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Dans le même numéro

Politique de Napoléon. Le bonapartisme existe-t-il ?

janvier 2006

#Divers

Le bonapartisme est-il de retour dans la droite française ? En partant de la lecture des travaux historiques récents, souvent publiés à l’étranger, qui, au-delà de l’épopée napoléonienne, s’interrogent sur les conceptions politiques de Napoléon, on comprend l’ambivalence de la référence au bonapartisme dans notre culture politique. Mais n’est pas Napoléon qui veut…

Le personnage qui nourrira de façon proclamée ou secrète, profonde l’individualisme, depuis Stendhal jusqu’à Dostoïevski, est précisément Bonaparte.

André Malraux1

Si j’eusse été un de ces principiotti d’Allemagne, votre oligarchie ne m’aurait pas envoyé ici. Mais parce que je suis l’homme du peuple, parce que je puis dire que je me suis élevé de la canaille au plus haut sommet du pouvoir sans l’aide de l’aristocratie et des droits héréditaires… parce qu’enfin je n’étais pas un des leurs, ils ont pris le parti de m’humilier et de m’opprimer autant qu’ils en ont eu la possibilité.

Napoléon Bonaparte2

Bonaparte est seul. Il est lui-même. Il est au-dessus des partis, à la fois dans la Révolution et hors de la Révolution, sans rancune ni amour. C’est sa position naturelle…

Jacques Bainville3

Sale temps pour Napoléon. Après les fastes de 2004 (bicentenaire du sacre), une brusque descente aux enfers politico-médiatique. « Totalitaire », « esclavagiste », voire « génocidaire », après avoir été taxé naguère d’antisémite, Bonaparte serait devenu le bad guy par excellence. Mais pour tout cela ne procède-t-il pas d’une volonté de lire l’histoire avec des lunettes de nos passions contemporaines, biais grossier que François Hartog appelle « présentisme » ? En dehors de sa prise en otage par nos guerres de mémoire, le héros d’Austerlitz, qui n’en peut mais, est régulièrement convoqué par les folliculaires comme mètre étalon de l’énergie, ou de l’ambition, en politique. Il n’est par ailleurs pas de jour où tel ou tel homme politique, surtout à droite, ne soit comparé au Petit Caporal ou rattaché à la tradition politique qu’il a créée. Cet article voudrait prôner une extrême prudence face à ces raccourcis, tout en reconnaissant qu’ils sont le symptôme de la trace indélébile laissée par Napoléon dans l’imaginaire collectif, mais aussi dans le tissu politique et institutionnel de la France, alors qu’il n’y a plus, depuis 1939, de courant politique bonapartiste organisé en France.

Encore faut-il dissiper la couche épaisse des lieux communs et des métaphores abusives (le « bonapartisme » supposé que se jetaient à la tête staliniens et trotskistes…) pour prendre l’exacte mesure de ce sillon. La dimension non exclusivement militaire de cette extraordinaire aventure doit être absolument prise en compte. Derrière l’image adorée ou abhorrée du Conquérant, le rôle du philosophe politique, du constructeur d’État, du visionnaire est constamment réévalué. Est-il « le plus grand nom de l’Histoire », comme le pensait André Suarès ? On peut laisser la question en suspens et reconnaître à tout le moins, qu’il en a changé le cours, dans toutes les dimensions d’une histoire conçue comme « totale ». Une jeune historiographie y contribue aujourd’hui, comme le fait aussi une réflexion politique renouvelée, qui rencontrent un écho d’autant plus grand que la crise politique française témoigne chaque jour de ce que le rêve plus que biséculaire d’une « République du centre » reste encore inaccompli malgré des proclamations répétitives.

Il apparaît qu’il n’est pas entièrement satisfaisant, comme René Rémond l’a montré il y a un demi-siècle déjà, de définir simplement le « bonapartisme » comme une variante à la fois autoritaire et populiste de la droite, préfigurant même les fascismes dans certaines interprétations extrêmes. Comprendre cette proposition politique qui s’est voulue consciemment une « fin de la politique », c’est faire une archéologie de l’idée républicaine en France. Idée qui, pour le meilleur et pour le pire, ne s’oppose pas tant à la démocratie, comme le veut une rhétorique à la mode, qu’au libéralisme représentatif. Idée qui se survit jusqu’à nos jours, non tant dans les gesticulations de tel ou tel politicien que dans une certaine conception de la République, après avoir inspiré des rencontres improbables. Hier c’était le « gaullo-communisme », clé de la vie politique française pendant près d’un demi-siècle. Aujourd’hui nous avons les « bo-bo » – bonapartistes-bolcheviks – (selon la formule de Pierre Hassner). Demain ?

D. L.

Tout le monde en parle

Faut-il parler, comme le fait avec son éloquence habituellle Edwy Plenel4, d’une nouvelle « affaire Napoléon Bonaparte. » ? Que Napoléon fasse rêver n’est pas chose nouvelle. Le romantisme européen n’est-il pas sorti dans une grande mesure de sa légende ? Qu’il donne à penser ne s’était pas vu, en revanche, depuis des lustres. Il y a toujours eu les gardiens de la flamme, des sociétés, des revues pieuses, des historiens militants (le « pape » incontournable des études napoléoniennes, Jean Tulard, en tout premier lieu, ou son tout aussi talentueux « dauphin » Thierry Lentz), des sites Internet (Napoléon.org) et quelques élus en Corse. Depuis quelques années Bonaparte connaît un surprenant come-back, bien dans son genre au fond, dans la littérature (Anthony Burgess, Simon Leys, et beaucoup d’auteurs de moindre célébrité), au théâtre, au cinéma. Mais le plus significatif est qu’il ait récemment inspiré une nouvelle génération d’historiens, qui pratiquent un genre oublié, en dehors de gens comme François Furet, et qui portait au xixe siècle le beau nom d’histoire philosophique. Or il se trouve que l’opinion, à ce qu’il semble, n’estime pas beaucoup ces temps-ci les professionnels de la politique. Alors elle se tourne vers les grandes figures du passé. Napoléon reste la plus populaire d’entre elles.

Le bicentenaire de son sacre, célébré avec un éclat inattendu, a souligné sa présence dans l’imaginaire collectif des Français. À vrai dire, elle n’avait jamais été sérieusement contestée… Et pas seulement parce qu’il flatte le goût gaulois du panache. La mélancolie démocratique favorise toujours le culte du Héros. Ce ne serait pas la première fois. En 1937, alors que la France semblait au bord de la discorde civile, paraissait le premier volume de la monumentale Histoire du Consulat et de l’Empire de Louis Madelin. Ce Napoléon quasi mussolinien succédait aux Bonapartes nietzschéens des années folles, quand le rêve d’une République héroïque et virile, loin des comices et des comités, coïncidait avec l’image du vainqueur d’Arcole (André Malraux, Élie Faure, Abel Gance, André Suarès). Tout se passe comme si Napoléon était l’analyseur des malaises de la démocratie, que notre époque redécouvre à ses dépens. Mais il ne faut pas oublier que Napoléon a été aussi le premier « artiste de la politique » conscient de l’être. « Quel roman que ma vie ! »… Les biographies populaires (l’inévitable Max Gallo au premier rang) ont redoublé l’impact des téléfilms à gros budget, sans oublier les commémorations du Sacre bicentenaire et les kits de soldats (qui ne sont plus de plomb, hélas !) vendus en kiosque à côté des Dvd retraçant l’épopée des grognards. Cependant, comme le remarque l’historien américain Steven Englund5, reste qu’« à côté des ouvrages de grande consommation [on ne trouve] presque rien sur sa légende et sur ses idées ».

Le déséquilibre, flagrant, est heureusement en voie d’être réduit. Aussi bien Steven Englund que son collègue italien Luigi Mascilli Migliorini6, parmi les plus récents, mettent l’accent non pas sur l’image du conquérant ou du despote qui colle à la peau du personnage depuis toujours, mais sur ses dimensions culturelles et intellectuelles. Ils voient en lui aussi bien l’inventeur de la politique moderne (c’est aussi le point de vue d’Edwy Plenel), que le prototype de l’artiste romantique à venir. Steven Englund se refuse à plaquer sur l’époque révolutionnaire des schémas anachroniques (sur la guerre, l’impérialisme, la dictature), comme le fait un Paul Schroeder auteur d’un livre classique7 qui s’inscrivait dans le droit fil de la tradition anglo-saxonne critique vis-à-vis de l’« impérialisme » napoléonien. Le paysage international des études napoléoniennes reflète les cicatrices de l’histoire. Si les Italiens (qui auraient même tendance à faire de « Buonaparte » l’un des leurs) et les Polonais sont reconnaissants envers l’homme qui est à l’origine de leur renaissance nationale, si les Russes l’adorent, contrairement à toute attente, les Espagnols, les Néerlandais, les Suisses, voient en lui un tyran, voire un « monstre », précurseur d’Hitler plutôt que libertador. Il est par ailleurs assez frappant de voir la gauche, pour la première fois depuis longtemps (toute la période qui va des Cent-Jours au Deux Décembre 1851 !), se réapproprier la figure du Petit Caporal.

Les « républicains » d’aujourd’hui seraient-ils des bonapartistes qui s’ignorent ? L’Empire est-il la continuation de la République par d’autres moyens ? Questions pas seulement académiques. N’oublions pas non plus le poids de la lecture devenue classique, que l’on pourrait baptiser hégélienne/kojèvienne, de l’épopée napoléonienne. Alexandre Kojève rêvait, on le sait, d’un État homogène et universel, qui serait le sceau de l’Histoire, et interprétait Hegel dans ce sens. Il insistait en particulier sur le célébrissime passage où l’auteur de la Phénoménologie de l’esprit s’exclame, voyant Napoléon entrer à Iéna : « J’ai vu l’âme du monde passer à cheval sous mes fenêtres. » Mais de là à faire du bonapartisme l’ancêtre des « totalitarismes » modernes, il y a une sérieuse marge, même si Kojève a paru parfois dangereusement proche d’un tel amalgame. Certes, en 1942, Bertrand de Jouvenel avait publié Napoléon et l’économie dirigée après que l’historiographie soviétique (Eugène Tarlé) eut suggéré un parallèle audacieux Napoléon/Staline… En 1975, J. Syberberg fera de Hitler un improbable « Napoléon allemand » (Hitler un film d’Allemagne). Évidemment, dans la confusion intellectuelle d’aujourd’hui, comment s’étonner de la séduction d’un Napoléon qui correspond au chef démocratique et social qui sait « décider de la situation exceptionnelle » ? Englund par exemple ne manque pas de poser la question d’un « schmittianisme » napoléonien, sans opiner en définitive en faveur de cette hypothèse. Il est exact que Carl Schmitt a vu dans Napoléon un exemple de « kathékon fort », c’est-à-dire d’un chef sachant non seulement arrêter l’anarchie menaçante (« l’Antéchrist »), mais aussi créer de nouvelles valeurs8. Napoléon est de fait un stratège qui sait que l’issue d’une bataille est toujours imprévisible : « On s’engage et puis on voit. » Englund, qui insiste sur les penchants théoriciens de son héros, accorde justement beaucoup d’importance à ce qu’on pourrait appeler son « moment machiavélien ». « Il n’était pas machiavélien, il le devint », écrit-il. Il faut avouer que cela est assez convaincant. Comme le dit remarquablement le romancier italien Gianni Riotta, racontant la bataille de Marengo : « Ne pas accepter la réalité telle que les autres veulent nous l’imposer, mais savoir la transformer à notre manière9. » On pense immanquablement à De Gaulle et à son Fil de l’épée en lisant un tel éloge de la volonté. Napoléon n’a pas écrit le Fil de l’épée, mais sans doute aurait-il souscrit aux thèses de ce livre, où sa figure est d’ailleurs, sans surprise, présente.

Un intellectuel fou d’histoire et de politique

Le jeune Buonaparte s’est enivré très tôt de Rousseau. Sans doute le petit patriote corse s’est-il identifié au « citoyen de Genève », déraciné comme lui et promeneur solitaire. « Ô Rousseau, pourquoi faut-il que tu n’aies vécu que soixante ans ! Pour l’intérêt de la vertu, tu eusses dû être immortel10. » Et de fait, ses écrits de jeunesse montrent qu’il en avait tout lu et annoté. On a même conservé un manuscrit (et on l’a conservé parce que le sous-lieutenant devenu Empereur l’a voulu) intitulé précisément Notes sur le Discours sur les fondements de l’inégalité. Mais la vulgate disait qu’il s’était dépris très vite de son idole des jeunes années. Cela est infirmé par de nombreux témoignages, jusqu’à Sainte-Hélène compris. Même la citation célèbre qui affirme qu’il aurait mieux valu pour le genre humain « …que Rousseau et moi n’aient pas existé » est évidemment frappée du sceau de l’ambiguïté. Et on peut en relever beaucoup d’autres ! À son valet de chambre Constant, en plein régime impérial, il confiera, parlant de Jean-Jacques : « Au fait Constant c’était un grand homme dans son genre ; il a fait de belles choses. » Marc Fumaroli dans son récent « pavé » sur Chateaubriand11 rappelle au surplus l’existence d’« une éparse fraternité rousseauiste » – dont firent partie aussi bien l’auteur des Mémoires d’outre-tombe que le vainqueur d’Austerlitz, qui avait vingt ans en 1789 – comme un phénomène culturel et politique de première importance. Dans les justifications mêmes que donne Napoléon de son pouvoir, on retrouve sans surprise l’empreinte du Contrat social. N’incarne-t-il pas la volonté générale, ne bannit-il pas les « factions », et ses arguments contre le gouvernement représentatif ne sont-ils pas d’une facture rousseauiste aisément reconnaissable ? Il connaît par ailleurs les liens que Rousseau a entretenu avec sa patrie, quand il en rédigeait la Constitution à la demande de Paoli. Toute la littérature récente souligne unanimement l’importance des années où Napoléon est avant tout un jeune « colonisé » envoyé en métropole pour y poursuivre des études, mais qui reste avant tout préoccupé du sort de la petite patrie. Or il se trouve que le destin de son île est devenue exemplaire pour la pensée des Lumières, dont il s’imprègne par ailleurs. La Corse est l’image, enfin retrouvée, de la Cité antique : libre, vertueuse, « primitive » juste ce qu’il faut, non gâtée par la « civilisation » honnie de Rousseau. « Bon sauvage » si l’on veut, le Corse moderne est contemporain des Lycurgue, des Thémistocle et des Caton. C’est la vulgate que James Boswell (un Anglais) inculque à l’Europe policée des Lumières. Bien mieux, Paoli est considéré par toute une intelligentsia européenne comme un nouveau Lycurgue. Cette vision, comme le rapporte Denis Lacorne, traversera même l’Atlantique et inspirera certains des Pères Fondateurs de la République américaine (Hamilton) dans la lutte pour l’indépendance. Et comme toujours, cette image flatteuse est reprise par les intéressés eux-mêmes pour justifier leurs droits. Certes, Napoléon ne restera pas un « nationaliste » corse face à Paoli qui choisit l’alliance anglaise, il se sentira définitivement français. Mais son rapport à la Méditerranée, à l’Orient, ou à la tradition antique restera toujours celui d’un fils de son île.

L’idée républicaine en défroque romaine, si banalisée dès le début des années 1780, ne pouvait en effet laisser indifférent le lieutenant Bonaparte, lecteur de Rousseau et de Mably, élevé dans un milieu corse « paoliste », donc héritier d’un certain « humanisme civique » à la toscane plutôt que d’un simple particularisme régional. Ne déclarera-t-il pas plus tard : « Je suis italien et toscan plutôt que corse12. » Pas plus qu’elle ne sera absente dans la réflexion politique d’un certain Charles de Gaulle, formé par les Jésuites, et fort peu « républicain », au sens libéral et parlementaire du mot. Ni l’un ni l’autre n’ont donc pu ignorer que la chose publique, Res publica, était l’équivalent de res populi, le bien du peuple, et la responsabilité collective du gouvernement romain aux yeux des rhéteurs, l’« affaire » des oligarques dans la réalité. Car le « peuple » dont il est question, n’est-ce pas tout simplement « celui qui appartient à la même caste que Caton, les membres de la noblesse héréditaire qui, comme magistrats ou sénateurs, représentent le peuple tout entier13 ». La République romaine était un régime oligarchique, où seule l’aristocratie possédait la plénitude des droits civiques, et les exerçait en manipulant ses clientèles dans des « votes » sans délibération. C’est dans cette mesure que d’autres régimes oligarchiques ont pu à bon droit s’identifier à elle, en premier lieu la République de Venise. Les hommes des Lumières, comme Diderot ou Volney, n’étaient guère enthousiastes de cette « liberté romaine », et manifestaient ainsi qu’ils n’étaient pas prisonniers des mythes de l’humanisme civique florentin. Si d’autres étaient plus complaisants, c’est sans doute en vertu d’affinités inavouées. « Les membres du Parlement anglais aiment à se comparer aux Anciens Romains » remarquait déjà le jeune Voltaire. Or le parlementarisme britannique reposait sur la représentation, dont Rousseau avait bien vu qu’elle reposait sur un principe « féodal ». Aussi le citoyen de Genève, comme tant d’autres, préférait-il Sparte et ses éphores. Rien d’étonnant non plus à ce que le jeune Bonaparte, que ses camarades surnommaient à Brienne « le Spartiate », ait composé, à son tour, un Essai sur les institutions de Lacédémone. Quand il est encore « paoliste », il espérait que son héros reviendrait pour libérer leur île « pour y fonder encore la République des Spartiates qu’il avait toujours rêvé ». Devenu le général Bonaparte, il saura, toujours hanté par la résurrection des grandeurs antiques, en grand manipulateur aussi, flatter les indigènes de Corfou conquise sur les Vénitiens en saluant en eux les descendants de ces mêmes Spartiates. Pas de doute donc, la République romaine de Napoléon (et celle de De Gaulle) n’est pas la Res publica des oligarques, mais plutôt la République « consulaire » du « dictateur » (au sens romain : celui qui a mandat de sauver la Cité) qui vient rendre au peuple ses droits foulés par l’oligarchie et ses « factions ». Tout cela a donc une forte odeur de rhétorique. Dans les années 1780, la mode était aux vertus antiques, sans que cela cache forcément des arrière-pensées subversives.

A-t-il été vraiment prérévolutionnaire, puis révolutionnaire ? Certains pensent qu’il ne l’a jamais été, mettant sur le compte de l’opportunisme ses états de service auprès d’Augustin Robespierre et de Salicetti. Les choses sont plus complexes, on le sait depuis longtemps, en tout cas depuis que ses manuscrits et sa correspondance privée ont été publiés à la fin du xixe siècle14. Certes, parvenu aux sommets, il aura coutume, paraît-il, de fulminer : « C’est un Idéologue, c’est un Constituant, c’est un Janséniste15 ! » pour envoyer un opposant au diable. Véritable graphomane, il n’a cessé, de Brienne à Paris (École militaire), de composer fragments littéraires et essais politiques. En 1791, il avait commencé la rédaction d’un livre intitulé République ou monarchie ? D’autres de ses brouillons ont pour titre : Dissertation sur l’autorité royale, Notes sur l’histoire d’Angleterre depuis les temps les plus reculés jusqu’à la paix de 1763, ou Dialogue sur l’amour, parce que, même pour un rousseauiste, il n’y a pas que la politique dans la vie… Mais au même moment, il observe avec mépris la pusillanimité du pouvoir royal face à la loi de la rue. Et dans un cahier de notes personnelles, il écrivait : « L’esprit naturel à l’homme est de vouloir dominer ; […] l’État doit être fort, etc. » Du Hobbes plutôt que du Rousseau. L’intérêt pour la théorie politique, l’héritage des Lumières, ne conduisent pas automatiquement à cautionner le désordre. Quand Bonaparte sera réputé jacobin, il le devra à ses protecteurs (le frère de Robespierre entre autres) qui le sont, non à ses convictions. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner de près le seul écrit qu’on allègue à l’appui de son « jacobinisme » : le Souper de Beaucaire est plus ambigu qu’il n’y paraît. Dans cette brochure, considérée généralement comme une apologie du jacobinisme, perce déjà une certaine distance, avec l’idéologie, au sens moderne du mot, qu’il semble avoir anticipée. Y perceraient déjà une ironie, une distance, par rapport aux grandes phrases, et une considération froide des rapports de force réels dont il faut partir pour transformer cette réalité. Et après Thermidor, le jeune général, qui a échappé de peu à l’épuration des ex-« terroristes », devient un ardent défenseur de la « liberté », mot qui acquiert un sens nouveau (ou retrouve un sens traditionnel ?), en ces temps où l’on s’efforce de « sortir de la Terreur » sans céder à la Contre-Révolution… Comme le dit Odile Rudelle16, il s’agit désormais d’être libre… « des préjugés du passé » et des passions de la multitude. Pour laisser le pouvoir aux « compétents ». Dans cette veine le Sieyès thermidorien va jusqu’à définir les fonctionnaires comme… « représentants ». Autant dire le retour de la fiorentina libertas des « humanistes civiques » de la Renaissance, qui ne concevaient, comme Cicéron leur maître, la liberté que fondée sur le pouvoir d’une élite d’optimates et de sages. Car Bonaparte ne fut pas banalement un militaire frotté de philosophie et d’histoire, mais, comme nous l’avons déjà vu, un véritable penseur de plein exercice. Steven Englund et Luigi Mascilli Migliorini le soulignent avec raison. Déjà Las Cases, dans le Mémorial de Sainte-Hélène, écrivait : « La lecture fut pour lui une espèce de passion poussée jusqu’à la rage. » Voici, à titre indicatif, la liste des livres qu’il avait embarqué dans sa cantine au départ de l’expédition d’Égypte : les grands capitaines évidemment (Turenne, Condé, Luxembourg, Marlborough, Pierre le Grand, Frédéric II), mais aussi les historiens grecs et romains (Thucydide, Plutarque, Tite-Live), et encore Voltaire (Essai sur les mœurs), les cours de l’École normale, sans oublier Bible et Coran… Rien d’étonnant, quand on constate l’étendue de sa culture, non seulement « littéraire » mais aussi bien scientifique (il discutera avec Laplace sur le fait de savoir si Newton « a tout dit », et répondra par la négative), qu’il ait pu être élu membre de l’Institut en 1797, ce qui n’était pas le cas de tous les généraux de la République, fussent-ils victorieux et introduits dans le monde. Élie Faure le disait déjà dans son propre Napoléon (1921) : « C’est parmi les hommes de pensée qu’il cherche et trouve ses amis… ses amis s’il en a, ce sont Monge et Laplace, esprits tranchants et musicaux… ce qu’il hait c’est l’idéologue… » (p. 116-117). Peu importe qu’Élie Faure commette un contresens sur le mot « idéologue »… L’important est de distinguer entre deux groupes, en concurrence depuis l’époque des Lumières pour donner le ton dans les salons, les Académies, et depuis la Révolution, dans les allées du pouvoir. Les « philosophes » et savants rationalistes ne sont pas les seuls intellectuels auxquels Bonaparte se soit frotté. Il suffit de penser au rôle que Chateaubriand ou Bonald ont pu croire jouer auprès de lui, au moins pour un temps, non sans quelque raison.

République consulaire ou République du centre ?

La question en évoque une autre, fameuse entre toutes que pose en rhéteur saint Augustin dans ses Confessions. Si je n’y pense pas, je sais ce qu’est le Temps, mais si j’y pense, je ne sais plus… Revenons donc aux classiques. Rousseau : « J’appelle République tout État régi par des lois sous quelque forme d’administration que ce puisse être. Car alors seulement l’intérêt public gouverne et la chose publique est quelque chose » (Contrat social, II, 6). Napoléon à Sainte-Hélène : « L’Empire était une espèce de République. » Cet aphorisme tardif est évidemment suspect d’apologétique. Prométhée sur son rocher sait qu’il est devenu l’icône de la gauche européenne. Mais il y a de bonnes raisons pour croire à sa sincérité et distinguer entre la philosophie politique de l’Aigle et les arrière-pensées de certains de ses soutiens, parvenus de la Révolution et tous ceux qui voient en lui le rempart contre les fureurs populaires. C’est en ce sens qu’on a pu écrire : « Le glaive, le spectre, la noblesse, tout cela a fait illusion. On préfère le mot République à la chose démocratie17. » Il n’est pas douteux, contrairement à tout ce qu’on a pu dire dans une certaine vulgate plus ou moins marxiste, que Napoléon ait considéré les libéraux – et non la démocratie – comme son adversaire principal. On peut donc prendre République dans un autre sens que celui de régime libéral, censitaire, opposé à la pleine démocratie. Et tout au contraire en faire son antonyme. À Sainte-Hélène, il regrettera qu’« [obnubilé] par les souvenirs de [sa] jeunesse [il] n’ait pas pris la dictature [en 1815] et vu de frein possible aux rancunes populaires que dans le règne des idées libérales et constitutionnelles18 ». Dominique de Villepin le confirme dans son livre sur les Cent jours19, Napoléon ne se rallie in extremis au « constitutionnalisme libéral » que comme une digue contre la « tyrannie de la canaille ». Et il l’a regretté, sachant que le mouvement des « fédérés » était prêt à le suivre pour une réédition de 1792 et de la Patrie-en-danger. Et, surtout, cela n’empêche pas qu’une des grandes significations de l’expansion impériale soit la généralisation des acquis révolutionnaires (égalité devant la Loi, destruction de la féodalité, émancipation des minorités religieuses). Le lien avec la Révolution, son personnel, ses symboles, n’a jamais été rompu. Aussi les oxymores sont-ils de rigueur lorsqu’il s’agit de l’homme à la redingote grise. Déjà Chateaubriand l’appelait « roi-prolétaire ». Mais le fait qu’il y ait hésitation constante à savoir de quel écueil il faut se garder (la canaille ?, les canailles libérales ?) interdit d’aller aussi loin que des marxistes comme Antoine Casanova. L’homme à la redingote grise n’a pas été que le soldat de la Révolution. C’est hypostasier l’épisode de 1815 (ce que fait aussi, dans une perspective gaulliste, Villepin), lui-même extrêmement ambigu, comme Aragon l’avait pour sa part bien compris20. Évaluer l’action du général de Gaulle à la seule aune du référendum d’avril 1969 – où il fut, lui aussi, « trahi » par les élites – serait-il soutenable ?

Nombre de ci-devant « terroristes » sont devenus des préfets chamarrés de l’Empire. À une date aussi tardive que 1806, Davout entre à Berlin – il sera le dernier conquérant à le faire avant Joukov en 1945 – au son de La Marseillaise et du Ça ira ! Le retour ouvert à un discours très dur sur « les nobles et les prêtres » en 1815 (« je les lanternerai ! ») montre qu’il y avait là une possibilité toujours ouverte. Dominique de Villepin dans son livre restitue très bien l’ambiance de revival jacobin si prononcée pendant le « vol de l’Aigle » et qui explique la violence de la Terreur blanche qui suivra, avec ses atrocités et ses vengeances légales disproportionnées et parfois gratuites dictées par le souvenir de la peur panique, quand les royalistes croyaient avoir tout perdu. Aragon, toujours dans la Semaine sainte, en tirera argument pour justifier sa longue soumission à la tyrannie stalinienne, « rempart » contre la barbarie nazie et l’abjection pétainiste. Et aussi parce que le « gaullo-communisme », curieuse synthèse d’utopie révolutionnaire et de nationalisme messianique, n’est pas le seul fruit des circonstances, fussent-elles tragiquement exceptionnelles (le combat commun de la Résistance), mais la réapparition, comparable à un paysage de la Préhistoire qui se découvre à la suite d’un séisme, d’une synthèse plus ancienne, qui se trouve être justement le bonapartisme originel… L’essence de ce dernier est bien ce que la tradition politique française a depuis longtemps choisi d’appeler une « république consulaire » ou « plébiscitaire ». François Mauriac en saluait la réapparition miraculeuse en 195821. C’est en ce sens que Steven Englund22 a pu introduire une distinction entre le parti républicain, que Bonaparte a combattu, et la « fibre » républicaine, qu’il aurait conservée toute sa vie durant. L’identification de Bonaparte à César, « dictateur démocrate », « tyran populaire », est récurrente. Outre qu’il voudra se faire l’historien des campagnes du grand capitaine, il écrira « le peuple avait une inclination invincible pour César. Il voulut être dictateur perpétuel, non roi ». Ne craignant pas la contradiction, il se réclame aussi… de Brutus, aux côtés de Washington. Car, à d’autres moments, il « aurait souhaité démontrer que Brutus n’était pas un héros mais un aristocrate, que César n’avait jamais voulu se faire dictateur, et qu’il avait été assassiné, non pour avoir capté le pouvoir, mais pour avoir voulu rétablir l’ordre social par la réunion des partis23 ». L’important n’est-il pas là : de réconcilier les « partis », en mettant fin, comme diront d’autres plus tard, à leur « régime pernicieux » ?

La référence romaine renvoie à un mythe, au double sens où la mythologie s’oppose à l’histoire réelle, et où le mythe, comme le voulait Georges Sorel, mobilise, pousse à de grandes actions inconcevables sans ce moteur. De plus joue la productivité autonome de l’imaginaire politique, et des identifications qu’il met en scène. Dans la mesure où l’histoire de Rome était le grand modèle, il était inévitable qu’elle soit parcourue à nouveau, sans qu’aucune station ne soit manquée. Tout avait commencé en 1789, avec les Caius, les Fabricius, les Gracchus, et autres innombrables réminiscences venues tout droit des collèges jésuites, oratoriens… ou de Rousseau et de Mably. Et cela durera : en 1848 encore, Ledru-Rollin voulait ressusciter les « comices » romains sous la IIe République. La remarque bien connue de Marx, à propos des « costumes romains » justement, selon laquelle l’histoire ne pourrait se répéter qu’« en farce » est très réductrice. Le régime instauré par le coup d’État de Brumaire est gorgé de symboles qui renvoient à la mythique République : consuls, sénateurs, tribuns, plébiscites. Une véritable résurrection, qui appelle un enchaînement qui ne manquera pas de se reproduire dans la réalité. Les passages à l’acte réalisent le fantasme. Après le Consulat décennal, le Consulat à vie (César !) ; après le Consulat à vie, l’Empire. C’est l’éternel retour, les cycles de Polybe consciemment réalisés. Car le fantôme n’a cessé de hanter l’Occident depuis les débuts de l’humanisme florentin, puis vénitien. Montesquieu disait : « On ne peut jamais quitter les Romains. » La migration du mythe a fait rebondir le débat de génération en génération. L’histoire en a souvent été écrite, car chaque époque a éprouvé le besoin de faire le point. Faisons-le à notre tour. Comme nous en avertissait déjà le grand juriste allemand Jhering il y a plus d’un siècle, il faut prendre garde au vocabulaire. Les Romains, comme tous les peuples de l’Antiquité, employaient des mots qui nous semblent encore aujourd’hui, illusoirement, familiers.

On ne peut pas plaire à tout le monde

Beaucoup d’historiens ont souligné l’aspect « fin de l’histoire » orchestré par les hommes de Brumaire et la marque qu’il imprime au régime qui en est issu (« Le grand Consulat », comme dit Thierry Lentz avec une pointe d’admiration). On a parlé ainsi de la « Révolution patriotique » (Paolo Viola), de la « Révolution de la fraternité », de la « Révolution nationale », comme à l’époque, ou encore de « République recentrée24 », « rarement, on ne s’approcha plus, dans les quelques semaines qui séparent le coup d’État du plébiscite de la Constitution de l’an VIII, d’une définition précise d’une République exclusivement du centre25 ». On forge aussi un néologisme : « Antipolitiques ». C’est là le nom que se donnent, en l’an VIII, des citoyens fatigués de l’« esprit de parti ». Quelqu’un d’autre parlera plus tard du « régime des partis »… Et pourquoi pas « centrisme par addition des extrêmes26 ». Brillant paradoxe, mais ne vaut-il pas mieux parler, comme l’historien Pierre Serna27, de « République du centre », où, selon l’« idéologue » Cabanis, « tout se fait pour le peuple et au nom du peuple, rien ne se fait sous sa dictée irréfléchie » ? (Déjà la distinction à la mode entre république et démocratie !) La limite de ces analyses est d’oublier la dimension charismatique du pouvoir de Bonaparte. Celle-là même que rappelait Charles de Gaulle dans une conversation avec son concurrent, Giraud, en 1943 : « En somme vous voulez faire un Consulat comme Bonaparte. Mais où est votre plébiscite, où sont vos victoires ? » On peut aussi penser, comme François Furet, que l’interdit républicain d’une élection directe de l’exécutif a paradoxalement favorisé l’arrivée sur la scène d’un « roi de la Révolution ». Mais le bonapartisme, s’il utilise des hommes venus de tous les horizons politiques (beaucoup plus fréquemment des ex-jacobins quand même !), se construit sur le mode du « ni-ni » : « Ni bonnets rouges, ni talons rouges. » Il veut incarner la réconciliation, terminer la révolution, refroidir les passions et non les porter à incandescence. Mais il ne le fait pas au nom d’un État minimal. Bien au contraire. C’est même à la lumière du syndrome bonapartiste qu’on peut comprendre le rejet, si français, des « politiques libérales ». Il n’est pas dû seulement à l’ignorance des réalités économiques et sociales. Cette dernière est un effet plus qu’une cause ! L’allergie au « libéralisme » est liée en réalité à l’idée très chevillée que l’État est le seul garant de l’intérêt général contre les « factions » et les groupes de pression, idée qui peut à l’occasion justifier une certaine désinvolture envers les libertés. Même le fameux « libéralisme » du patronat est à sens unique. Englund rappelle cette exclamation d’un entrepreneur s’adressant à Louis XVI en 1786, et qui n’a rien perdu de son actualité : « Sire, laissez-nous faire et protégez-nous beaucoup ! »

Pour le reste, on se souviendra de la remarque grinçante de Stendhal sur les Français qui ont la passion de l’égalité – dans la mesure où elle leur permet d’espérer toutes les promotions –, mais nullement celle de la liberté. Le socialisme, en tant qu’utopie d’intellectuels, n’aurait pas été concevable sans lui. Saint-Simon, qui a tenté de l’intéresser à ses plans, peut penser une « réorganisation de la société européenne » parce que le nouveau Charlemagne vient, dans les faits, d’unifier le Continent. L’« antipolitique » ou encore « politique de dépolitisation28 » débouche en effet logiquement sur le saint-simonisme et le positivisme. Les premiers travaux du comte de Saint-Simon, père du socialisme et de la future « technocratie », ont pour présupposé le pouvoir unificateur du nouveau « Charlemagne », auquel ils sont explicitement dédiés. Rien d’étonnant puisque Bonaparte a encouragé, tout au long de sa carrière, des projets de modernisation appuyé sur le groupe social des « savants ». Au nom de l’« analyse » condillacienne continuée par Destutt de Tracy, tout un système se met en place pour faire passer le rêve de mathesis universalis dans le réel pédagogique29. L’expédition d’Égypte (1798) apparaît comme la première réalisation concrète de cette politique de la raison, non dépourvue de ce qu’on appellerait aujourd’hui le sens de la « communication ». Mais le projet en lui-même était très sérieux, et Henry Laurens a tout dit à ce sujet30. L’expédition d’Égypte a été un moment fort du projet civilisateur et progressiste des Lumières. Bonaparte, entouré de la crème des « idéologues », y ajoutera sa touche personnelle. Admirateur de Mahomet (parce qu’il fut « un prophète armé » comme disait Machiavel), il songe à se convertir à l’islam et à fonder un nouvel Empire d’Orient. Rêve d’une dictature de la raison qui aura la vie dure. On le retrouvera dans le positivisme français, puis dans la soviétophilie des élites, puis la complaisance envers les tyrannies tropicales ou levantines de tant d’intellectuels, de militaires, de chefs d’industrie. La « naïveté », l’« aveuglement » ? Certes, mais il y a le fantasme originaire…

De la légitimité après le droit divin : bonapartisme, boulangisme, gaullisme

Il conviendrait de repartir du concept de « césarisme » plus que de celui de « droite autoritaire », qui s’applique à tout et à n’importe quoi. César (Rome, toujours !), soit dit en passant, est très courtisé, ces temps-ci, par les historiens. Les biographies se succèdent, comme pour Bonaparte, et sans doute pour des raisons similaires. Le césarisme est depuis longtemps un sujet qui passionne (Max Weber, Spengler, Gramsci), parce qu’il combine deux éléments, dont la compatibilité n’est pas évidente a priori : la tyrannie et le soutien populaire. Souvenons-nous maintenant de la fameuse typologie des droites françaises due à René Rémond31 devenue aussi célèbre que les « trois sources » du marxisme selon Engels le furent en leur temps, ou encore les trois fonctions duméziliennes : une des trois est, on le sait, la droite qu’il définit comme bonapartiste, à côté des variantes orléanistes et légitimistes. C’est la droite qui n’en est pas vraiment une, car entichée de l’« appel au peuple », hostile aux notables traditionnels, férue du suffrage universel. Mais la catégorie est un peu trop générale. Même si Louis-Napoléon Bonaparte s’est habilement servi de la légende napoléonienne pour accéder au pouvoir, il n’a pas tout repris du système de son oncle. Et ce qu’on appelle aujourd’hui « bonapartisme », c’est son système à lui, qui repose sur un usage beaucoup plus explicite du suffrage universel, des élections et, pour finir, du gouvernement représentatif. D’où des réhabilitations périodiques dont l’une des plus récentes est due à Philippe Seguin32. Ce qui appartient par contre en propre à Napoléon Ier, c’est d’être l’inventeur d’une nouvelle espèce de monarchie, qui repose sur un nouveau type de légitimité. Qu’il n’en ait pas saisi toutes les implications, qu’il se soit accroché au-delà du raisonnable à un principe de succession héréditaire que personne, en dehors de lui-même, ne faisait même mine de prendre au sérieux, voilà qui ne fait rien à l’affaire. Car il a compris, comme le souligne S. Englund, l’importance du charisme, et d’abord, du charisme lié à la gloire militaire dans le contexte post-révolutionnaire. C’est la guerre qui a fait de l’Armée la nouvelle source du pouvoir (comme à Rome, encore une fois !). C’est la guerre qui rend les dictatures « nécessaires »… C’est le souvenir de la guerre qui cimentera la fusion, pendant toute la première moitié du xixe siècle, des bonapartistes et des républicains. C’est pourquoi il ne faut pas méconnaître l’importance du boulangisme comme chaînon indispensable entre le second bonapartisme et les tentatives plébiscitaires du xxe siècle. Le boulangisme fut un mouvement qui était aussi lié à l’idée de la gloire dans une société démocratique. C’est encore le boulangisme qui permet de comprendre comment De Gaulle a pu rester, quant à la démocratie, dans cette ambiguïté dont le cardinal de Retz nous a enseigné qu’on ne « sort qu’à son détriment ». L’histoire du concept de légitimité, du droit divin à l’onction populaire est pleine de surprises.

De Gaulle va reprendre à son compte le type de légitimité « hobbesienne » du premier Bonaparte, qui justifie le recours à un homme providentiel à défaut du monarque de droit divin, dont le retour n’est plus crédible après l’exécution de Louis XVI. Charles X puis Henri V le constateront à leurs dépens. L’appel du 18 juin puis l’élection du président de la République au suffrage universel installeront donc une nouvelle légitimité sans hérédité, résolvant ainsi l’incohérence du système napoléonien. Éric Marty a récemment évoqué le point de rupture entre le « royalisme » de Maurras et le légitimisme classique33. Ce dernier en effet n’investit, selon Marty, « aucun imaginaire, aucun symbolisme » dans la monarchie ; il ne fonde le recours au roi que « sur son propre arbitraire », et Marty compare cette démarche à celle de Pascal donnant le choix entre le néant du Moi (avéré) et la transcendance divine (possible). Cette position « décisionniste » semble bien avoir été celle de De Gaulle, « Moi Général de Gaulle… ». C’était en tout cas déjà celle de Napoléon, qui ne se privait pas d’ironiser, à l’occasion, sur ce que tout le rituel monarchique qu’il avait lui-même imposé comportait de mascarade. Maurice de Gandillac souligne dans ses Mémoires que De Gaulle, lorsqu’il parlait « République », entendait res publica et non pas le régime « républicain ». Maurras le disait déjà : « Le mot République a un sens raisonnable34. » Et encore : « Vous avez, comme tous les Provençaux dignes de ce nom le sentiment républicain, au sens plural des Républiques35. »

On objectera que les gaullistes – mais beaucoup plus rarement le Général lui-même – se rattachent obstinément à la « tradition républicaine ». Mais outre que cette dernière, en dehors des incantations convenues, est particulièrement difficile à cerner, tout atteste que Charles de Gaulle abominait la République parlementaire (c’est le titre, on le sait, d’un pamphlet de Daniel Halévy), comme le prouve cette réflexion datant de 1934 : « Nous entrons dans une espèce de 48 à rebours… La vieille République des Comités, des élections, des faveurs, est à l’agonie depuis février [1934], le volcan est en éruption ; en réalité, c’est bel et bien le début d’une révolution36. » Quant à Claude Mauriac, il rapporte un propos équivoque du Général : « Il faut arriver au Deux Décembre sans les moyens du Deux-Décembre » tenu en juin 1946, et qui éclaire ce qui se produira un jour le Treize Mai 195837. Comment s’étonner alors que le gaullisme ait été fréquemment dénoncé par ses adversaires comme un bonapartisme ? Par les trotskistes évidemment qui, on le sait, aiment définir ainsi tout régime qui semble flotter « au-dessus » de la lutte des classes. En cela ils sont les fidèles disciples de Marx analysant le régime de Napoléon III comme un régime d’« équilibre entre les classes », bref un vrai casse-tête pour le matérialisme historique. Mais ce fut également le cas de François Mitterrand, dans son Coup d’état permanent (1964), et on le sait peut-être moins, de Raymond Aron, qui écrivait à Londres, non sans arrière-pensées antigaullistes : « Le bonapartisme est donc à la fois l’anticipation et la version française du fascisme38. » Il se trouve que c’était aussi bien l’opinion de Benito Mussolini en personne, ce qui ne prouve évidemment rien. Mais le contexte des années 1930 explique bien des choses.

Quand le fascisme était apparu, il avait désormais occupé la place de l’ennemi absolu de la démocratie, sans faire oublier la mauvaise réputation du bonapartisme, devenu son « précurseur », ou sa forme larvée. Il n’est que de penser au surnom infamant de « Badingaulle », popularisé par Le Canard enchaîné, qui accompagna quelque temps le retour du Général aux affaires. Mais « Badinguet », auquel le jeu de mot faisait allusion narquoise, c’était le surnom de Napoléon III, la référence au Deux-Décembre recouvrant le souvenir de Brumaire. Ce qui fonctionnait en légende noire pouvait d’ailleurs se retourner en son contraire, comme il arrive souvent en pareil cas. En publiant son Napoléon III en 1992, Philippe Seguin donnait un sens positif à la filiation bonapartisme/gaullisme, classique depuis René Rémond39. Le second Empire a acclimaté le suffrage universel en France, ce que le premier n’avait pas vraiment fait. Il a été également le plus « social » de nos gouvernements avant le Front populaire. Tout cela le rapproche du gaullisme, celui de 1944-1945, et celui, avorté, de la fin des sixties. C’est la carte de ce bonapartisme-là que Chirac, dont Seguin est alors le fidèle lieutenant, jouera en 1994-1995. Mais toujours on retrouve l’aporie, l’« impossible légitimité » dont parle l’historienne Annie Jourdan40. Comme l’analyste lacanien, le César bonapartiste ne « s’autorise que de lui-même ». Si d’aventure la fidélité à un événement fondateur peut suturer la béance, la légitimité ainsi acquise n’est en tout état de cause pas transmissible (De Gaulle et le 18 juin 1940). Cette conception de la légitimité s’articule très bien à la doctrine constitutionnelle française, très méfiante face aux abus de la IIIe République. On pense en premier lieu à un grand juriste constitutionnaliste comme Carré de Malberg, maître des Capitant et des Debré dans la Loi, expression de la volonté générale41. Il fait grief au « régime représentatif » qu’il oppose au « régime parlementaire authentique », d’avoir confisqué la souveraineté du peuple.

Il est alors naturel d’inférer que les Bonaparte, puis De Gaulle, ont vu cette énorme faille dans la démocratie, et en ont tiré tout le parti possible pour confondre, intentionnellement dans une même réprobation, régime représentatif et régime parlementaire, au profit de leur conception plébiscitaire d’une « véritable » démocratie. Ce qui suppose une certaine lecture de Rousseau, toujours lui, comme le suggère le titre même du livre de Carré cité plus haut. Qui lui-même est dépendant des conceptions allemandes du Rechtstaat. L’« État légal » n’échappe-t-il au Charybde parlementariste que pour devenir la proie du Scylla technocratique ? D’autres estiment que la pensée constante du Général était de rendre une tête (un « chef ») à l’État, absente depuis l’exécution de Louis XVI. Que ce ne soit pas une lubie isolée, l’existence même du groupe Acéphale le prouve à l’envi. Bataille et ses amis du collège de sociologie avaient imaginé de se rendre le 21 janvier place de la Concorde… Comme Bataille et Caillois, De Gaulle est préoccupé dans les années 1930 par la perte de tout sacré autour du pouvoir. Or la monarchie française avait eu, dans sa lutte séculaire pour ressaisir les attributs d’une souveraineté absolue contre les prétentions contraires impériales ou pontificales, ses « rois thaumaturges »… Le régime impérial aura ses liturgies civiques, anticipant les grandes mises en scène dont les George Mossé et les Emilio Gentile nous ont montré la présence massive au cœur des tyrannies modernes. Ce qui ne signifie nullement qu’il faille se livrer à des anachronismes du type Napoléon-Mussolini ou Bonaparte-Staline. Napoléon viole souvent le droit. Mais un droit bafoué reste un droit.

On ne naît pas bonapartiste, on le devient

Faut-il chercher des clones du Héros partout ? Le parallèle souvent esquissé entre tel ou tel personnage de notre bestiaire politique doit être abordé avec prudence, même s’il fait les délices d’un certain journalisme avide de « profondeur » historique. N’est pas Plutarque qui veut. Il ne suffit pas d’adopter un comportement à la hussarde, ou un langage à la poissarde, pour devenir un Bonaparte redivivus. La tâche serait donc sans fin, si l’on ne cherchait, pour parler comme Tocqueville, le fait générateur. Car il y a, en dehors des fièvres médiatiques sans lendemain, une actualité réelle du bonapartisme.

Les institutions de la Ve République génèrent d’elles-mêmes un type bien défini de comportement politique. Il faut toujours un « sauveur », que le salut soit celui de l’État, de la nation, ou du parti. Le charisme joue un rôle éminent : les médias sont là, non pas pour le créer, ce qui n’est pas en leur pouvoir, mais pour éviter sa « routinisation ». Dès qu’un homme politique français manifeste de l’ambition et du caractère, on le compare rituellement au Premier Consul. Cela va de l’humour cher aux chansonniers de Montmartre (on avait surnommé Pierre Laval « Bougnaparte »…) à de savants parallèles, parfois entretenus par les intéressés eux-mêmes. Aujourd’hui, Dominique de Villepin est le seul homme politique qui se réclame ouvertement du bonapartisme, où il voit l’anticipation du gaullisme. Nous avons vu qu’il y a en effet des arguments pour valider une telle généalogie. Pour le reste, il ne suffit vraiment pas d’avoir le goût des coups d’éclat et des coups de gueule pour être une réincarnation crédible du Petit Caporal… Le Premier ministre a développé une véritable empathie avec le héros, qui n’est pas passé inaperçue. Mais le sens qu’on donne à ce constat est éminemment variable. Outre-Atlantique, pour des raisons évidentes, on s’intéresse beaucoup, depuis quelques années, à notre actuel Premier ministre. « Idéaliste révolutionnaire » pour notre ami Stanley Hoffmann, il est pour Léon Wieseltier un ambitieux cynique, admirateur des Césars, ce qui est tout dire pour un Américain. Cette nostalgie de la politique héroïque, flottant entre le sublime et un soupçon de ridicule, quelque part entre Cinna et Cyrano de Bergerac, n’est-elle pas ce qui fonde la connivence immédiate entre Villepin le poète et certains intellectuels ? J’ai déjà eu l’occasion42 de relever l’ennui profond que dégageait, pour beaucoup de rescapés du gauchisme, la platitude démocratique. L’intérêt pour Napoléon en était déjà un symptôme. Nous avons déjà évoqué l’analyse fouillée que l’hôte de Matignon a produit concernant les Cent jours. Elle tente une identification entre deux sauveurs : Napoléon et De Gaulle. Mais, plus secrètement, cette analyse manifeste une fascination très française pour l’échec – un historien a même évoqué au sujet de ce livre l’existence de ce qu’il appelle une « culture de la Défaite » née après la guerre de 1870 –, qui relève tout autant d’une sensibilité littéraire nourrie par d’autres drames de l’histoire française que d’un choix politique. Elle exalte les vertus du désastre, prélude à tous les sursauts ; elle exalte le « sacrifice » (le titre complet du livre de Villepin n’est-il pas les Cent jours ou l’esprit de sacrifice ?).

S’agissant de Nicolas Sarkozy, qui n’en peut mais, la presse s’est plue à souligner des similitudes discutables et à multiplier les références historiques les plus inattendues. Alain Duhamel, pour prendre le meilleur, écrit dans une tribune au titre non équivoque43 : « Napoléon, Boulanger, Malraux, Sarkozy, même combat. » Il faut s’entendre. S’il ne s’agit de souligner les convergences entre gaullisme et Ve République d’un côté et bonapartisme de l’autre, nous ne pouvons, avec toute la prudence nécessaire, qu’abonder dans ce sens. Mais, s’il s’agit d’un homme, nous ne pouvons mieux faire que réitérer l’apostrophe de De Gaulle à Giraud citée plus haut. Elle vaudrait aussi à gauche. Évoquer un bonapartisme sans Gloire et sans Mythe du Sauveur étayé sur des actes exceptionnels n’est qu’une facilité de langage. Prendre la direction d’un parti politique par des voies statutaires n’est tout de même pas un nouveau 18-Brumaire ! Pas plus que d’annoncer sa candidature à une élection, fût-elle présidentielle. Par ailleurs, il faut reconnaître que la pensée politique de Nicolas Sarkozy, si l’on en juge par sa biographie de Georges Mandel, l’inclinerait plutôt, comme son modèle, vers le libéralisme du xixe siècle (Guizot, Royer-Collard) que vers la démocratie plébiscitaire. On peut dire donc que Sarkozy est « bonapartiste », ou ne pas le dire. Un porte-parole du PS, évoquant les deux « dauphins » possibles de J. Chirac, résume ainsi le choix : un « bonapartiste » (= Villepin), un « thatcherien » (= Sarkozy). Mais quant à faire du dernier cité une réincarnation du Premier Consul, holà !

Jean-Pierre Chevènement est un cas dans cette recherche en paternité historique. Le personnage adopte depuis longtemps la pose du sauveur. Il aime à se poser en recours au-dessus de la médiocrité des factions. Ses états de service ministériels, en particulier à la Recherche et l’Industrie (1981-1983), ont fortement rappelé les rapports noués, au nom d’un gouvernement de la raison entre le pouvoir politique et les savants (en l’occurrence les intellectuels althussériens, ravis d’appliquer enfin leur programme saint-simonien et comtiste). D’où ce paradoxe : rien ne ressemble plus à un bonapartisme soft que l’idéologie « républicaine » dont on nous a abreuvé ces dernières années. Le fait qu’elle soit née dans la confusion idéologique des campagnes présidentielles de Chirac (1995) et de Chevènement (2002) ne doit sans doute rien au hasard. Des républicains qui sont en fait des bonapartistes autoritaires, des libéraux qui préfèrent l’ordre à la liberté, des marxistes qui veulent fermer les frontières… La vie politique française serait-elle un éternel jeu de poker menteur ?

On a tout essayé

En 1802, un expert, qui n’est autre qu’un des derniers ministres à avoir voulu réformer l’Ancien Régime, le propre père aussi de Madame de Staël, écrit ceci, qui conserve peut-être une certaine actualité : « En empruntant quelques traits de la Monarchie et quelques traits de la République, on ne peut obtenir ni l’unité majestueuse de l’une, ni le mouvement animé de l’autre… La première circonstance dont on est frappé en examinant cette constitution, c’est que dans un gouvernement intitulé républicain aucune partie réelle des pouvoirs politiques n’a été concédée à la Nation44. » Comme Dominique de Villepin et Pierre Serna le soulignent chacun de leur côté, Napoléon a voulu établir ce que les classiques appelaient « un régime mixte », mais il a buté sur le fait que c’était surtout un régime d’exception. De plus, la logique impériale à la romaine qu’il a délibérément enclenchée (voir plus haut) le condamnait à la fuite en avant perpétuelle. À chaque guerre contre l’Europe d’Ancien Régime, avec laquelle chaque grandiose coup de théâtre se révélait n’être qu’un leurre (alliance « dynastique » avec son « frère » autrichien, alliance politique avec son « frère » russe), Napoléon se retrouvait contraint de remettre son titre en jeu… En 1815, le retour de l’île d’Elbe est encore un « coup » à grand spectacle, mais qui ne débouche que sur le désastre. Le héros est (vieux, usé) fatigué. La France vit alors la préfiguration du carrousel constitutionnel dont elle aura tant de mal à sortir, sinon par le recours à des régimes mixtes, à nouveau (1875, 1958). Avec les inconvénients déjà signalés par Necker. Ce cycle toujours recommencé semble fait tout exprès pour donner raison à Polybe, auteur désabusé, en plein Empire romain, on le sait, d’une théorie de l’éternel retour des régimes politiques. Le bonapartisme ne serait-il pas le symptôme d’une maladie de la souveraineté, propre à la dérive séculaire de cette dernière en France ? C’est en tout cas ce que pense Blandine Kriegel lorsqu’elle écrit, à propos de Napoléon : « Le vide ontologique du projet absolutiste ne se soutient que des efforts démiurgiques du Héros45. » Frappante explication des aspects prométhéens qui ont tant fait pour la légende. Mais le bonapartisme est-il une simple répétition du projet absolutiste ? N’hérite-t-il pas aussi des apories du jacobinisme, comme le pensait déjà Quinet, très ambivalent par ailleurs devant Napoléon Ier ? « Robespierre à cheval » ont dit certains contemporains. Le bonapartisme n’est-il pas un régime mixte, où le pouvoir personnel reste lié à la seule personne de son détenteur, ce qui n’est pas le cas de l’absolutisme ? Peut-on à ce point le dissocier du gaullisme ? Le débat reste ouvert.

Par ailleurs, comment ne pas voir dans le psychodrame que vit la France depuis le printemps 2005, la part non dite, mais sans doute décisive de la nostalgie d’une grandeur nationale que Charles de Gaulle avait su faire vibrer dans l’équivoque d’une Europe acceptée à condition que la France y joue un rôle de phare ? Or, la France d’aujourd’hui se retrouve avec un modèle catholico-jacobin (selon l’expression excellente d’Olivier Abel) dont personne ne veut à l’extérieur de nos frontières. Le dernier à avoir voulu l’exporter, et qui y a réussi au-delà même de son propre règne, est justement Napoléon. La dissipation de ce rêve est narcissiquement douloureuse, ce qui explique en grande partie l’écho grandissant des commémorations, fictions et festivals d’éruditions napoléoniennes. L’éclat des grands anniversaires atténuerait-il le deuil des illusions perdues. Ou incite-t-il à réfléchir à nouveaux frais sur l’originalité du modèle politique français ?

Quand essayera-t-on une bonne fois la démocratie moderne en France ?

Bilbliographie express

La bibliographie concernant Napoléon et le bonapartisme est exponentielle et s’enrichit pratiquement chaque jour de nouveaux titres, dans le monde entier. Voici quelques titres que nous avons utilisés pour le présent travail :

Jacques Bainville, Napoléon, Paris, Fayard, 1931, rééd. Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2004.

Paul Bartel, la Jeunesse de Napoléon (Les « Cahiers d’Alexandre De Mazis »), Amiot-Dumont, 1954.

Frédéric Bluche, le Bonapartisme, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1980.

Napoléon Bonaparte, Œuvres littéraires et écrits militaires, édités par J. Tulard, Tchou, 1999.

Anthony Burgess, la Symphonie Napoléon, Paris, Le Livre de poche, 1987.

Antoine Casanova, Napoléon et la pensée de son temps, La Boutique de l’histoire, 2001.

Steven Englund, Napoléon, Paris, Éd. de Fallois, 2004.

Élie Faure, Napoléon, Paris, Denoël-Gonthier, 1983 (1re éd. 1921).

Guglielmo Ferrero, Bonaparte en Italie (rééd.), Paris, Éd. de Fallois, 1994.

Daniela Galingani, Napoleone e gli Intellettuali, Il Mulino, 1996.

Charles de Gaulle, Lettres, notes et carnets (1914-1939), Paris, Plon, 2000.

Dominique Jamet, Napoléon, Paris, Plon, 2002.

Laurent Joffrin, les Grandes Batailles de Napoléon, Paris, Le Seuil, 2004.

Annie Jourdan, Napoléon, héros, imperator, mécène, Paris, Aubier, 1998.

Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Consulat et de l’Empire, Paris, Fayard, 2000.

Simon Leys, la Mort de Napoléon, Paris, Hermann, 2002.

Domenico Losurdo, Démocratie ou bonapartisme, Le Temps des cerises, 2003.

Martin Lyons, Napoleon Bonaparte and the Legacy of the French Revolution, New York, St-Martin’s Press, 1995.

Xavier Martin, Mythologie du Code Napoléon, soubassement de la France moderne, chez l’auteur.

Luigi Mascilli Migliorini, Napoléon, Paris, Perrin, 2004.

Sudhir Mazareesingh, la Légende de Napoléon, Paris, Tallandier, 2006, à paraître.

Nathalie Petiteau, Napoléon, du mythe à l’histoire, Paris, Le Seuil, 1999.

Claude Ribbe, le Crime de Napoléon, Éd. Privé, 2005.

Melvin Richter, “Remarks on an apparent paradox: Tocqueville view of Bonapartism as an heir of the Revolutions of 1789 and 1848”, Politisches Denken Jahrbuch, Stuttgart, 1992.

Luigi Salvatorelli, Leggenda e realtà di Napoleone, Einaudi, 1960.

Philippe Seguin, Louis Napoléon le Grand, Paris, Le Livre de poche, 1994.

Stendhal, Napoléon, édité par Catherine Mariette, Paris, Stock, 1998.

Jean Tulard, Napoléon, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 2005.

  • 1.

    André Malraux, l’Homme précaire et la littérature, Paris, Gallimard, 1977, p. 108.

  • 2.

    Mémoires d’O’Meara, cité par Antoine Casanova : Napoléon et la pensée de son temps, La Boutique de l’Histoire, 2001, p. 237.

  • 3.

    Jacques Bainville, Napoléon, Paris, Fayard, 1931, rééd. Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2004, p. 110.

  • 4.

    Le Monde, 2 décembre 2004.

  • 5.

    Steven Englund, Napoléon, Paris, Éd. de Fallois, 2004.

  • 6.

    Luigi Mascilli Migliorini, Napoléon, Paris, Perrin, 2004.

  • 7.

    Paul Schroeder, The Transformation of European Politics, 1789-1848, Princeton, 1994.

  • 8.

    Théodore Paléologue, Sous l’œil du Grand Inquisiteur, Paris, Cerf, 2004.

  • 9.

    Gianni Riotta, Prince des nuées, Paris, Le Livre de poche, 2004.

  • 10.

    Cité par Guido Biagi et Frédéric Masson, Napoléon inconnu (1776-1793), Paris, Ollendorff, 1895.

  • 11.

    Marc Fumaroli, Poésie et Terreur, Paris, Éd. de Fallois, 2004.

  • 12.

    Élie Faure, Napoléon, Paris, Denoël-Gonthier, 1983 (1re éd. 1921).

  • 13.

    Lily Ross-Taylor, la Politique et les partis à Rome au temps de César, Paris, La Découverte, 2001.

  • 14.

    G. Biagi et F. Masson, Napoléon inconnu (1776-1793), op. cit.

  • 15.

    Fabrice Bouthillon, l’Illégitimité de la République, Paris, Plon, 2005.

  • 16.

    Odile Rudelle, « Aux sources de l’équivoque française, État administratif ou État absolutiste », Revue française de science politique, 2002.

  • 17.

    É. Faure, Napoléon, op. cit., p. 131.

  • 18.

    Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1935.

  • 19.

    Dominique de Villepin, les Cent jours ou l’esprit de sacrifice, Paris, Perrin, 2004.

  • 20.

    Aragon, la Semaine sainte, 1959, aujourd’hui chez Gallimard, coll. « Folio ».

  • 21.

    Philippe Morisot, « François Mauriac et la république consulaire », Cahiers François Mauriac, 1982.

  • 22.

    S. Englund, Napoléon, op. cit.

  • 23.

    Annie Jourdan, Napoléon, héros, imperator, mécène, Paris, Aubier, 1998.

  • 24.

    Pierre Serna, la République des girouettes, Seyssel, Champ Vallon, 2005.

  • 25.

    Ibid., p. 459.

  • 26.

    F. Bouthillon, l’Illégitimité de la République, op. cit.

  • 27.

    P. Serna, la République des girouettes, op. cit..

  • 28.

    S. Englund, Napoléon, op. cit., p. 242.

  • 29.

    En 1966, de jeunes normaliens (la rue d’Ulm étant, rappelons-le, une création de l’an III et des « Idéologues ») fondent, en mariant psychanalyse lacanienne et logique moderne, une revue confidentielle dont le titre sera Cahiers pour l’analyse.

  • 30.

    Henry Laurens, l’Expédition d’Égypte, Paris, Le Seuil, 1997 ; Orientales, Paris, Cnrs éd., 2003.

  • 31.

    René Rémond, la Droite en France, Paris, Aubier, 1954.

  • 32.

    Philippe Seguin, Louis Napoléon le Grand, Paris, Le Livre de poche, 1994.

  • 33.

    Éric Marty, Althusser, un sujet sans procès, Paris, Gallimard, 1999.

  • 34.

    Charles Maurras, De Démos à César, 1899.

  • 35.

    Lettre à Mistral du 18 octobre 1900.

  • 36.

    Lettre au capitaine Jaylle du 8 juin 1934.

  • 37.

    Claude Mauriac, Un autre De Gaulle, Paris, Plon, 1964.

  • 38.

    R. Aron, « L’ombre des Bonaparte », La France libre, n° 34, août 1943.

  • 39.

    R. Rémond, la Droite en France, op. cit.

  • 40.

    A. Jourdan, Napoléon, héros, imperator, mécène, op. cit.

  • 41.

    Sur ce point, et sur beaucoup d’autres concernant les particularités de l’État en France, on ne saurait trop recommander la lecture de John Laughland, The Death of Politics, France under Mitterrand, Londres, Michael Joseph, 1994.

  • 42.

    Dans le Rappel à l’ordre, Paris, La République des idées/Le Seuil, 2002.

  • 43.

    Alain Duhamel, « Sarkozy, général bonapartiste », Libération, 1er décembre 2004.

  • 44.

    Jacques Necker, Dernières vues de politique et de finances offertes à la nation par M. Necker.

  • 45.

    Blandine Kriegel, la République incertaine, Paris, Quai Voltaire, 1992.

Daniel Lindenberg

Historien, ses travaux de prédilection portent sur l'histoire des idées politiques et les controverses intellectuelles. Son livre sur le Marxisme introuvable (Paris, Calmann-Lévi, 1975) a participé d'une relecture de la place du marxisme dans les idées politiques en France. Il a consacré de nombreuses études aux interférences et aux croisements entre visions religieuses et idées poitiques,…

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