François Gèze : comprendre, débattre, partager
La disparition de François Gèze le 28 août laisse démunis toutes celles et ceux pour qui il représentait, outre un grand éditeur, un modèle d’intellectuel engagé dans son temps, ouvert aux évènements et insatiablement curieux. La diversité de ses contributions à Esprit depuis le milieu des années 1980 témoigne de cette ouverture, et d’un sens exigeant et généreux du débat intellectuel et politique, dont nous avons plus que jamais besoin.
La première contribution de François Gèze à Esprit fut une lettre, publiée dans le courrier des lecteurs début 1984, adressée à Paul Thibaud alors directeur d’Esprit, en réaction à son article « Les questions du pacifisme ». Motivant son désaccord de fond, François Gèze conclut en appelant à poursuivre l’échange dans les colonnes de la revue.
Au lendemain des célébrations du bicentenaire de la Révolution française, François Gèze pointe du doigt le contresens profond fait par La Marseillaise de Jean-Paul Goude : ce type de spectacle, conçu par un publicitaire, est selon lui la négation même de la mobilisation populaire qu’il est censé célébrer.
Dans cet article de 1989, François Gèze identifie les menaces, alors nouvelles, qui pèsent sur un monde de l’édition de plus en plus soumis à la logique financière des grands groupes, exposé aux carences de la distribution et à la fragilisation du réseaux des librairies. Il appelle à allumer un certain nombre de contre-feux.
En réponse au lieu commun qui se répandait dans les milieux professionnels, selon lequel la France connaissait au début des années 1990 une crise sans précédent de l'édition, François Gèze défend une hypothèse provocatrice : et s'il s'agissait plutôt d’un retour à la normale, après une phase atypique d'expansion ?
Dans cet article de 1997, François Gèze déplore le silence qui régnait en France sur la situation algérienne, où sous couvert de lutte contre l’islamisme, une dictature militaire corrompue se livrait à de terribles exactions. Des raisons autant idéologiques qu’économiques expliquaient selon lui cette indifférence.
Alors qu’un texte de l’éditeur roumain Gabriel Liiceanu suscitait en France une polémique sur la persistance d’idées xénophobes et antisémites parmi les intellectuels roumains, François Gèze et l’historien franco-roumain Minhea Berindei plaident pour une lecture juste de ce texte, replacée dans le contexte intellectuel des sociétés post-soviétiques.
Dans ce dossier de juin 2003 intitulé « Malaise dans l’édition », François Gèze se penche spécifiquement sur le sort de la distribution, « maillon obscur » de la chaîne du livre. Un système à la fois lourd, complexe et technique, trop souvent méconnu alors que crucial, puisque c’est lui qui permet qu’un livre arrive dans les mains d’un lecteur.