La Défense républicaine I : juin 1899
Un tournant dans l’histoire de France
De quelles forces politiques, sociales et morales dépend le sort de la République ? L’histoire contemporaine de la France nous livre des faits historiques utiles à l’examen du temps présent. Le 22 juin 1899, une majorité nouvelle de la Chambre des députés investit un gouvernement dit de « Défense républicaine » qui lance un mouvement de démocratisation du pays face à la violence de l’extrême droite et l’inconséquence des républicains au pouvoir. Comment cette nouvelle majorité est-elle advenue ?
Après le temps de la Révolution française, le régime républicain évolua au xixe siècle vers une formule de plus en plus conservatrice et antirévolutionnaire. Ainsi la IIe République marcha-t-elle vers le coup d’État avec Louis-Napoléon Bonaparte, succédant à l’écrasement en juin 1848 de manifestations populaires et sociales à Paris, tandis que la IIIe République, après avoir noyé dans le sang la Commune de Paris, oscilla à plusieurs reprises vers la réaction antirépublicaine, comme durant l’affaire Dreyfus, qui sembla livrer la démocratie républicaine aux haines nationalistes et antisémites. Ces dernières, présentes à l’extrême gauche, grandirent presque sans limite à droite et à l’extrême droite, en pleine recomposition dans l’antidreyfusisme au tournant du siècle.
Deux hommes d’État jouèrent un rôle éminent pour défendre la démocratie républicaine, aux côtés des dreyfusards et dreyfusardes dans la presse, dans la culture, dans l’opinion : Pierre Waldeck-Rousseau, de centre droit, qui avait été un ministre renommé dans le « grand ministère » Gambetta, qui avait combattu énergiquement le boulangisme1, mais qui restait silencieux depuis le Sénat où il siégeait ; et Jean Jaurès, ancien député socialiste, donc à l’extrême gauche, jamais ministre mais de stature nationale et internationale, journaliste, écrivain, philosophe et bientôt historien.
« Certains mots ont perdu leur sens… »
Le premier, Waldeck-Rousseau, sortit de son silence le 28 février 1899, quand le niveau de menaces contre la République atteignit selon lui un point de non-retour. Les libertés républicaines, au fondement de la démocratie, étaient attaquées comme jamais par les antidreyfusards et leur politique de violence. Il dénonça la tentation d’étouffer la justice qui, au même moment, progressait dans la révélation du crime d’État ayant frappé le capitaine Dreyfus auquel tous ses droits de justiciable avait été retirés. Tout citoyen risquait alors de subir le même sort. Le péril grandissait contre les libertés individuelles, livrées aux assauts de l’extrême droite antidreyfusarde.
« Est-ce le moment, le croyez-vous messieurs, de toucher à une seule des garanties du droit individuel ? Jamais il n’a été plus menacé. Je voudrais être optimiste ; je ne le peux ; car une chose grandit et grandit sans cesser dans ce pays : c’est le pouvoir de la menace et de la calomnie, une sorte d’inquisition obscure ; elle est partout. Il n’est pas de fonction assez haute, il n’est pas de situation assez humble pour, si on lui résiste, échapper à ses coups. On fouille les généalogies, on viole le secret des familles ; ceux qu’on ne peut briser, on les salit [comme Émile Zola à travers son père d’origine italienne].
Nous en avons fait trop ; nous avons assez reculé, nous avons assez descendu ; remontons ! […] Ce qui me préoccupe n’est pas de voir que nos institutions sont attaquées. Notre caractère national lui-même se trouve menacé. Nous avons toujours été un peuple épris d’idéal et de raison. Nous étions avides d’égalité, et des prédications furieuses, exhumant, pour les vanter, des souvenirs qui sont la honte de l’Histoire (Applaudissements à gauche), essayent de précipiter toute une partie d’un peuple contre une autre. Nous étions avides de justice et l’on a pu dire, sans que partout ce peuple frémisse, que contre le droit individuel, il peut y avoir des raisons d’État. (Nouveaux applaudissements.)
Certains mots ont perdu leur sens : craindre qu’une erreur ait été commise, ce n’est pas obéir au plus noble devoir et au plus noble sentiment de l’humanité, non ; dans un certain jargon nationaliste, cela a été méconnaître la patrie. (Applaudissements à gauche.) Vouloir réparer cette erreur, cela a été une forfaiture. Et voilà qu’on nous demande maintenant des tribunaux exceptionnels ou extraordinaires !
Il semble en vérité que certains actes soient oubliés et que certains souvenirs ne mordent plus au cœur comme autrefois les fils ou les descendants des proscrits de 1851. (Bravos et applaudissements sur les mêmes bancs.) Je me refuse à amnistier le passé ; nous ne fournirons pas aux réactions de l’avenir un précédent républicain. (Nouveaux applaudissements à gauche. Protestations.)2 »
Le 3 juin 1899, la Cour de cassation, toutes chambres réunies, rendit un arrêt de révision dans le procès Dreyfus. La haine nationaliste et antisémite se déchaîna, le gouvernement fut renversé, la crise de régime était proche. Waldeck-Rousseau, qui s’était donné depuis plusieurs mois une image de républicain intransigeant, s’imposa comme le leader d’une nouvelle majorité de « Défense républicaine ». S’il renonça le 19 juin à briguer l’investiture pour diriger le gouvernement, c’était pour mieux écarter des députés progressistes hésitants ou compromis avec les nationalistes, et finalement réussir le 22 juin. L’historien Pierre Sorlin, son biographe, a souligné ce retour très symbolique de la vieille génération républicaine (qui avait connu 1848 pour certains et le 16 mai 1877 pour les plus jeunes)3.
La combinaison ministérielle montée par Waldeck-Rousseau était audacieuse, puisqu’elle allait de ministres libéraux, conservateurs et même réactionnaires, dont le général de Galliffet, le « massacreur » de la Commune, à des ministres de gauche, et même d’extrême gauche avec la présence en son sein d’un socialiste pour la première fois dans l’histoire de la IIIe République. Alexandre Millerand, qui s’était illustré dans la résistance à la loi de dessaisissement de la justice, devenait ministre du Commerce chargé du travail. Cette participation socialiste à un gouvernement bourgeois avait été voulue par Jaurès qui, bien que ne siégeant pas alors au Parlement, soutenait activement la « Défense républicaine ». Les républicains de gauche formaient « l’axe du gouvernement » qui voyait l’arrivée de trois radicaux-socialistes et l’apparition du jeune et brillant Joseph Caillaux. Ernest Monis détenait le portefeuille de la Justice et Waldeck-Rousseau s’était attribué le ministère de l’Intérieur et des Cultes. Il avait refusé les négociations traditionnelles à toute formation de gouvernement ; depuis son ministère de l’Intérieur, il contrôlait ses ministres et vérifiait leurs discours. Il gouvernait. Les nationalistes stigmatisèrent le nouveau gouvernement, le « ministère Dreyfus », « le gouvernement de trahison ». La Croix titra le 24 juin : « Le Tout-Dreyfus élevé au pinacle ». Mais leurs protestations n’y firent rien. Subtilement et fermement composé, le gouvernement Waldeck-Rousseau allait durer près de trois années.
« Quand la liberté républicaine est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée… »
Contre une large partie des socialistes français (et allemands) refusant « la participation » à un gouvernement « bourgeois », Jaurès défendit l’entrée d’Alexandre Millerand dans le ministère Waldeck-Rousseau. La tâche du prolétariat, selon lui, n’était pas seulement de faire advenir le socialisme, mais également de défendre la part démocratique de la République, de sauver alors les lois « qui résument les pauvres progrès de l’humanité, les modestes garanties qu’elle a peu à peu conquises par le long effort des siècles et la longue suite des révolutions ». Aux nationalistes « qui veulent garder de la légalité bourgeoise tout ce qui protège le capital, et livrer aux généraux tout ce qui protège l’homme, nous, socialistes révolutionnaires, nous voulons dans la légalité d’aujourd’hui, abolir la portion capitaliste et sauver la portion humaine. Nous défendons les garanties légales contre les juges galonnés qui les brisent, comme nous défendrions au besoin la légalité républicaine contre des généraux de coup d’État4 ».
La mise en danger de la République signifiait la fin des espérances de démocratie communes aux libéraux et aux socialistes. C’est ainsi que Jaurès avait justifié son engagement dreyfusard et ceux de ses amis5. Et c’est ainsi qu’en juin 1899, il justifia son adhésion à la « Défense républicaine » en se mobilisant pour son succès. Jaurès ne ménagea pas sa peine. Il ne pouvait plus batailler du haut de la tribune de la Chambre pour la défendre puisque son engagement dreyfusard lui avait coûté sa réélection un an plus tôt, aux élections générales d’avril-mai 1898. Il multiplia les prises de parole dans les meetings et se démultiplia dans les journaux, à commencer par La Petite République et La Dépêche. Dans les colonnes du grand quotidien radical de Toulouse et du Sud-Ouest, il salua le vote des députés socialistes du 22 juin, même les plus révolutionnaires d’entre eux, pour la défense de la République. Le sacrifice doctrinal de ces derniers, leur consentement au dépassement du passé, leur sens politique suscitèrent l’admiration de Jaurès dans son article du 29 juin 1899, « En avant » : « Les socialistes révolutionnaires étaient acculés à un état de conscience presque tragique. Ils ont été les combattants de la Commune ; ils ont été les proscrits, les fusillés. Ils en sont la tradition vivante, et tout à coup se dressait devant eux l’homme dont le nom est le symbole du massacre. Ils ont crié leur colère et leur implacable horreur, mais ils n’ont pas voté contre le ministère. Il s’est trouvé même deux communistes révolutionnaires, députés des ouvriers des Ardennes, Poulain et Lassalle, qui ont voté pour. Paschal Grousset, qui a échappé comme par miracle à l’ordre de mort signé contre lui par Galliffet lui-même, a voté pour le ministère. Et, dès que le ministère fut connu, il vint aux bureaux de La Petite République nous dire : “N’importe ! Il faut marcher.” Trouvera-t-on souvent dans l’histoire plus héroïque abnégation d’un parti ? La majorité des socialistes a soutenu le cabinet. Sans leur esprit de sacrifice il était à terre. »
Dans son article de La Dépêche, Jaurès invoque l’histoire. Elle saura reconnaître ce que les socialistes ont fait pour la République et la démocratie. Ils l’ont fait ce 22 juin, groupés dans un « parti » qui demande à naître au milieu d’une crise qui menace la France tout entière et son image dans le monde. « Il nous plaît qu’aux heures de crise il ait ce ressort de courage. Il nous plaît qu’il ne soit pas composé de ces éternels impuissants qui critiquent, chicanent, disputent et jamais n’agissent et combattent toujours trop tard. Les nôtres ont pris une responsabilité lourde, à coup sûr ; mais il faudra en prendre bien d’autres avant que la révolution sociale ait arraché toutes les racines du vieux monde et planté la nouvelle justice. Avant peu on verra les résultats : la République affermie et le socialisme grandi. J’ajoute que, malgré d’apparentes dispersions, l’unité socialiste est plus proche que jamais. Mais il y a trop à dire sur cette crise, une des plus extraordinaires et des plus fécondes que la France ait traversées. Souvent nous aurons à y revenir6. »
Le socialisme français sortit grandi, en effet, de son vote parlementaire du 22 juin 1899. Alors que la République vivait une très grave crise menaçant son avenir démocratique, les socialistes se décidant de venir à son secours déclarèrent leur confiance dans la République, dans un régime qui avait pourtant massacré une partie d’entre eux lors de la Commune. Ils témoignèrent leur responsabilité face à l’histoire et reconnurent à la liberté un rôle déterminant dans les progrès de l’humanité. Les socialistes furent mis devant leurs compromissions avec l’antisémitisme, s’en écartèrent. La marche vers l’unité à laquelle s’efforçait Jaurès était lancée. Un élan s’opéra lors du congrès réuni en décembre 1899 à la salle Japy à Paris, au cours duquel cinq formations décidèrent de constituer le Parti socialiste français, à l’inverse de celles qui se réunirent dans le Parti socialiste de France avec Jules Guesde et Édouard Vaillant. Derrière l’opposition Guesde-Jaurès, deux conceptions du socialisme, de la politique et de l’histoire s’affrontaient. Le harcèlement auquel les militants guesdistes soumirent Jaurès après la formation du gouvernement de « Défense républicaine » et ses mises au point répétées en retour finirent par décider les deux principaux intéressés à débattre publiquement. La confrontation eut lieu à l’hippodrome de Lille le 26 novembre 1900 devant plusieurs milliers de militants.
Pour justifier du bien-fondé de la participation socialiste à un gouvernement « bourgeois » décidé à combattre le nationalisme, Jaurès s’appliqua à définir la nature même du socialisme et le « principe si souvent invoqué et si rarement défini », la « lutte des classes ». Au-delà des héritages idéologiques, il existait un devoir politique et moral envers la liberté. Et ce devoir s’imposait aux socialistes, même s’il dépassait la cause du prolétariat et la marche vers la révolution. Ou plutôt ce devoir les reformulait, comme Jaurès l’expliqua encore à Lille le 26 novembre 1900 : « Ah oui ! la société d’aujourd’hui est divisée entre capitalistes et prolétaires ; mais, en même temps, elle est menacée par le retour offensif de toutes les forces du passé, par le retour offensif de la barbarie féodale, de toute la puissance de l’Église, et c’est le devoir des socialistes, quand la liberté républicaine est en jeu, quand la liberté de conscience est menacée, quand les vieux préjugés qui ressuscitent les haines de races et les atroces querelles religieuses des siècles passées paraissent renaître, c’est le devoir du prolétariat socialiste de marcher avec celle des fractions bourgeoises qui ne veut pas revenir en arrière. »
Dans le défi lancé aux socialistes par l’affaire Dreyfus, Jaurès estima alors que le prolétariat avait doublement rempli son devoir dans son engagement pour la République : envers lui-même, envers la civilisation et l’humanité. « Et c’est parce que dans cette bataille, le prolétariat a rempli son devoir envers lui-même, envers la civilisation et l’humanité ; c’est parce qu’il a poussé si haut son action de classe, qu’au lieu d’avoir, comme le disait Louis Blanc, la bourgeoisie pour tutrice, c’est lui qui est devenu dans cette crise le tuteur des libertés bourgeoises que la bourgeoisie était incapable de défendre ; c’est parce que le prolétariat a joué un rôle décisif dans ce grand drame social que la participation directe d’un socialiste à un ministère bourgeois a été rendue possible7. »
Face au danger mortel du nationalisme antirépublicain, Jaurès relevait que beaucoup de républicains n’avaient pas pris leurs responsabilités comme Waldeck-Rousseau les avaient prises. Ces faits historiques concernant ce qu’à l’époque on qualifiait d’extrême gauche sont à rappeler. Acceptant de confronter les défis de liberté classique aux logiques marxistes du prolétariat, les socialistes, surtout les jaurésiens, reconnurent dans la liberté un bien commun qui devait être protégé de la menace de l’extrême droite – quand celle-ci se faisait toujours plus antirépublicaine, raciste et antisémite à l’instar de l’Action française de Charles Maurras. La contribution des socialistes à la « Défense républicaine » et à ses réformes fut incontestable. Débuta alors, durant trois années, comme s’en souvint en 1912 le capitaine Dreyfus lui-même, « l’une des œuvres de relèvement les plus extraordinaires dont le monde ait été témoin. Une de ces œuvres qui retentissent jusque dans l’avenir le plus lointain parce qu’elle aura marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité, une étape grandiose vers une ère de progrès immense, ou les idées de liberté, de justice, de solidarité sociale. Au début de l’Affaire, en effet, il ne s’agissait, pour la plupart de ceux qui y prirent part, que d’une question de justice et d’humanité. Mais à mesure que la lutte se poursuivait contre toutes les forces d’oppression coalisées, elle prenait une envergure insoupçonnée qui n’a cessé de croître jusqu’à ce que la lumière fût faite complète, entraînant avec elle une transformation capitale dans les idées. Les découvertes se firent successivement, apportant chaque jour un élément nouveau obligeant les esprits à réfléchir et à changer graduellement d’idée sur une foule de questions dont on ne se serait pas soucié autrement. Une éducation progressive se fit, les traditions s’évanouirent et préparèrent peu à peu mais sûrement l’esprit public à accepter des réformes importantes8 ».
Quelques années plutôt, en juillet 1903, présidant à la remise des prix du lycée d’Albi et s’adressant à la jeunesse dans un discours promis à un grand avenir, Jean Jaurès dressait le portrait d’une République idéale qui devenait réalité. Le tournant de juin 1899 avait changé le destin de la France et apporté des raisons de croire et de résister. La République soudain s’élargissait. L’extrême gauche, plutôt que de poursuivre vers la révolution, acceptait de s’unir aux républicains, apportant leur idée de la République, que Jaurès présenta avec éloquence ce 30 juillet 1903 : « Dans notre France moderne, qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance. Instituer la République, c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ; qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre ; qu’ils sauront se combattre sans se déchirer ; que leurs divisions n’iront pas jusqu’à une fureur chronique de guerre civile, et qu’ils ne chercheront jamais dans une dictature même passagère une trêve funeste et un lâche repos. [Et] voici que cette République de démocratie, de suffrage universel et d’universelle dignité humaine, qui n’avait pas eu de modèle et qui semblait destinée à n’avoir pas de lendemain, est devenue la loi durable de la nation, la forme définitive de la vie française, le type vers lequel évoluent lentement toutes les démocraties du monde9. »
- 1. En 1880, alors député d’Ille-et-Vilaine, Waldeck-Rousseau présida, au théâtre Bellecour, le troisième banquet annuel du Cercle républicain de Lyon. Il fit part de sa conviction qu’une résistance vigoureuse restait possible dès lors qu’elle était politique et généreuse, dès lors qu’elle pouvait « faire aimer la République ». Dénonçant « une sorte de vertige courbant aux pieds d’un héros sans légende ceux-là qui se prétendent les plus altérés de liberté, […] des ferments de dictature mêlés à des ferments de révolution, tous les mécontents conspirant avec tous les appétits », il critiqua sévèrement les gouvernements en place et leur timidité devant les réformes nécessaires pour ancrer la démocratie dans la République. Puis il appela le président du Conseil Charles Floquet au rassemblement de tous les républicains contre l’aventure césariste et la tentation de révision constitutionnelle. « L’heure n’est pas venue de réviser la Constitution, mais bien de la défendre ! », conclut l’ancien collaborateur de Gambetta. Nous renvoyons ici à notre livre La République imaginée (1870-1914) que nous suivons largement pour cet article (Paris, Belin, coll. « Histoire de France », 2010, p. 227). Voir aussi Vincent Duclert, Jaurès 1859-1914. La politique et la légende, Paris, Autrement, coll. « Vies parallèles », 2013 ; et, avec Gilles Candar, Jean Jaurès, Paris, Fayard, 2014.
- 2. Cité dans Le Parlement et l’affaire Dreyfus. Douze années pour la vérité, extraits choisis et présentés par V. Duclert, Paris, Assemblée nationale et Société d’études jaurésiennes, 1998.
- 3. Pierre Sorlin, Waldeck-Rousseau, Paris, Armand Colin, 1966.
- 4. Jean Jaurès, « L’intérêt socialiste », dans Les Preuves. Affaire Dreyfus [1898], éd. V. Duclert, préface de Jean-Denis Bredin, introduction de Madeleine Rebérioux, Paris, La Découverte, 1998, p. 47-48.
- 5. « Si Dreyfus a été illégalement condamné et si, en effet, comme je le démontrerai bientôt, il est innocent, il n’est plus ni un officier ni un bourgeois : il est dépouillé, par l’excès même du malheur, de tout caractère de classe ; il n’est plus que l’humanité elle-même, au plus haut degré de misère et de désespoir qui se puisse imaginer. » Le devoir du prolétariat était donc de défendre ce « témoin vivant du mensonge militaire, de la lâcheté politique, des crimes de l’autorité ». Car « nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfuir hors de l’humanité », concluait Jaurès dans Les Preuves (ibid.).
- 6. Voir Rémy Pech et Rémy Cazals (sous la dir. de), Jaurès. L’intégrale des articles de 1887 à 1914 publiés dans La Dépêche, Toulouse, Privat, 2009.
- 7. Le débat des « deux méthodes » est cité dans V. Duclert, La République imaginée, op. cit., p. 437.
- 8. Cité dans les Œuvres complètes du capitaine Dreyfus (Paris, Les Belles Lettres, à paraître). Cette déclaration a été enregistrée le 20 mars 1912 par les « archives de la parole » à la Sorbonne, qui sont conservées à la Bibliothèque nationale de France. Rappelons que le capitaine Dreyfus fut la victime d’une conspiration visant à éliminer les officiers juifs du haut état-major, celui-ci étant tenu pour « l’arche sainte ». Les officiers réputés juifs étaient considérés par un certain nombre de cadres et de responsables comme un danger pour la défense nationale en raison de leur supposée binationalité, française et « étrangère » parce que juifs, assimilés à des traîtres en puissance. Comme ses coreligionnaires dans les armées, le capitaine Dreyfus se révéla d’un patriotisme sans faille et d’un grand courage, de même que ses descendants face à l’occupation nazie, dont son fils Pierre et ses enfants (Charles, Françoise…) engagés dans la France Libre, ses petits-fils Jean-Louis et Étienne Lévy qui rejoignent la Résistance ainsi que leur sœur Madeleine, membre du réseau Combat, dénoncée à Toulouse par des collaborateurs françaises, et déportée au camp d’Auschwitz où elle périt. Voir notre étude, Alfred Dreyfus. L’honneur d’un patriote, Paris, Fayard, 2006, et général André Bach, L’Armée de Dreyfus. Une histoire politique de l’armée française de Charles X à « l’Affaire », Paris, Tallandier, 2004.
- 9. Le Discours à la jeunesse de Jean Jaurès est cité ici à partir de V. Duclert, La République imaginée, op. cit., p. 432.