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Bannière pro-Brexit, 2019 · ChiralJon via Wikimédia
Bannière pro-Brexit, 2019 · ChiralJon via Wikimédia
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Reprendre le contrôle ? Relances et ambiguïtés de la souveraineté

Transférée du roi au peuple, la souveraineté a subi un processus de dés-absolutisation. Mais si les soulèvements actuels renouent avec cette exigence, c’est aussi pour répondre à un sentiment légitime de dépossession démocratique.

Comme d’autres piliers de l’organisation politique moderne du monde, la souveraineté n’a cessé d’être « en crise ». Le juriste Carl Schmitt, qui définit la souveraineté par la capacité à décréter l’état d’exception et à suspendre l’ordre juridique normal, écrit ainsi en 1963 : « L’ère de l’État est à son déclin1. » Selon lui, la figure classique de l’État souverain était secouée par les mouvements révolutionnaires transnationaux des années 1960, par la constitution d’un nouveau droit international, par la « déterritorialisation » liée aux échanges économiques, etc.

Mais la souveraineté a paru se reconfigurer, voire se renforcer à la faveur d’autres « crises ». Ce fut le 11-Septembre et la réaffirmation unilatérale de la puissance américaine, se déliant de bon nombre d’obligations et conventions internationales pour mener la war on terror. Ce fut le Brexit, à contre-courant du mouvement historique de la construction européenne. Ce sont encore les « reprises en main » d’Internet par l’État chinois ou, dans une moindre mesure, russe. C’est enfin la crise sanitaire, qui a suscité des appels non seulement à une « relocalisation » industrielle, mais à la reconquête d’une forme de « souveraineté nationale et européenne2 ».

Gageons donc que nous n’en avons pas fini avec la souvera

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Jean-Claude Monod

Philosophe, il s'intéresse en particulier aux rapports entre politique et religion, ainsi qu'à l'articulation entre démocratie et pouvoir, notamment dans l'interrogation qui est au coeur de son livre, Qu'est-ce qu'un chef en démocratie? Politiques du charisme (Paris, Seuil, 2012).

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Retrouver la souveraineté ?

L’inflation récente des usages du mot « souveraineté », venue tant de la droite que de la gauche, induit une dévaluation de son sens. Dévaluation d’autant plus choquante à l’heure où, sur le sol européen, un État souverain, l’Ukraine, est victime d’une agression armée. Renvoyant de manière vague à un « pouvoir de décider » supposément perdu, ces usages aveugles confondent souvent la souveraineté avec la puissance et versent volontiers dans le souverainisme, sous la forme d’un rejet de l’Union européenne. Ce dossier, coordonné par Jean-Yves Pranchère, invite à reformuler correctement la question de la souveraineté, afin qu’elle embraye sur les enjeux décisifs qu’elle masque trop souvent : l’exercice de la puissance publique et les conditions de la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les banlieues populaires ne voteront plus, le devenir africain du monde, le destin du communisme, pour une troisième gauche, Nantes dans la traite atlantique, et la musique classique au xxie siècle.