Photo : unifrance.org
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Voir sans avoir vu. Entretien avec Arnaud Desplechin

Entretien avec Arnaud Desplechin

Les images de terreur ne s’adressent pas à nous ; elles ricanent comme les négationnistes. Parce qu’elles excluent l’apparition d’un visage, elles empêchent toute compassion. Au contraire, on ne peut filmer la mort qu’en tremblant, comme on approcherait le sacré.

Carole Desbarats – La première fois que je vous ai parlé de cet entretien, vous m’avez dit ne pas avoir vu les images de terreur diffusées par Daech mais qu’il vous semblait quand même les connaître.

Arnaud Desplechin – Je pense que je n’ai pas besoin de voir ces images parce qu’elles ne s’adressent pas à moi. Et pourtant, je suis leur cible. Ces images sont fabriquées pour m’attaquer, pas pour que je les voie. J’en ai une connaissance fantasmatique, sûrement délirante : est-ce que je commets une faute en parlant d’images que je n’ai pas vues ? Est-ce que je dois m’astreindre à aller sur des sites pirates pour regarder des images de Daech et être capable d’en parler ?

Ricanements

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Arnaud Desplechin

Réalisateur, César du meilleur réalisateur en 2016 pour "Trois souvenirs de ma jeunesse". 

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Les tensions iconoclastes sont toujours vives dans nos sociétés séculières et pleines d’images. Comment réagissons-nous face aux images de terreur ? Assistons-nous à une montée de la censure ? Peut-on encore apprendre à regarder ? Ce dossier, coordonné par Carole Desbarats, examine comment philosophes, artistes et éducateurs font face à la puissance des images.