L'islam, une religion américaine?
A propos de
Nadia Marzouki, l’Islam, une religion américaine ? Paris, Editions du Seuil, 2013. Sur ce livre, voir également la recension d’Alice Béja, à paraître dans Esprit, août-septembre 2013.
Nadia Marzouki est actuellement chercheuse à l'institut européen de Florence.
Quand l’Amérique s’interroge sur l’islam
Ce livre n'est pas un effort pour faire une sociologie exhaustive des musulmans aux États-Unis, il ne me semblait pas nécessaire de simplement reprendre les nombreuses études sociologiques et historiques déjà produites pour les traduire en français. Des éléments de description de la sociologie des musulmans sont inévitablement présents dans cet ouvrage, néanmoins la question principale était plutôt de savoir comment l'Amérique débat d'elle-même en débattant de l'islam, qu'est ce qui apparaît à travers ces controverses sur le sens de la démocratie, de l'histoire américaines. Tout en appliquant un point de vue comparatiste avec l'Europe, ma problématique s'intéresse plutôt au rejet de l'islam par les Américains.
Lorsqu'on discute de l'islam en Europe et aux États-Unis, on part toujours du présupposé de deux modèles très différents, voire radicalement opposés. Les études qui tendent à démontrer cette opposition sont multiples, soit pour montrer la différence entre les sociologies des communautés musulmanes en Europe et aux États-Unis, soit pour mettre en avant le fossé entre la compréhension de la séparation du religieux et du politique en Amérique et en Europe. C’est d'ailleurs plus particulièrement la France qui est prise comme le modèle absolument opposé. Le livre qui a consacré cette opposition est le livre d’Ahmet Kuru, qui parle de « laïcité ouverte » aux États-Unis et de « laïcité fermée » en France[1]. Ce présupposé se vérifie dans de nombreux cas, néanmoins j'ai également observé dans mon étude que, malgré ces différences, sur lesquelles tout le monde insiste tant, les façons dont on débat de l'islam de part et d'autre de l'Atlantique convergent progressivement. En effet, les arguments des opposants aux mosquées et aux droits des musulmans sont de plus en plus semblables aux arguments qu'on a pu entendre en Europe à propos des controverses sur la burqa ou les minarets par exemple.
Pour ce faire, j'ai pris comme point de départ l'année 2008 qui, même si cela peut paraître contre-intuitif, semblait un choix plus judicieux que l'année 2001. En effet de 2001 à 2008, le discours dominant provenant des institutions américaines pose l'islam comme un problème strictement extérieur, par le biais du terrorisme, et non comme problème intérieur. En outre, si on observe les données enregistrées par le Department of Justice, on n'assiste vraiment à l'explosion de controverses sur l'islam qu'à partir de 2008, lorsque l'argument qui consiste à dire que l'islam n'est pas un problème de politique intérieure, qu'à l'inverse des pays européens les États-Unis n'ont pas de problème avec leurs musulmans, cesse complètement. De plus en plus, on voit se former l'argument selon lequel l'islam pose vraiment un problème pour la survie de l'Amérique, de l'identité américaine à l'intérieur même de ses frontières. Un des facteurs qui peut expliquer ce tournant est le début de l'ère Obama ; les arguments qui sont développés contre l'islam par un certain nombre de mouvements expliquent plus profondément un malaise par rapport à l'Amérique du premier président Africain-Américain et à une certaine conception de la démocratie.
Le livre est divisé en cinq chapitres : le premier traite de la place de l'islam dans l'histoire américaine et décrit les caractéristiques principales d'une sociologie de l'islam en Amérique. L'idée de ce chapitre est de montrer que, sociologiquement, les musulmans ne sont pas cette minorité unie, homogène et menaçante que présentent les membres des mouvements anti-musulmans. Ne serait-ce que par les chiffres, on a du mal à connecter cette réalité sociologique à l'idée d'une invasion des musulmans en Amérique, car les musulmans ne représentent que 0, 6% de la population américaine. Pourtant, c'est un argument qui est de plus en plus présent dans les controverses américaines. De plus, cette population est sociologiquement un peu plus riche que les musulmans européens, et ne correspond donc pas vraiment à l’image d'une population déclassée, marginalisée et potentiellement menaçante.
Le deuxième chapitre s'intéresse à deux controverses autour de la construction de mosquées : la mosquée de New-York à Manhattan, près de Ground Zero, et une mosquée d'une petite ville du Tennessee, Murfreesboro. J'ai décidé de travailler sur ce cas particulier afin de montrer à quel point l'islam est devenu un problème même dans les endroits reculés comme Murfreesboro, où les petites communautés musulmanes n'ont jamais créé aucun problème. Suite à la controverse de Manhattan, on a observé un effet de cascade : dans de nombreux États, y compris des États où la proportion musulmane est encore plus faible que 0, 6%, s'est construite une mobilisation très forte contre la construction de mosquées.
Le troisième chapitre s'intéresse au mouvement né en 2010 ayant pour but de faire passer un certain nombre de lois afin d'interdire toute référence à la charia dans les tribunaux américains. Ce mouvement a ceci de particulier que, comme le dit le titre du rapport de l'American civil liberties union (ACLU) publié contre ces projets, il prend la forme d'« une solution à la recherche d'un problème ». Il n'y a pas vraiment de tradition de référence à la charia dans les tribunaux américains, qui respectent le droit séculier. Or ce mouvement est parvenu à ses fins puisque des lois ont été votées dans un certain nombre d’États visant à interdire toute référence au « droit étranger » (la formule « droit islamique » n'a pas été autorisée car elle était jugée discriminatoire).
Le quatrième chapitre inscrit ce discours anti-musulman dans une tradition plus longue de discours populistes. Cette forme de rejet a concerné, avant les musulmans, les juifs, les mormons, les francs-maçons, et surtout les catholiques. On peut établir un parallèle entre le moment anti-catholique à la fin du XIXe siècle aux États-Unis et le mouvement contemporain anti-musulman. Le but de cette démarche est de nuancer l'idée qu'il y aurait un problème spécifique de rejet de l'islam, de rappeler qu'il faut aussi lire ces événements dans la longue durée (sans pour autant défendre un déterminisme qui consisterait à dire que toutes les minorités religieuses ont été d'abord exclues puis intégrées).
Le dernier chapitre décrit la façon dont les États-Unis tentent d'exporter une certaine conception du sécularisme et de la liberté religieuse dans le monde musulman.
Deux interrogations fondamentales traversent ces cinq chapitres : d'une part la structuration des argumentaires pro et anti islam, d'autre part la place du droit au sein de ces controverses.
Deux conceptions de la démocratie
Le premier point concerne l'opposition entre les deux argumentaires principaux dans les controverses autour de l'islam. Ces débats ne se résument pas simplement à une opposition entre musulmans et non-musulmans. Ils mettent plutôt en exergue une opposition entre deux conceptions radicales de la démocratie américaine, de ses fondements, de ses justifications, de l'histoire américaine et de la notion d'identité. Cette opposition peut être résumée en reprenant un argument énoncé par l'un des manifestants contestant la construction d'une mosquée près de Ground zero : « it's not about rights, it's about what is right » (il ne s'agit pas de la question des droits, il s'agit de ce qui est approprié). La dialectique entre what is right et rights m'a paru extrêmement intéressante dans la mesure où elle reflète les deux conceptions de l'Amérique qui sont en jeu dans cette controverse. D'une part un argumentaire « libéral » (non par opposition à « conservateur » mais attaché aux principes politiques du libéralisme) développé par les musulmans qui voulaient construire la mosquée, mais aussi par le président Obama, le maire le New York (Michael R. Bloomberg) et différentes organisations de défense des droits civils. Ces dernières mettent en avant le premier amendement de la constitution américaine qui défend le droit au libre exercice et à la construction du lieu de culte. Face à ce discours libéral, on a un propos qui ne s'inscrit pas en opposition à la constitution, mais qui privilégie plutôt un argumentaire de la souffrance, de l'offense, qui justifierait de ne pas s'en tenir au strict respect du texte de loi. Cette idée selon laquelle le registre libéral d'égalité des droits n'est tout simplement pas pertinent pour résoudre cette dispute met en lumière une sorte de malaise, non seulement à l'égard de l'islam, mais aussi d'une certaine idée du libéralisme politique et du sécularisme.
Ces deux visions de la démocratie américaine peuvent aussi être observées dans la controverse qui concerne les projets de loi visant à interdire la référence à la charia. Ainsi, dans l’État d'Oklahoma, en novembre 2010, au moment des élections de mi-mandat, deux républicains ont interrogé les électeurs sur le fait d'interdire toute référence à la charia dans les tribunaux. A cette question, 70% des électeurs ont voté « oui » (nous souhaitons interdire la référence à la charia dans les tribunaux). Des organisations de défense des droits civils des musulmans, appuyés par les juges fédéraux, se sont mobilisées pour dénoncer l'inconstitutionnalité de cet amendement qui ciblait spécifiquement l'islam. Finalement, on retrouve ici l'opposition entre deux modes de raisonnement : d'un côté le raisonnement de ceux qui soutiennent l'amendement, qui vont mettre en avant l'idée de « volonté populaire ». De l'autre, un raisonnement « constitutionnaliste » défendu par les associations de droits civils, les musulmans et les juridictions, dont la position peut se résumer par une citation du jugement : « l'objectif même de la déclaration des droits (bill of rights) était de retirer certains sujets des vicissitudes de la controverse politique, de les placer hors de la portée des majorités et des puissants, et de les établir comme des principes légaux qui doivent être appliqués par les tribunaux. Le droit à la vie, à la liberté, à la propriété, à la liberté d'expression, à la liberté de culte et d'assemblée etc… ne peuvent être soumis au vote, ils ne dépendent du résultat d'aucune élection ». Les partisans de ce projet ont vu dans cet argumentaire le signe de l'opposition des juges à la volonté populaire, d'une juristocratie contre le peuple. Ils ont donc tenu un discours décrivant une élite libérale contre le bon peuple américain, qui imposerait de respecter des lois alors même que la population souhaiterait les changer ; en l’occurrence qu'on puisse faire exception à la constitution pour certaines populations jugées menaçantes, ici les musulmans.
Si le discours libéral peut sembler plus en accord avec la tradition démocratique américaine, il ne faut pas perdre de vue qu'il perpétue d'une certaine manière le dialogue de sourd entre les deux groupes. En effet, il ne peut être entendu par les membres des groupes « anti-musulmans » qui développent, eux, une argumentation fondée sur un dispositif affectif. Cette tendance à la judiciarisation du débat ne fait que creuser le fossé entre les deux groupes. En outre, elle contribue à une forme de dépolitisation et d'élitisation du débat, ne serait-ce que parce qu’entrer dans le débat nécessite des bases en droit constitutionnel etc.
L'opposition entre ces deux registres peut aussi être conceptualisée à travers les travaux de Paul Kahn (2010, Political theology, four new chapters on the concept of sovereignty) qui distingue dans l'histoire politique américaine deux registres : une « théorie politique du contrat » et une « théologie politique du sacrifice ». D'une part, une vision libérale (théorie politique du contrat) qui consiste à dire que tous les citoyens sont égaux et que la constitution s'applique de manière égale. Cette vision libérale énonce que l'inclusion dans la communauté suppose l'adhésion à un certain nombre de principes. D'autre part, une « théologie politique du sacrifice » qui repose sur l'idée que l'inclusion ou l'exclusion dans la communauté suppose beaucoup plus que l'idée que l'on a des droits qui s'appliquent de manière équitable à tous, elle postule un engagement volontaire, explicite, extrêmement visible des individus. Cette « théologie politique du sacrifice » implique donc que la communauté a un droit de regard sur la question de savoir qui mérite de faire ou non partie de la société. Cette idée de « mérite », me paraissait ici assez pertinente pour lire les controverses autour de l'islam puisqu'il me semble qu'un certain nombre des gens qui participent à ces mobilisations anti-mosquées, anti-charia etc… ne tiennent pas un discours intrinsèquement anti-musulman. Leur prises de position se tournent plutôt contre les free riders (passagers clandestins) : ils s'opposent à l'idée que les musulmans pourraient profiter des droits liés au premier amendement tandis qu'ils ne le méritent pas. On retrouve des modes de protestation similaires concernant la réforme de l’assurance maladie mise en place par le président Obama (surnommée Obamacare par ses opposants) et toujours vivement contestée.
La place du droit dans les controverses
Le deuxième axe de réflexion qui guide ce travail est la question de la place du droit dans ces controverses, comparativement à celle qu'elle occupe en Europe. Dans chacune d’entre elles, les tensions se cristallisent particulièrement sur l'interprétation du premier amendement (« le congrès ne fera aucune loi qui a pour objet l'établissement d'une religion ou en empêchant le libre-exercice »), et plus précisément des deux clauses qui concernent la religion : la clause de « libre exercice » et la clause de « non-établissement ». Ainsi, les deux parties se revendiquent du premier amendement. Les mouvements défendant une vision libérale du sécularisme vont se targuer de défendre une application stricte du premier amendement, en l'occurrence le libre exercice de la religion. Les membres des mobilisations anti-mosquées/anti charia eux aussi se réfèrent au droit en disant que les libéraux et les musulmans interprètent mal le premier amendement. Ils ont une interprétation « originaliste » de la constitution, c'est-à-dire une lecture qui consiste à mettre en avant les intentions des pères fondateurs au moment de l'écriture du texte ; leur lecture est fondée sur l'idée qu'il ne faut pas ré-interpréter la constitution en fonction des évolutions de la société américaine. Comparativement à la situation en Europe, les musulmans américains ont beaucoup plus recours au droit que les musulmans européens.
Un autre point intéressant de comparaison entre l'Europe et les Etats-Unis est la question du féminisme dans ces débats sur l'islam. Depuis 2004, l'idée qu'en France les féministes seraient contre l'islam est très répandue, particulièrement aux Etats-Unis. La véracité de cette proposition importe peu, toujours est-il que les féministes n'ont en aucun cas une place similaire dans les débats sur l'islam aux Etats-Unis. De l'autre côté de l'Atlantique, le combat entre féministes libérales et conservatrices s'est vraiment cristallisé sur les questions de l'accès à l'avortement, du droit au travail. Les quelques femmes qui se sont prononcées à propos de l'islam font surtout partie d'un groupe conservateur de droite qui s'appelle Concerned Women for America (à peu près 500 sections aux États-Unis), mouvement constitué en opposition aux mouvements féministes des années 1970. Ces femmes se prononcent sur l'islam, mais leur argument ne consiste pas à dire qu'elles vont libérer les femmes de la domination masculine musulmane, mais, à l'inverse, que l'islam menace la survie de la constitution américaine. Elles se prononcent donc plus sur la question de la constitution que sur la question de la libération et de l'égalité femme-homme.
Politique intérieure, politique étrangère :
Les contradictions du débat
Un autre point abordé dans l'Islam, une religion américaine est la question de la différence entre les prises de position américaines sur la politique étrangère et des débats de politique intérieure. Si, dans les controverses qui concernent l'islam comme problème intérieur, on a cette opposition assez frappante entre un raisonnement libéral et un raisonnement « empathique », cette opposition en matière de politique étrangère est beaucoup moins nette. Afin de rendre compte de ce décalage, on peut s'intéresser au travail et au discours d'une commission qui dépend du département d’État, la Commission pour la liberté religieuse internationale. Cette commission a été créée en 1998, sous l'effet de la pression et de l'activisme de deux types de groupes dont on pourrait penser qu'ils n'ont rien à voir : les groupes évangéliques de droite et des groupes de défense des droits de l'homme, anticommunistes. Ces deux groupes se sont mobilisés pour dénoncer le fait que la catégorie du religieux n'avait pas un rôle assez important dans la politique étrangère américaine. Selon eux, le gouvernement devrait considérer le facteur religieux comme plus décisif, notamment pour la protection des droits des chrétiens. A l'époque, un certain nombre d'acteurs politiques du département d’État mais aussi des hommes d'affaires, etc., se sont opposés à ce projet, surtout à la désignation « protection des chrétiens ». Finalement l'appellation minorités chrétiennes a été remplacée par la catégorie de « minorités religieuses ».
Cette commission, dont les travaux n'avaient jusqu'alors suscité que peu d'intérêt, a commencé à attirer l’attention à partir de 2001, notamment par son discours selon lequel il faudrait promouvoir la liberté religieuse dans le monde musulman. Ce discours a pris de l'ampleur dans les cercles de décision et d'expertise politique à Washington. En outre, cette commission publie des rapports chaque année où elle désigne des pays problématiques et où elle fait des recommandations (la France est souvent citée dans ces rapports qui disent régulièrement qu'elle persécute ses musulmans). Dans cette approche de la commission, l'émergence d'une démocratie dans le monde musulman, d'un pluralisme et d'une liberté religieuse, implique qu'il faudrait repousser le religieux dans la sphère du privé. Elle propose donc une définition assez séculière de ce que devrait être le religieux ; on fait en sorte que le religieux n'ait pas d'impact dans la vie publique, ce qui laisserait plus de place pour les minorités religieuses dans le monde musulman. Or les mêmes groupes qui promeuvent ce type de discours sont souvent impliqués dans des batailles à l'intérieur de l'Amérique, où ils soutiennent qu'il faudrait que le religieux soit plus fort dans l'espace public. Un espace public nu (naked public sphere) complètement sécularisé serait, selon eux, un grave danger pour la survie de la culture américaine. On a ici une ambiguïté intéressante : pour un desétablissement du religieux à l'étranger mais un réétablissement du christianisme public à l'intérieur.
Discussion
Quand vous parlez de l’opposition entre Europe et États-Unis, d'aucuns vous répondraient que l'Europe est très diverse. A propos du mouvement américain visant à interdire la référence à la charia dans les tribunaux, il existe au Royaume-Uni des « muslim arbitration tribunals » qui confèrent des droits assez importants à une justice parallèle. Bien sûr, à des niveaux élevés la justice britannique fonctionne d'une façon unifiée, mais à des niveaux plus intermédiaires, ces tribunaux « islamiques » existent. Ainsi, dans la construction britannique, l'articulation des communautés peut passer par des formes de droit séparées, autrement dit il n'y a pas une volonté de rassembler sous une même convention les résidents du territoire britannique.
Cet élément met en exergue la forme que prend la volonté d'intégration aux Etats-Unis : les minorités doivent et vont rejoindre le courant central dans un laps de temps assez court. Il y a donc une différence importante avec le Royaume-Uni. L'idée « d'assimilation » américaine revient à dire que les minorités bénéficient de droits et peuvent exister comme telles mais qu'elles ont aussi vocation à s'intégrer dans le courant central (cette conception quasi-téléologique de l'intégration se rapproche plutôt du modèle français).
Il est vrai que ce récit mythique selon lequel, un jour, les musulmans feront partie du tissu social américain et de la culture américaine est très présent. Cette représentation a un rôle déterminant dans la façon dont les acteurs se positionnent dans ces débats. Par exemple lorsqu'Obama et Bloomberg ont pris position pour défendre le droit de construire une mosquée à New-York, ils ont construit tout un récit pour dire qu'historiquement, toutes les minorités ont d'abord été rejetées, mais que l'Amérique est la terre de la tolérance et c'est ce qui en fait une nation exceptionnelle. Même dans mes entretiens avec des défenseurs de la cause des musulmans, le discours sur les violences faites aux musulmans était souvent tempéré par un « Oui mais bon en Amérique tout le monde est passé par là ». Cette communauté de vécu participe aux représentations et à une sorte de sentiment collectif d'exception, ou en tout cas de différenciation.
Propos recueillis par Robin Michalon
[1] Ahmet T. Kuru, Secularism and State Policies toward Religion : the United States, France and Turkey, Cambridge, Cambridge University Press, 2009.