Charlie Kirk et le vice-président américain J. D. Vance, lors d’un rassemblement Chase the Vote à la Generation Church, à Mesa, Arizona., Gage Skidmore via Wikimedia
Charlie Kirk et le vice-président américain J. D. Vance, lors d’un rassemblement Chase the Vote à la Generation Church, à Mesa, Arizona., Gage Skidmore via Wikimedia

Maurras is back

Les post-libéraux catholiques aux États-Unis et en France

Longtemps marginalisée dans l’Église catholique française en raison de ses compromissions historiques, la pensée contre-révolutionnaire et l’idéologie maurassienne semblent faire leur retour, après une opération de blanchiment idéologique réalisée aux États-Unis. Cette évolution devrait alerter et mobiliser l’Église.


À travers le vice-président américain J. D. Vance, une forme particulière de catholicisme est désormais une composante importante de la coalition trumpiste. Cette tendance post-libérale ou « intégraliste1 », est le fruit d’un travail politique et doctrinal mené depuis une dizaine d’années par des théologiens, mais aussi des chercheurs reconnus en sciences politiques ou en droit. Le post-libéralisme catholique propose une relecture de la doctrine catholique telle qu’elle s’est formulée dans l’après-guerre européen, avant d’être consacrée au cours du concile Vatican II2. Les post-libéraux entendent relativiser l’enseignement de l’Église qui a servi de base à une promotion catholique des droits humains, de l’État de droit et du libéralisme politique, notamment à l’occasion de l’opposition de l’Église catholique aux autoritarismes d’inspiration socialiste. Par ailleurs, ils puisent dans la pensée contre-révolutionnaire française en fournissant une théorie de la prise du pouvoir aux jeunes cadres du mouvement conservateur, qui se convertissent en nombre au catholicisme sous leur influence. Cette théorie est élitiste, conspirationniste et – ce n’est pas un hasard – s’inspire des critiques antisémites de la Révolution française3. Même si, en France, ces courants sont devenus marginaux du fait de leur compromission avec le pétainisme, la situation politique et ecclésiale peut faire craindre que cette doctrine retrouve une place importante sous l’influence de ses puissants héritiers américains.

Les compromissions

Le post-libéralisme catholique états-unien naît de la légalisation fédérale du mariage homosexuel en 2016. Considéré comme un événement inouï, un séisme politique comparable à la chute du mur de Berlin4, le mariage pour tous agit comme un formidable désinhibant politique pour une partie de l’élite intellectuelle catholique. Le libéralisme politique, caractérisé par l’État de droit et la séparation des pouvoirs, est rejeté comme le masque trompeusement impartial d’une idéologie agressivement antichrétienne. Quand, à la conférence de Munich en février 2025, J. D. Vance accuse les États européens et l’Union européenne de persécuter les chrétiens, il s’inscrit dans le prolongement de cette idéologie.

Plusieurs intellectuels de premier plan, en particulier le constitutionnaliste Adrian Vermeule et le politiste Patrick Deneen, trouvent dans la pensée politique catholique des ressources intellectuelles pour formuler une solution de remplacement à l’alliance qu’ils estiment mortellement dangereuse entre le christianisme et le libéralisme politique5. À leurs yeux, cette alliance des contraires émerge à la faveur du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale et il est temps que cette parenthèse se referme. Ils trouvent également dans cette pensée catholique une justification à l’imposition par la puissance publique d’une morale conservatrice en passe de devenir minoritaire.

Ainsi, quand les post-libéraux catholiques états-uniens puisent dans la pensée française, ce n’est pas le théologien de la résistance spirituelle Henri de Lubac, pourtant apprécié des conservateurs, qu’ils évoquent. Ils sont très critiques de Jacques Maritain quand il posait les bases du soutien de l’Église à l’Organisation des Nations unies en faisant la promotion de « l’humanisme intégral ». Leurs références sont plus anciennes. Patrick Deneen fait la promotion du contre-révolutionnaire antisémite Louis de Bonald ou bien du cardinal de l’Action française Louis Billot. Adrian Vermeule cite régulièrement le contre-révolutionnaire antisémite Joseph de Maistre et tire l’essentiel de sa pensée politique et juridique du juriste catholique et nazi Carl Schmitt. Les despotes catholiques Franco, Salazar et Dolfüss sont présentés comme des exemples de vertu politique. Maurras est plus discrètement promu, puisqu’il est admis dans ces milieux que l’Action française a été condamnée du fait de l’athéisme de son meneur. Steve Bannon, pour sa part, assume publiquement l’influence de Maurras. Son salut nazi suivi d’un tonitruant « Amen » à la tribune de la conférence annuelle des conservateurs en février 2025 est un résumé assez clair de ses positions. Il est présent dans ces réseaux, notamment dans la constitution d’une internationale réactionnaire euro-américaine qui s’appuie sur les franges les plus extrémistes de la noblesse et du clergé européens. L’atmosphère intellectuelle dans laquelle barbotent les amis de Vance est donc très maurassienne. En se référant à de Maistre et Bonald comme des maîtres, les catholiques post-libéraux et intégralistes états-uniens s’assoient sur les mêmes bancs que leurs ancêtres militants de l’Action française. Abreuvés à ces sources bien connues, ces théoriciens aboutissent à une théorie politique selon laquelle l’État doit promouvoir la morale définie par l’Église, les minorités sexuelles et religieuses ont moins de droits que les autres et l’exécutif domine tous les autres pouvoirs.

Sur le plan doctrinal, l’essentiel des efforts des post-libéraux et intégralistes consiste à réinterpréter les propos du concile Vatican II, qui servent de base à la promotion des droits humains et de la tolérance religieuse, pour en désamorcer le pouvoir prescriptif6. Les positions que l’Église a prises, depuis la seconde moitié du xxe siècle, en faveur de l’État de droit et des droits humains7 n’étaient à leurs yeux que des concessions de façade imposées par les circonstances. L’objectif est de réinterpréter la doctrine de l’Église afin qu’elle s’accorde plus facilement avec l’autoritarisme politique.

Le pari des intellectuels catholiques alliés à Trump est clairement formulé en 2017 par R. R. Reno, directeur de la revue First Things et ami proche de Vance. Sentant le retour des « dieux forts » en politique – Reno désigne ainsi les passions populistes –, il fait le pari de ne pas s’y opposer, mais de les baptiser en faisant la promotion de la foi, de la famille et de la patrie8. En d’autres termes, puisque l’autoritarisme vient de toute façon, autant qu’il soit chrétien. C’est ce choix de sacrifier aux « dieux forts » du sang et de la terre qui explique que les post-libéraux catholiques, initialement plutôt favorables à l’immigration (catholique) en sont venus, à l’image de Vance, à promouvoir une politique brutalement nativiste.

La droite française sous influence

Toute l’histoire intellectuelle catholique depuis l’après-guerre en France peut être vue comme une construction patiente visant à mettre à distance la compromission de l’Église avec l’antisémitisme et l’autoritarisme institutionnalisés. Voyant leurs cousins américains accéder au pouvoir par le biais de J. D. Vance, il est possible que les courants idéologiques ayant présidé à cette désastreuse association retrouvent une forme de pertinence au sein du catholicisme français.

La francophilie des intellectuels post-libéraux catholiques les a conduits à établir des contacts et des alliances en France. Ainsi, quand le chercheur américain James Patterson pointe l’alliance historique des post-libéraux catholiques avec les mouvements fascistes européens au début du xxe siècle, c’est Guillaume de Thieulloy, directeur du site traditionaliste Le Salon beige, qui lui donne la repartie9, en anglais, sur la suggestion de Gladden Pappin, un professeur de sciences politiques américain proche de Marion Maréchal, qui s’est fait embaucher en Hongrie pour faire la promotion du régime d’Orbán à l’étranger. Gladden Pappin et Guillaume de Thieulloy organisent un institut franco-américano-hispano-chilien appelé Pro Civitate Dei, qui tient un séminaire de formation annuel dans le diocèse de Fréjus-Toulon, sous le patronage de l’ex-évêque du lieu, Dominique Rey.

Lié au même mouvement, Nathan Pinkoski est l’auteur d’une recension de L’Avenir de l’intelligence (1905) de Maurras qui relativise drastiquement son antisémitisme, pourtant central dans sa pensée et son action politique10. Il est aussi, depuis 2023, le dirigeant, avec Laurent Frémont, enseignant de droit constitutionnel à Sciences Po, d’Academia Tocqueville, un programme d’échange qui recrute sur lettre de recommandation des étudiants américains pour les former en France aux différents courants de la pensée conservatrice, parmi lesquelles la tradition contre-révolutionnaire. Plusieurs évêques français interviennent dans ce cursus, qui bénéficie du soutien du projet Périclès de Pierre-Édouard Stérin, ainsi que de The European Conservative, une publication soutenue par le gouvernement Orbán.

La pensée post-libérale catholique états-unienne a ses entrées dans les publications comme L’Incorrect11, mais aussi sur CNews, où Mathieu Bock-Côté cite régulièrement Patrick Deneen. Dans les séminaires, les jeunes qui se destinent à la prêtrise, très souvent anglophones, entrent en contact avec cette idéologie par le biais des réseaux sociaux, où les représentants de ce courant sont extrêmement actifs.

La pensée contre-révolutionnaire française et l’idéologie maurassienne ont été longtemps marginalisées au sein de l’Église catholique française du fait de la condamnation de l’Action française par le Vatican en 1926, de l’humiliation constituée par le soutien massif des évêques français au pétainisme et, plus récemment, du schisme lefebvriste. Subsistant de manière souterraine, elles semblent sur le point de faire un retour après une opération de blanchiment idéologique réalisée aux États-Unis. Il est encore assez mal vu, dans l’Église de France, d’afficher son admiration pour Maurras ou Bonald. Se déclarer disciple d’Adrian Vermeule, de Patrick Deneen ou de Gladden Pappin, en revanche, c’est s’intéresser à des intellectuels peu connus mais respectables et surtout venus d’un pays considéré comme innocent des crimes de la Seconde Guerre mondiale.

La pensée contre-révolutionnaire française et l’idéologie maurassienne semblent sur le point de faire un retour après une opération de blanchiment idéologique réalisée aux États-Unis.

Une coalition d’extrême droite

Bien que la situation politique soit tout à fait différente, on retrouve en France, comme dans le cas américain, une coalition d’extrême droite composée de courants nativistes, libertariens, souverainistes et nationaux-révolutionnaires. Les digues qui séparaient certains de ces mouvements (notamment la droite dite « de gouvernement » et les mouvements les plus radicaux, comme le Groupe union défense ou GUD) sont tombées, du moins pour ce qui concerne la jeunesse militante12. Leur point commun est la lutte contre « l’islamisation » de la société et une défense à géométrie variable de « l’identité » française, à travers la lutte contre l’immigration. Malgré des différences importantes, tous les programmes de ces partis aboutissent à une remise en cause de l’État de droit, de la division des pouvoirs et des droits humains fondamentaux. De fait, l’effondrement du centre et l’« union des droites » qui se profile mettent la droite française dans une situation de moins en moins éloignée de celle du monopole à droite du Parti républicain américain, lequel est désormais entièrement cannibalisé par le trumpisme.

La tendance néomaurassienne représentée par Éric Zemmour et Marion Maréchal se revendique du catholicisme comme facteur d’unité nationale et composante essentielle de l’identité française13. Mais, au-delà de cette fraction dominante idéologiquement, il est frappant de constater l’importance d’institutions liées au catholicisme dans la constitution de cette coalition. Tout d’abord, comme aux États-Unis, l’opposition au mariage homosexuel semble avoir eu un rôle fondateur. La Manif pour tous a été le creuset de cette union des droites, offrant aux jeunes qui allaient devenir les cadres de leurs mouvements respectifs l’occasion de se connaître, de tisser des amitiés et de constater leur proximité idéologique. La plus grande mobilisation politique soutenue par l’Église catholique dans l’histoire récente a donc été l’occasion de ces rencontres. La Manif pour tous a favorisé la revitalisation d’un « national-catholicisme » dont Philippe de Villiers et Bruno Retailleau sont les incarnations politiques14. Dans cette rhétorique, les catholiques observants sont une minorité gardienne des valeurs et de la morale de la majorité. La religion catholique y est une ressource civique, un patrimoine culturel et moral qui soutient et nourrit l’ordre républicain.

Cette dynamique politique a été pérennisée et accentuée par la construction d’un écosystème d’organisations, de think tanks et de médias soutenus par des milliardaires catholiques, Pierre-Édouard Stérin et Vincent Bolloré. La jeunesse de la nouvelle droite unifiée, après s’être rencontrée dans des manifestations soutenues par l’Église catholique, s’est formée et a diffusé ses idées au sein de cet écosystème. À la tête d’un institut de formation destiné à l’ensemble des droites financé par Pierre-Édouard Stérin, Alexandre Pesey affirme que la stratégie de construction d’organisations influençant le débat dans la société civile a été directement inspirée de la Heritage Foundation, le think tank trumpiste qui a élaboré le « Projet 2025 » aujourd’hui mis en œuvre par le gouvernement Trump15. Enfin, cette génération s’est unanimement reconnue dans les discours et les livres du publiciste multicondamné Éric Zemmour qui, pour n’être lui-même pas croyant, se fait le chantre du catholicisme. L’influence de Zemmour comme maître à penser d’une génération politique porte largement au-delà des résultats électoraux limités16.

L’utilisation du catholicisme par l’extrême droite de nos jours en France et aux États-Unis fait de plusieurs manières écho à la condamnation papale de l’Action française il y a bientôt un siècle. À ces deux moments de l’histoire, on retrouve des leaders d’opinion incroyants qui obtiennent le soutien d’une partie de la jeunesse de l’Église ainsi que de sa hiérarchie, espérant un renouveau religieux dans un contexte de sécularisation. On retrouve aussi des attaques contre des minorités, certaines défendues par l’Église, d’autres ayant fait l’objet de condamnations de sa part. Ces leaders d’opinion diffusent massivement leurs idées par des médias – hier des journaux, aujourd’hui les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu. Ils finissent par prendre une place prépondérante, non seulement en politique, mais au sein de l’Église même. Si le Vatican est intervenu aussi brutalement il y a bientôt un siècle, quitte à provoquer des tensions dramatiques au sein de l’Église de France, c’est que son analyse lui faisait craindre un danger particulièrement redoutable pour l’Église catholique17.

Face au retour de Maurras

Il est fort possible que, comme d’autres pays européens, la France voie bientôt le pouvoir trumpiste tenter de favoriser la progression déjà rapide de l’extrême droite. Sous la poussée du vice-président états-unien, les ponts de corde semi-artisanaux jetés entre le post-libéralisme catholique américain et la France pourraient vite se transformer en viaducs autoroutiers, aboutissant à la radicalisation de la tendance « nationale-catholique » en un projet intégraliste. Celles et ceux qui s’en préoccupent auraient intérêt à s’intéresser à cette filière catholique et transatlantique. Pour ce faire, il convient d’approcher l’aspect religieux du phénomène sans le renvoyer systématiquement à des formes d’irrationalité ou à des « valeurs » dont on ne pourrait discuter. Les courants qui ont été désignés ici élaborent des théories du pouvoir ; les acteurs qui s’en revendiquent s’appuient sur des diagnostics de la situation sociale et échafaudent en conséquence des stratégies politiques.

Du point de vue interne à l’Église, un travail pourrait être réalisé pour redécouvrir l’histoire des interactions entre l’Église et les mouvements d’extrême droite, et plus précisément les raisons historiques, mais aussi doctrinales, qui ont poussé l’Église à prendre ses distances avec ces mouvements. Il serait nécessaire d’insister sur le contexte politico-religieux de l’œuvre de penseurs catholiques comme Jacques Maritain, Henri de Lubac et Maurice Blondel, dont l’influence décisive sur la pensée de l’Église pourrait être mieux comprise dans le contexte de leur opposition à l’instrumentalisation du catholicisme par la droite radicale. Il serait également utile d’avertir les responsables de formation des futurs clercs sur le contenu philosophique, politique et doctrinal bien identifié qui se cache derrière des noms d’auteurs américains encore peu connus d’eux, mais certainement influents chez ceux qu’ils forment.

Il est temps que les responsables de l’Église prennent conscience que la persistante odeur qui gêne leurs narines est en fait l’haleine de vieux adversaires déjà tout proches. L’Église a intérêt à ouvrir les yeux sur le problème, à l’étudier sérieusement et à s’y attaquer sur le terrain qui est le sien, à savoir celui de la préservation de la cohérence de sa doctrine, de l’unité des catholiques, ainsi que de la crédibilité de son message.

Bien souvent, quand elle prend la parole publiquement, on a l’impression que la voix de la hiérarchie catholique ne porte pas au-delà de quelques audiences déjà convaincues (d’où l’importance prise par les milliardaires qui lui prêtent leurs porte-voix). Si sa langue semble parfois engourdie et empesée, ce n’est pas seulement du fait des compromis nécessaires à l’expression collective d’un corps divers et parfois divisé. C’est aussi parce que les questions qui suscitent ces prises de parole manquent parfois d’urgence. Parfois également, les autorités de l’Église se voient reprocher d’intervenir sur des thématiques où leur légitimité est contestée. Les tensions qui se font déjà sentir amèneront les évêques à répondre à des questions pressantes venues des catholiques, mais plus largement de la société entière, sur une thématique où la légitimité de leur parole ne pourra pas être contestée. C’est souvent dans ces contextes que de nouvelles formulations émergent, que des synthèses audacieuses trouvent leur articulation et que la langue de l’Église se délie pour porter une parole qui vibre dans l’espace public.

  • 1. En bien des manières, « intégraliste » est synonyme d’« intégriste ». Mais en France, le terme en est venu à désigner des communautés schismatiques (ne reconnaissant pas l’autorité du pape et du concile Vatican II). Bien que les « intégralistes » américains partagent un grand nombre de convictions avec ces communautés, ils sont très soucieux de ne pas remettre en cause leur appartenance à l’Église catholique romaine et leur « soumission » au pape.
  • 2. Voir Blandine Chelini-Pont, « Le postlibéralisme catholique aux États-Unis », Études, no 4308, octobre 2023, p. 69-82 ; Marie Gayte-Lebrun, « Vers une ère post-libérale ? Les tentatives catholiques de redéfinir le conservatisme pendant la présidence de Joe Biden » [en ligne], IdeAs. Idées d’Amérique, no 24, octobre 2024 ; et entretien avec James Patterson, « J. D. Vance et les postlibéraux catholiques. Continuateurs d’une lignée de naufrages », propos recueillis par Benoît Gautier, Études, no 4326, mai 2025, p. 7-17.
  • 3. Voir par exemple le juriste intégraliste Adrian Vermeule, “‘It can’t happen’; Or, the poverty of political imagination” [en ligne], Postliberal Order, 19 novembre 2021 : « Comme notre histoire politique ne cesse d’en témoigner depuis 1989, une proportion difficile à quantifier d’opinions apparemment stables dans le public se révèle faiblement ancrée et malléable, vulnérable à l’influence des élites. Ces opinions en viennent rapidement à adhérer à des changements dans la loi ou la pratique politique décidés par des minorités très restreintes qui ont accès aux leviers du pouvoir. De Maistre a un jour affirmé que malgré les événements de 1789 et d’après, “Quatre ou cinq personnes, peut-être, donneront un roi à la France.” » [Nous traduisons.]
  • 4. A. Vermeule encore une fois (ibid.) : « Les réalistes n’ont jamais imaginé que l’Union soviétique s’effondrerait, jusqu’à ce qu’elle s’effondre. Ils étaient certains que le mariage homosexuel ne serait jamais inscrit dans la loi […] la culture politique d’il y a à peine dix ans, 2011, avant que Barack Obama n’annonce son soutien au mariage homosexuel, nous semble à peine imaginable aujourd’hui. Nous vivons désormais dans un monde politique complètement différent. »
  • 5. Sohrab Ahmari et al., “Against the dead consensus” [en ligne], First Things, 21 mars 2019.
  • 6. C’est au sujet de la déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, adoptée en 1965 au cours du concile Vatican II, que Mgr Marcel Lefebvre a exprimé un désaccord qui a mené au schisme intégriste.
  • 7. Sur le « revirement » de l’Église en faveur de la liberté religieuse et politique, voir l’important travail de François Huguenin, La Grande Conversion. L’Église et la liberté de la Révolution à nos jours, Paris, Éditions du Cerf, 2023 : « Tous les textes pontificaux, de Pie VI à François, évoquent ensemble la question de la liberté religieuse et celle de la liberté politique » (p. 10).
  • 8. R. R. Reno, “Return of the strong gods” [en ligne], First Things, 1er mai 2017.
  • 9. Guillaume de Thieulloy, “A French perspective on the retrial of interwar integralism” [en ligne], Church Life Journal, 21 juillet 2021.
  • 10. Nathan Pinkoski, “The revenge of Maurras”, First Things, vol. 297, novembre 2019.
  • 11. En mars 2023, L’Incorrect consacre un dossier de dix pages aux post-libéraux américains. On peut y lire, entre autres, Gladden Pappin : « Les jeunes catholiques s’intéressent désormais beaucoup plus aux traditions catholiques réactionnaires de la France, ainsi qu’aux personnalités politiques européennes de droite. Ils préfèrent Joseph de Maistre et Louis de Bonald à Edmund Burke et Adam Smith ; ils préfèrent la liturgie respectueuse, telle la messe traditionnelle en latin. Alors que le légitimisme ne joue naturellement aucun rôle dans la politique américaine, les jeunes intellectuels catholiques sont beaucoup plus susceptibles de flirter avec le royalisme qu’il y a vingt ans. »
  • 12. Marylou Magal et Nicolas Massol, L’Extrême Droite, nouvelle génération. Enquête au cœur de la jeunesse identitaire, Paris, Denoël, 2024.
  • 13. Erwan Le Morhedec avait averti de la montée de cet identitarisme dans l’Église catholique dans Identitaire. Le mauvais génie du christianisme, Paris, Éditions du Cerf, 2017.
  • 14. Voir Yann Raison du Cleuziou, « Un ralliement inversé ? Le discours néo-républicain de droite depuis la Manif pour tous », Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle, no 34, 2016, p. 125-148.
  • 15. Voir Clément Guillou, « Pierre-Édouard Stérin et François Durvye, les hommes d’affaires qui aimantent la droite et le RN », Le Monde, 18 février 2025.
  • 16. Voir M. Magal et N. Massol, L’Extrême Droite, nouvelle génération, op. cit.
  • 17. Sur ce sujet, voir Jacques Prévotat, « La condamnation de l’Action française par Pie XI » [1989], dans Achille Ratti pape Pie XI, Rome, École française de Rome, 1996, p. 359-395 ; et Alexander Dru, “From the Action française to the Second Vatican Council: Blondel’s La Semaine sociale de Bordeaux”, The Downside Review, vol. 81, no 264, juillet 1963, p. 226-245.