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L'Aquarius en 2012, dans le port de Cuxhaven. | Wikimédia
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Le syndrome de l'Aquarius

janv./févr. 2019

Le syndrome de l’Aquarius, du nom de ce navire humanitaire resté en attente d’un port où jeter l’ancre, désigne la manière dont la gestion inhumaine des migrants par les pays européens se retrouve en miniature dans chaque psyché singulière, qui souffre du fait que tout être humain ne puisse trouver une place dans le monde.

Une Maison d’enfants à caractère social (Mecs) de l’une des belles régions de la France devait recevoir en urgence quatre mineurs non accompagnés, parmi une quarantaine qui venait d’être expulsés d’un squat. Une éducatrice est déléguée par l’équipe de direction pour aller les chercher. Arrivée sur les lieux, d’autres jeunes se sont précipités vers elle en lui disant : « Et moi? » Affectée par la demande de ces jeunes en détresse, elle n’ose pas leur dire qu’ils ne sont pas sur la liste… Revenue sur son lieu de travail, elle éclate en sanglots, s’interroge sur ce qui venait de se passer et sur le sens de son travail dans le système de la Protection de l’enfance.

Au moment où se passe cette scène, en juin 2018, le navire humanitaire Aquarius attend depuis deux semaines en Méditerranée qu’un pays accepte d’accueillir les 630 migrants à son bord. L’Aquarius, puis le Lifeline, mettaient déjà ainsi en évidence sur la scène mondiale la gestion inhumaine des migrants par les pays européens.

Ce qui s’est passé dans la psyché de l’éducatrice résonne avec ce qui se passe en même temps dans la psyché collective en termes de capacité, de logique et de volonté d’accueil. Le monde « produit » des « migrants » en détresse. L’Europe négocie pour se les partager.

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Daniel Derivois, Jude Mary Cénat & Amira Karray

Daniel Derivois est Professeur de psychologie et psychopathologie clinique au Laboratoire de Psychologie Psy-DREPI (EA 7458) à l'’Université Bourgogne Franche-Comté. Docteur en psychologie et licencié en sciences de l'éducation, il est aussi psychologue clinicien et intervient dans la Protection de l'Enfance. Jude Mary Cénat, professeur adjoint à l'école de Psychologie de l'Université d'Ottawa au…

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Largement sous-estimée, l’œuvre de Claude Lefort porte pourtant une exigence de démocratie radicale, considère le totalitarisme comme une possibilité permanente de la modernité et élabore une politique de droits de l’homme social. Selon Justine Lacroix et Michaël Fœssel, qui coordonnent le dossier, ces aspects permettent de penser les inquiétudes démocratiques contemporaines. À lire aussi dans ce numéro : un droit à la vérité dans les sorties de conflit, Paul Virilio et l’architecture après le bunker, la religion civile en Chine, les voyages de Sergio Pitol, l’écologie de Debra Granik et le temps de l’exil selon Rithy Panh.