 5. 愚人节 yurenjie.
  • 6. Yuanyuan Jun, 27 juin, extraits, repris de la messagerie WeWhat.
  • 7. Shang Famin, juriste shanghaïen, 28 avril 2022, extraits, repris de la messagerie WeChat.
  • 8. 乌纱帽 wushamao, littéralement « la coiffure de soie noire » que portaient les mandarins du temps des empereurs. Terme qui fait allusion au poste de fonctionnaire.
  • 9. Cai Shenkun, article du 25 avril 2022 intitulé « Reparlons de la tourmente de Shanghai », extraits.