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Migrants Festival

Le Migrants Festival du BAAM combat les idées reçues sur les migrations auprès du jeune public.

Le BAAM, Bureau d’aide et d’accompagnement des migrant·e·s, association créée en novembre 2015, organisait le samedi 7 septembre 2019 le Migrants Festival aux Docks de Paris, derrière la porte d’Aubervilliers. Il est difficile, en y allant, de ne pas remarquer les migrants qui se pressent aux abords du périphérique dans des campements de fortune, des conditions de vie indignes dont la présidente du BAAM attribue la responsabilité à la municipalité, la région et l’État. Le public, venu par milliers et particulièrement jeune, est accueilli par Les 12 travelos d’Hercule, soulignant la dimension inter-sectionnelle des luttes du BAAM.

Une première table ronde est consacrée aux politiques migratoires. Laurence Dubin, professeur de droit public, souligne qu’il n’existe de politique migratoire européenne que pour défendre la souveraineté nationale des États membres de l’Union, qui mènent des politiques xénophobes. Elle souligne la nécessité de se battre contre les idées reçues et recommande à cet effet l’ouvrage de Claire Rodier, Migrants et réfugiés. Réponse aux indécis, aux inquiets et aux réticents (La Découverte, 2018). Elle insiste par exemple sur le fait que l’aide au développement sert de plus en plus à financer la répression policière des migrants dans les pays de transit et que le développement économique favorise les migrations. Elle dénonce le deux poids, deux mesures entre le travail et le capital : les marchandises et les investissements peuvent passer les frontières, mais pas les travailleurs. Elle encourage les auditeurs à se battre en faveur de la liberté de circulation. Elle rappelle le propos de François Crépeau, rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants aux Nations-Unies, pour qui la politique des États repose sur l’idée que laisser mourir les migrants dissuade le départs de nouveaux candidats au départ. Elle rapporte l’existence d’un recours auprès de la Cour pénale internationale et souligne que certains pays ont mis en place des législations ambitieuses, notamment en Papouasie-Nouvelle Guinée, en Éthiopie et au Kenya.

Éva Ottavy, responsable des solidarités internationales à la Cimade, résume ainsi les politiques migratoires : retenir en amont, expulser en aval. Elle souligne également un recours courageux d’un réseau d’associations auprès de la Cour africaine des droits de l’homme.

Héloïse Mary, présidente du BAAM, affirme le caractère indissociable des luttes pour les migrants et des luttes contre le racisme, contre le capitalisme, contre le dérèglement climatique et contre les violences sexuelles. En effet, selon elle, les personnes migrantes sont les premières affectées par les menaces actuelles. Elle insiste sur le fait que les politiques migratoires concernent tout le monde dans la mesure où elles sont le laboratoires de politiques réactionnaires au niveau national : ainsi, les caméras thermiques, d’abord utilisées pour surveiller les frontières, sont désormais employées pour surveiller les manifestations… Elle parle du règlement de Dublin comme d’une « frontière de papier » et réclame le retrait de la circulaire.

El-Hajj, demandeur d’asile, affirme que les demandeurs d’asile n’ont que faire de l’aumône de l’État, et réclame plutôt le droit de travailler : « nous sommes venus avec nos cicatrices ». Il invite à signer cette pétition contre le changement de fonctionnement de la carte d’allocation des demandeurs d’asile.

Une seconde table ronde aborde la question de la représentation des migrations dans les médias. Grace Ly, autrice du blog La petite banane et du podcast Kiffe ta race, avec Rokhaya Diallo, regrette que l’on ne parle des personnes asiatiques que sous l’angle de la misère (les travailleuses du sexe à Belleville, par exemple) ou celui du mérite. Laurence Lascary, productrice originaire de Bobigny, qui ne voyait personne qui lui ressemblait dans le champ de la culture, a créé De l’autre côté du périph’ en 2008 pour « réinventer le récit national » : elle vient de produire Partir ? de Mary-Noël Niba, qui, parce qu’il interroge le départ, a mis les financeurs mal à l’aise. Raphaël Krafft, journaliste indépendant, souligne la difficulté qu’il y a à garder ses distances sur le sujet des migrations et déplore une « dépréciation des faits » contemporaine.

Les concerts de Nekfeu, Youssoupha et Oxmo Puccino, parmi une riche programmation, ont été accueillis avec beaucoup d’enthousiasme par les festivaliers et ont donné de l’énergie à l’équipe du BAAM et ses bénévoles.

Jonathan Chalier

Secrétaire de rédaction de la revue Esprit, chargé de cours de philosophie à l'École polytechnique et à l'Institut catholique de Paris.