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La souveraineté à l’ère planétaire

À l’heure où la Terre est devenue un objet majeur de l’histoire universelle, les États-nations restent les entités principales à partir desquelles est pensée la souveraineté politique. Il nous faudra pourtant compliquer la souveraineté si nous espérons recouvrer la maîtrise du temps et de l’espace nécessaire à la gestion de la crise climatique.

La « première mondialisation1 » avait été cassée par la nouvelle guerre de Trente Ans (1914-1945), durant laquelle se sont succédé deux conflits d’ampleur internationale et une dépression économique abyssale. Après 1945, l’enjeu pour les États-Unis et le Royaume-Uni, grands vainqueurs du second conflit mondial, était de relancer ce processus. Depuis lors, les interdépendances entre nations n’ont cessé d’augmenter. Plutôt qu’une évolution continue, il est possible d’identifier trois âges de l’interdépendance, chacun caractérisé par des différences de degré et de nature.

Les trois âges de l’interdépendance

Entre 1945 et 1975, le premier âge de l’interdépendance peut être qualifié d’internationalisation. Après la Seconde Guerre mondiale, les États-nations vainqueurs inaugurent un nouvel ordre international, politique et économique, pensé pour assurer une paix durable et garantir la stabilité économique. Conforme à la leçon de Montesquieu, selon qui le commerce polit les mœurs et décourage la guerre, la grammaire de ce nouvel ordre peut être résumée ainsi : une augmentation continue des échanges économiques entre les nations, étroitement contrôlée par les États souverains. Les échanges commerciaux croissent donc, progressivement mais significativement, entre 1945 et 1979, dans un régime de contrôle des capitaux et des changes. Le taux de croissance du commerce international passe de 6 % en moyenne annuelle sur la période 1953-1958 à 8, 3 % sur la période 1963-1968, et même à 9, 2 % sur la période 1968-19732.

La décennie 1979-1989 marque le passage dans une nouvelle ère. Dès 1979, sur fond d’élection de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, de politique anti-inflationniste à la Réserve fédérale, d’ouverture de l’économie chinoise et de crise énergétique globale, un nouvel ordre du monde se met en place3. Cette deuxième ère de l’interdépendance peut être qualifiée de mondialisation. Il en va d’une différence de degré aussi bien que de nature avec le premier âge d’internationalisation. De degré d’abord, car les ordres de grandeur sont incomparables. Entre 1990 et 2011, alors que le PIB mondial est multiplié par 1, 6, les exportations le sont par 5, 3 en valeur, et par 3 en volume. La révolution des technologies de l’information et de la communication permet également un essor considérable des flux de capitaux transnationaux, ainsi que de la circulation de l’information. Mais il en va aussi d’une différence de nature, le processus de mondialisation n’impliquant pas les mêmes acteurs et ne poursuivant pas les mêmes finalités. Dans le processus d’internationalisation, l’État-nation restait l’acteur principal, et l’internationalisation ne servait qu’à renforcer son compromis social interne. Dans le processus de mondialisation, il se trouve concurrencé par d’autres acteurs, supra ou infra-étatiques comme l’Union européenne ou les collectivités territoriales, mais aussi privés comme les firmes multinationales. L’essor des moyens de communication liés au numérique induit une nouvelle organisation du temps et de l’espace, marquée par l’instantanéité et l’abolition des distances. Quant à la finalité, elle est devenue la maximisation de la fonction d’utilité de l’individu comme de la firme.

Ce faisant, il arrive que la mondialisation sape de manière systématique les compromis noués à l’intérieur d’une société démocratique. Par exemple, une nation qui fait le choix d’un haut niveau de prélèvements obligatoires et de redistribution sociale est immédiatement mise en difficulté dans un régime de libre circulation des capitaux. Les États sont mis sous pression, sommés de réduire la fiscalité des facteurs de production mobiles (capital, travail qualifié), sous peine de perdre en compétitivité. Autre exemple, les règles de finances publiques européennes décidées avec l’introduction de l’euro : elles ont entraîné une perte de pouvoir au niveau national sans s’accompagner d’un gain de puissance au niveau européen. Cette fuite en avant a engendré des effets destructeurs sur le système démocratique à l’intérieur des nations européennes, et explique en partie (en partie seulement) la montée du populisme. L’État reste présent dans le processus de mondialisation, mais il ressemble de plus en plus à un « sujet passif », partiellement dépossédé de sa souveraineté et concurrencé par des entités nouvelles.

La planète Terre est devenue un objet majeur de l’histoire universelle.

De même que les crises énergétiques, financières et géopolitiques des années 1970-1980 ont sonné le glas de l’ère d’internationalisation, celles de la décennie 2008-2020 ont marqué le déclin de l’ère de mondialisation. Dès après la crise financière de 2008, on constate un fort ralentissement de la croissance du commerce international : en 2019, l’année précédant directement la pandémie, elle n’a été que de 2, 6 %, alors qu’elle avoisinait les 10 % durant les années 1990. À la fin de cette décennie de transition, avec la crise de la Covid-19 que Michel Lussault a qualifiée le premier de « fait anthropocène total4 », il semblerait bien que nous entrions dans un troisième âge de l’interdépendance planétaire, que je propose d’appeler planétarisation. Pourquoi ce terme ? Parce que la planète Terre, en tant que système bio-géo-physique avec tous les vivants qui l’habitent, est devenue un objet majeur de l’histoire universelle. La crise de la Covid-19 marque de ce point de vue un véritable tournant, à la fois chant du cygne de l’ère mondialisée et événement précurseur de l’ère planétaire. En effet, si la pandémie incarne avant tout une crise de la mondialité, c’est-à-dire le dysfonctionnement majeur d’un monde où tout circule de manière accélérée – marchandises, capitaux, mais aussi êtres humains et virus –, elle est également une crise de notre relation détraquée à la planète et au vivant, puisque les zoonoses ne peuvent s’épanouir que sur fond de trafic massif d’animaux sauvages, de déforestation intensive et d’urbanisation généralisée. Pour cette raison, l’ère planétaire marque une différence de nature par rapport à l’ère mondialisée, les « problèmes publics » – économiques, financiers, informationnels – qui se posaient à l’ère précédente devenant des sous-ensembles d’une question plus vaste, la question planétaire. De même que la physique de Galilée n’est pas annulée par la relativité d’Einstein, mais « régionalisée » comme le sous-ensemble d’une physique plus large, de même la mondialisation économique n’est pas annulée par l’anthropocène, mais elle devient un élément de la question planétaire.

Histoire planétaire, souverainetés plurielles

Quid de la souveraineté dans ce processus ? À l’âge planétaire, stade ultime de l’interdépendance globale, on serait tenté de dire que la notion même de souveraineté, qui a constitué la grille d’analyse privilégiée de la politique moderne depuis la fin du Moyen Âge, est caduque. Quelle que soit la définition que l’on privilégie, la souveraineté suggère en effet une idée d’indépendance, à première vue incompatible avec l’interdépendance totale de l’âge planétaire.

Qu’il s’agisse de la souveraineté d’État à l’âge monarchique, inventée bien avant la démocratie, qui désigne la monopolisation par le souverain de la violence physique et sa capacité subséquente à décider de l’état d’exception, ou de la souveraineté nationale à l’âge démocratique – celle-ci n’étant pas une simple translation du monarque vers le peuple, mais portant en elle l’horizon inédit de l’autorisation démocratique et du consentement des gouvernés –, il semblerait bien que le concept renvoie à une double maîtrise par le souverain, qu’il soit monarchique ou démocratique, de l’espace et du temps. Maîtrise de l’espace, car la souveraineté est étroitement associée à la notion de frontière, qu’elle porte sur la réduction des féodalités à l’intérieur du royaume, ou sur la défense des frontières extérieures face aux armées d’invasion. Maîtrise du temps, car le souverain dispose non seulement du registre de l’exception, c’est-à-dire de la gestion de la crise et de l’urgence, mais aussi de celui du long terme, c’est-à-dire de la continuité de l’État (les « deux corps du roi ») et de la capacité à planifier.

L’ère de la mondialisation a fait vaciller ces deux maîtrises, en tendant à substituer au paradigme de la souveraineté une grammaire de marché, supposée évacuer la complexité du temps et de l’espace pour se réfugier dans la « déspatialisation5 » et le « présentisme6 » accélérés par la révolution numérique. L’idéal des « globalistes » promoteurs de la mondialisation libérale, si bien décrits par Quinn Slobodian, était en effet le grand marché mondial, hors espace et hors temps, sur lequel se rencontrent acheteurs et vendeurs7. Pour établir ce grand marché mondial, il fallait intégrer des pays entiers, naguère réfractaires, au jeu capitaliste : ce fut le cas avec le tournant économique chinois impulsé par Deng Xiaoping dès 1978, puis avec la chute du bloc soviétique à partir de 1989 et sa conversion éclair à l’économie de marché. Mais il fallait aussi instaurer une discipline de marché à l’intérieur même des nations démocratiques, en bridant services publics et État social. Ce libre-échangisme total a ainsi fait pression, dans des proportions inouïes, sur les compromis sociaux internes qui s’étaient démocratiquement noués dans un cadre national, par exemple l’État-providence dans les pays européens. L’idéal de gouvernement de l’ère mondialisée, inspiré des procédures de marché, dénie ainsi toute épaisseur spatiale et temporelle au gouvernement des hommes ; il est hostile à l’affirmation de la souveraineté.

À première vue, il serait tentant d’affirmer que l’ère planétaire impose un art de gouverner fondé sur une même répudiation de la souveraineté. C’est en réalité tout le contraire. Sortie par la porte à l’âge de la mondialité, la souveraineté pourrait revenir par la fenêtre à l’ère planétaire, mais à nouveaux frais et complexifiée dans son fonctionnement.

Nous entrons dans un monde paradoxal, marqué à la fois par une interconnexion planétaire croissante et une fragmentation politique accrue, avec une augmentation du nombre d’États-nations. L’État-nation est aujourd’hui le phénomène le plus « mondialisé », comme l’a fait valoir l’historien Pascal Ory ; il en existe près de deux cents, alors qu’ils n’étaient que quarante en 19458. Les mouvements régionalistes à l’œuvre en Catalogne ou en Belgique flamande n’aspirent qu’à une chose : faire accéder leur région au rang d’État-nation. Comment le système-Terre, devenu le sujet premier de l’histoire universelle, s’articule-t-il avec la fragmentation politique du monde en toujours plus d’États-nations ? Tout simplement en devenant un objet et un enjeu de puissance pour les États-nations eux-mêmes.

Sortie par la porte à l’âge de la mondialité, la souveraineté pourrait revenir par la fenêtre à l’ère planétaire.

Nous sommes bien à l’ère de l’histoire universelle, et même de l’histoire planétaire, mais les États-nations en demeurent des sujets agissants essentiels9. Si le système-Terre est bien le sujet principal de l’histoire planétaire (génitif objectif), les États en redeviennent les sujets agissants principaux (génitif subjectif), davantage qu’à l’ère mondialisée. En effet, il n’y aura pas de décarbonation sans compétition technologique et géopolitique entre États. Ulrich Beck avait déjà repéré combien la menace d’une apocalypse nucléaire constituait au xxe siècle un risque global, tout en étant l’un des enjeux géopolitiques locaux de la guerre froide à laquelle se livrèrent États-Unis et Russie soviétique – déterminant une partie des rapports de puissance de la seconde moitié du xxe siècle10. La diplomatie climatique pourrait se trouver dans une position similaire au xxie siècle, surtout après le spectaculaire revirement chinois qui a vu le président Xi Jinping annoncer un objectif de neutralité carbone pour son pays, pourtant surnommé « la cheminée du monde », à l’horizon 2060. À preuve, notre avenir climatique dépendra largement de l’action de ces sujets agissants de l’histoire planétaire que sont les États-nations. Cette action sera un mélange de coopération dans des enceintes comme les COP, dont l’effectivité est de plus en plus mise en question, et de franche compétition à travers des politiques énergétiques, industrielles, scientifiques et technologiques concurrentes : la « course au désarmement fossile » entre les États-Unis et la Chine, autour des technologies de décarbonation et des énergies renouvelables ou nucléaires, en fournit un bon exemple. L’enjeu, dès lors, n’est pas de révoquer la souveraineté mais de faire vivre la tension stratégique entre une histoire planétaire et ses sujets agissants, qui demeurent durablement les États-nations – ou des systèmes de coopération régionaux comme l’Union européenne.

Cependant, il ne s’agit pas seulement de faire vivre la tension entre souveraineté locale et histoire universelle, mais de complexifier la notion même de souveraineté pour aboutir à un art de gouverner ajusté aux problèmes publics de l’ère planétaire. Le retour en grâce de la souveraineté implique de se soustraire au « présentisme » et à la « déspatialisation » du fondamentalisme de marché. Durant l’ère mondialisée, nous avions délibérément oublié que le marché est encastré dans des ensembles sociaux complexes, dont les nations sont l’expression la plus aboutie car, loin d’être de pures constructions imaginaires, elles sont d’abord des systèmes matériels de relations sociales, certes fondés sur un sentiment d’appartenance rétrospectif et projectif, mais surtout intermédiés par un ensemble d’institutions que l’on appelle « État ». Ce faisant, les nations restent l’expression la plus aboutie de l’interdépendance sociale. Le résultat catastrophique de cet oubli a été une montée sans précédent des inégalités dans les sociétés industrialisées, ainsi qu’une désaffection démocratique croissante11. Or l’ère planétaire nous amène à découvrir que, non contente d’être encastrée dans de riches ensembles sociaux, l’économie est également encastrée dans les limites bio-géo-physiques de notre Terre.

Pour une complexification de la souveraineté

L’ère planétaire nous enjoint de retrouver une maîtrise du temps. Cette injonction emprunte souvent le registre de l’urgence, voire de l’exception, lorsqu’elle incite à prendre en charge des phénomènes climatiques extrêmes et les conséquences catastrophiques des franchissements de seuil à très court terme. Elle emprunte également celui de la planification et du temps long, s’agissant des mesures d’atténuation, car les effets des décisions d’aujourd’hui ne se feront pas sentir avant 2050, voire 2100. Il est en outre établi qu’une politique industrielle ambitieuse sera plus efficace que la seule tarification du carbone pour sortir des énergies fossiles. Or celle-ci suppose un effort de planification et de mutualisation des risques qui ne peut être porté que par une puissance publique engagée dans une action de long terme.

Nous sommes requis d’évoluer vers une souveraineté multidimensionnelle.

L’ère planétaire nous enjoint également de renouer avec la maîtrise de l’espace. Émerge alors une difficulté redoutable : les périmètres géographiques du social et de la Terre ne sont pas homothétiques. Il suffit d’observer l’activité transfrontalière entre deux pays pour comprendre que, si les sociétés, avec leurs règles et leurs mœurs, sont bien séparées – ainsi de la différence entre Strasbourg en France et Offenburg en Allemagne, pourtant distinctes de quelques kilomètres –, la gestion de ce bien commun qu’est le Rhin ignore la frontière et établit un intérêt écologique commun. Nous sommes par conséquent requis d’évoluer vers une souveraineté multidimensionnelle. L’État-nation, avec ses frontières, reste le périmètre géographique privilégié du social, même si une timide société européenne s’affirme à l’échelle de notre continent. La planète, quant à elle, est-elle le périmètre pertinent du système-Terre ? Cela dépend de quoi l’on parle. S’agissant du réchauffement climatique, sans aucun doute. En revanche, la gestion de l’eau ou celle d’un parc naturel protégé sont des préoccupations éminemment locales, qui appellent des assemblages institutionnels à cette échelle. En réalité, pour dépasser cette contradiction apparemment insoluble, il faut abandonner l’idée d’un périmètre pertinent unique. La gestion de l’eau n’épouse pas le périmètre d’une intercommunalité, mais le périmètre hydrogéologique du bassin-versant. C’est en fonction de ce périmètre naturel que l’assemblage institutionnel – coalisant des collectivités territoriales, une agence de l’eau, éventuellement des associations et des entreprises locales – doit se construire.

Au niveau supranational, des moignons de souveraineté étatique se sont également constitués autour de questions précises. La Banque centrale européenne (BCE), avec le “whatever it takes” de Mario Draghi, a largement outrepassé son mandat juridique étroit. Ce faisant, elle reconduit l’affirmation d’une proto-souveraineté de nature étatique sur les questions monétaires, en s’arrogeant le monopole de la « violence financière légitime », au grand dam de la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, attachée au respect du mandat. De même que la question de la démocratisation de la souveraineté étatico-monarchique s’était posée au siècle des Lumières, à mesure que progressait la conscience nationale parmi les sujets du royaume de France, de même la question de la démocratisation de ce proto-souverain brut et non démocratique qu’est la BCE va se poser12.

Un retour de la souveraineté s’impose donc à l’ère planétaire, après son oubli à l’ère mondialisée, mais pas à n’importe quel prix : un retour enrichi et complexifié. Il faut réencastrer l’économie dans le social et dans le système-Terre. Ce faisant, la souveraineté doit désormais être conçue sur un mode dynamique et pluriel. Elle désigne la capacité d’une collectivité nationale, mais aussi subsidiairement infranationale ou supranationale, à établir des périmètres pertinents ajustés à la diversité des intérêts et des attachements matériels, et à gérer aussi bien l’exception que le temps long, dans un monde d’interdépendances sociales et écologiques. La souveraineté nationale demeure la clé de voûte de l’ordre international mais elle doit s’hybrider avec des souverainetés locales, par exemple la souveraineté des habitants d’un bassin de vie dans la gestion de certains communs. La réappropriation de la souveraineté permettra de dépasser cette double impasse du présentisme et de la déspatialisation de marché induite par la mondialisation, sans nous ramener au passéisme et au nativisme destructeurs, qui prospèrent en réaction aux dérives de la mondialité13. La souveraineté ressuscite car il n’y a pas, au fond, d’autre moyen de conjuguer une histoire planétaire qui reste agie par une multiplicité de sujets nationaux ou locaux. Il n’est pas possible de résorber cette contradiction, il faut la faire vivre. La souveraineté pensée à nouveaux frais nous le permet ; elle n’est plus un bloc mais un millefeuille ; il n’existe pas d’autres façons d’entrer les yeux ouverts dans l’ère de l’interdépendance planétaire.

  • 1. Suzanne Berger, Notre première mondialisation. Leçons d’un échec oublié, Paris, Seuil, 2003.
  • 2. Voir Pierre Dockès, Le Capitalisme et ses rythmes, quatre siècles en perspective, t. II, Splendeurs et misère de la croissance, Paris, Classiques Garnier, 2019.
  • 3. Voir le dossier « L’année 1979 : un tournant mondial », Le Débat, no 207, novembre-décembre 2019, p. 46-117.
  • 4. Michel Lussault, Chroniques de géo’ virale, illustré par Lou Herrmann, Lyon, Éditions 205, coll. « À partir de l’Anthropocène », 2020.
  • 5. Antoine Garapon et Jean Lassègue, Le Numérique contre le politique. Crise de l’espace et reconfiguration des médiations sociales, Paris, Presses universitaires de France, 2021.
  • 6. François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Seuil, 2003.
  • 7. Voir Quinn Slobodian, Globalists: The End of Empire and the Birth of Neoliberalism, Harvard, Harvard University Press, 2018.
  • 8. Voir Pascal Ory, Qu’est-ce qu’une nation ?, Paris, Gallimard, 2020.
  • 9. Voir Raymond Aron, Dimensions de la conscience historique [1961], préface de Perrine Simon-Nahoum, Paris, Les Belles Lettres, 2011.
  • 10. Ulrich Beck, La Société du risque. Sur la voie d’une autre voie modernité, trad. par Laure Bernardi, préface de Bruno Latour, Paris, Aubier, 2001.
  • 11. Voir David Djaïz, Slow Démocratie. Comment maîtriser la mondialisation et reprendre notre destin en main, Paris, Allary Éditions, 2019.
  • 12. Éric Monnet, La Banque-providence. Démocratiser les banques centrales et la monnaie, Paris, Seuil, 2021.
  • 13. Au passage, l’ultra-localisme, fût-il écologiste, n’est qu’une version plus éthiquement sympathique du nativisme, qui conduit cependant aux mêmes impasses.

David Djaïz

Haut fonctionnaire et enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris, il est notamment l’auteur du Nouveau Modèle français (Allary Éditions, 2021).

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