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La saison du diable

Un activiste philippin ligoté dans l’obscurité d’une cahute de forêt chante et voit son chant repris dans un écho funèbre par son tortionnaire. Le chant de lamentation se retourne en chant de mise à mort pendant que les coups s’abattent. Un noir et blanc hypnotique, presque surréaliste, s’associe à des plans fixes déformés par le très grand objectif (9.8, qui donne des premiers plans grossis et un arrière-plan rétréci) et donne une impression d’irréalité.

Ce martyr est l’un des héros, humbles villageois et résistants hors normes, qui peuplent cette Saison du diable, le dernier chef-d’œuvre de Lav Diaz en compétition à la Berlinale 2018. L’un des quelques opposants au délire sanguinaire d’une police paramilitaire créée par le commandant Marcos au plus fort de la loi martiale en 1979. Et cette scène de torture et de duo chanté a capella restera comme l’un des grands moments de cinéma de l’année 2018. Et des plus audacieux. Un parmi une dizaine de scènes époustouflantes. Comme ce chant désespéré d’une mère à sa fenêtre attendant le retour de son fils enlevé. Car il faut le dire tout net : La saison du diable surplombe l’ensemble de la production cinématographique mondiale de l’année. Lav Diaz est pour de nombreux cinéphiles un vrai géant, aussi humble et généreux que follement ambitieux pour son art. Chacun de ses films semble repousser les limites du médium, explorer ses pouvoirs d’une manière nouvelle, radicale, en replongeant inlassablemen

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Élise Domenach

Maître de conférence en études cinématographiques à l’Ecole normale supérieure de Lyon, elle est notamment l’auteure de Stanley Cavell, le cinéma et le scepticisme (PUF, 2011).