Faut-il que rien ne change pour que tout change?
Si la nomination de Valls à Matignon était un signal de mouvement, la composition du gouvernement, elle, exprime un quasi immobilisme, dans un pas de deux typique de François Hollande. Après la réponse au glissement de l’électorat à droite, la réassurance donnée à toutes les sensibilités du PS.
Un « nouveau » gouvernement ?
Le nouveau gouvernement comprend seize ministres, sur le modèle allemand. Il est resserré, mais surtout resserré sur lui-même. Sept ministres ne bougent pas : les uns pour avoir réussi (Fabius, Le Drian, Le Foll), d’autres pour n’avoir pas démérité (Touraine, Lebranchu) ou pour avoir été sauvés par le suffrage universel (Filippetti après le maintien à gauche de Metz). Taubira enfin, comme un démenti à la droitisation, mais aussi une sanctuarisation étonnante après les gaffes retentissantes sur les écoutes. Six autres changent d’attributions, soit par simple transfert (Pau-Langevin, Pinel, Sapin), soit par promotion pour bons résultats (Vallaud-Belkacem, Cazeneuve, Hamon). Entre les deux catégories, Montebourg, qui étend son champ à l’économie. Il n’y a que deux entrants, les plus attendus : Royal et Rebsamen.
Une partie des attributions est sans doute le résultat de hasards en chaîne déclenchés par le départ des écologistes. Duflot part, elle quitte le logement, qui revient à une femme d’un parti allié du PS, le PRG (Sylvia Pinel). Les écologistes refusent le grand ministère environnement-énergie, il faut un poids lourd pour répondre à ce qui sera désormais une contestation de l’extérieur : Royal. Se libère du coup le grand ministère de l’éducation, où elle était annoncée depuis l’échec de Peillon : il conviendra à la promotion de Hamon, nécessaire, au-delà de sa bonne tenue à la Consommation, du fait de sa capacité à diviser la gauche socialiste critique, et plus encore depuis son ralliement à la candidature de Valls à Matignon. Le coup de chapeau doit aller à Cazeneuve, que sa compétence réussit à imposer comme troisième homme à l’Intérieur, après l’annulation des premiers choix de l’Elysée et de Matignon. Mais ces quelques surprises ne cachent pas l’essentiel : le nouveau gouvernement accueille un éventail socialiste aussi large que le précédent, autour d’un noyau hollandais renforcé.
Une solution temporaire ?
Le message principal d’une telle composition est que la cause de la déroute électorale n’est pas à chercher dans les orientations politiques (passées ou présentes selon qu'on se situe moins ou plus à gauche), mais dans les couacs du gouvernement Ayrault, dans le manque d’autorité du précédent premier ministre, incapable de museler l’expression des ambitions individuelles. Le remède serait donc l’alliance entre un premier ministre de tempérament plus autoritaire avec des ministres plus expérimentés. Mais cette solution va plutôt opposer le premier ministre à des figures politiques indépendantes, disposant soit de liens directs avec le président, soit d’une assise politique propre, et utile au moins jusqu’aux européennes. Donc soit Valls a reçu carte blanche pour sévir à la première incartade des uns ou des autres, soit, plus vraisemblablement, un second remaniement est prévu pour l’été.
Un autre choix était possible : celui de donner au premier ministre de véritables renforts, de renouveler le gouvernement à partir de socialistes pragmatiques (Malek Boutih) ou de la gauche populaire, mais aussi de compétences incontestées (André Vallini) ou de réussites rapides (Fleur Pellerin, réclamée par les PME). Mais il n’aurait pas été dans la manière de Hollande, qui préfère toujours les évolutions en demi-teinte, laissant ouvertes plusieurs options.
En l’occurrence, quatre échéances détermineront si d’autres changements doivent intervenir. D’abord, la déclaration de politique générale du premier ministre, qui lèvera l’ambiguïté du nouveau « pacte de solidarité », sanctuarisation d’une partie de l’Etat-providence ou redéploiement drastique vers quelques priorités. Puis le vote du pacte de responsabilité, qui tracera ou non les contours d’une majorité de rechange. Ensuite, la discussion avec Bruxelles, qui fixera les marges de la France en matière de déficit mais aussi la réussite ou l’échec du tandem instable entre le diplomate Sapin et le tribun Montebourg. Enfin, les résultats des élections européennes en mai, qui donneront la première indication sur la capacité de Valls à relever son camp, mais surtout clôtureront deux mois de bataille entre le PS et les Verts, avec pour enjeu la rentrée de ceux-ci au gouvernement ou leur scission.
Michel Marian