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Que valent les bonnes intentions ?

L'affaire Anna Stubblefield

L’affaire Anna Stubblefield, qui a eu des relations sexuelles avec un jeune noir handicapé, interroge le consentement des personnes incapables de s’exprimer, le conflit entre la logique du care et celle des capacités, et le rapport entre les intentions et les mécanismes de domination. Contrairement à l’approche juridique, une approche qui suspend le jugement se rend attentive à ce que le consentement masque.

D’Anna Stubblefield, certains ont dit qu’elle était une philosophe engagée en faveur des droits des personnes handicapées ayant abusé de la faiblesse d’un homme incapable de ­s’exprimer. D’autres considèrent que c’est une femme qui a été condamnée, en première instance, à une lourde peine, de douze ans de prison ferme, parce qu’elle était tombée amoureuse de cet homme. Les avocats de la famille du jeune homme défendent la première version, suivis par des militants des droits des personnes handicapées et féministes. La seconde est suggérée par des collègues d’Anna Stubblefield. Ayant abordé en sociologue et en philosophe les questions posées par le consentement et le recours à la contrainte dans le domaine de la santé mentale et du handicap, lorsque les capacités des personnes sont mises en question, nous avons voulu exposer à un public français les points aveugles de cette affaire et des débats qui l’entourent. Ceux-ci nous semblent en effet montrer combien la question du consentement fonctionne parfois comme un écran et réduit la réalité de situations et d’expériences à des alternatives insatisfaisantes. Toute cette affaire s’articule, au fond, autour d’un dilemme centra

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Alice Le Goff

Alice Le Goff est maîtresse de conférences en philosophie à l'université Paris Descartes, membre du Cerlis et de l'Institut universitaire de France, Elle mène des recherches en philosophie sociale et politique. Elle est notamment l’auteur de Care et démocratie radicale (Presses universitaires de France, 2013). 

Livia Velpry

Livia Velpry est maîtresse de conférences en sociologie à l’université Paris 8-Saint Denis et membre du Cermes3. Ses recherches portent sur l’expérience sociale des troubles mentaux graves et du handicap, ainsi que sur la façon dont la violence et les troubles du comportement reconfigurent les pratiques de soin et d'accompagnement en santé mentale. Elle a récemment codirigé l'ouvrage Contrainte...

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Fausses nouvelles, désinformation, théories du complot : les vérités sont bien fragiles à l’ère de la post-vérité. Les manipulations de l’information prospèrent dans un contexte de défiance envers les élites, de profusion désordonnée d’informations, d’affirmations identitaires et de puissance des plateformes numériques. Quelles sont les conséquences politiques de ce régime d’indifférence à la vérité ? Constitue-t-il une menace pour la démocratie ? Peut-on y répondre ? A lire aussi dans ce numéro : un dossier autour d’Achille Mbembe explorent la fabrication de « déchets d’hommes » aux frontières de l’Europe, des repères philosophiques pour une société post-carbone, une analyse de ce masque le consentement dans l’affaire Anna Stubblefield et des recensions de l’actualité politique, culturelle et éditoriale.

 

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