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Détail : Pygmalion et Galatée, Jean-Léon Gérôme (1890)
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Contre Pygmalion

janv./févr. 2021

L’histoire de nos représentations collectives est, pour beaucoup, celle de personnages féminins vus à travers le prisme du désir des hommes. Et si une voie de résolution passait par la déconstruction de ce monopole séculaire, et par la promotion, en art comme au sein des procédures judiciaires, d’un regard féminin ?

Il y a peu, j’ai demandé à une classe de sixième de lire une adaptation de l’histoire de Pygmalion, tirée des Métamorphoses d’Ovide. Pygmalion est un artiste chypriote, célibataire endurci, qui crée une statue de femme en ivoire et en tombe amoureux. Le jour de la fête de Vénus, il fait le souhait d’avoir une épouse à l’image de sa statue. À son retour, tandis qu’il embrasse et caresse, comme de coutume, la statue d’ivoire, le sculpteur a la surprise de sentir ses mains et sa bouche s’enfoncer dans une chair vivante. La statue a pris vie : elle rougit sous les baisers, ouvre les yeux, voit celui qui l’aime. Cinq garçons de la classe lèvent la main et expriment un certain enthousiasme pour le récit, parce qu’il « se finit bien » : un homme qui ne croyait pas à l’amour trouve le bonheur auprès d’une femme. Nous sommes d’accord sur cette logique inhérente au récit. Contrairement à leur habitude, les filles de la classe ne se sont pas exprimées. Je les interpelle : « Et vous, vous en pensez quoi ? » Elles se regardent, un peu interdites. Une élève réagit : « Ça ne se fait pas. » À ma demande, elle développe : le fait que Pygmalion estime qu’aucune vraie femme ne soit assez bien pour lui au point de s’en fabriquer une la heurte. Il est vrai que le récit, dans la version originale, commence par : « Pygmalion, pour avoir vu les femmes mener une existence criminelle, plein d’horreur pour les vices que la nature leur a donnés en grand nombre,

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Caroline Charlet

Caroline Charlet est professeure agrégée de lettres modernes. Elle enseigne le français, la littérature, le théâtre et les Humanités en collège et en lycée à Notre-Dame des Missions (Charenton-le-Pont). Elle a réalisé le dossier de plusieurs éditions scolaires dans la collection "étonnants classiques": Bérénice de Racine et "Des Coches", "Des Cannibales" de Montaigne, ainsi que la traduction et…

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Les femmes sont au cœur de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Au-delà de la vague #MeToo et de la dénonciation des violences sexuelles, elles étaient nombreuses en tête de cortège dans le soulèvement algérien du Hirak en 2019 ou dans les manifestations contre le président Loukachenko en Biélorussie en 2020. En France, leur présence a été remarquée parmi les Gilets jaunes et dans la mobilisation contre le dernier projet de réforme des retraites. Dans leur diversité, les mouvements de femmes témoignent d’une visibilité et d’une prise de parole accrues des femmes dans l’espace public, de leur participation pleine et entière aux débats sur l’avenir de la cité. À ce titre, ils consacrent l’existence d’un « sujet politique féminin ».