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Le tourisme et ses vides

juil./août 2016

#Divers

Le voyage suppose une perte de soi, un apprentissage du monde et du jugement. Le tourisme, comme dans les romans de Houellebecq, transforme toute expérience en transaction marchande et mène au vide, à l’instar de ces hôtels tunisiens désertés.

Sommes-nous touristes ou voyageurs quand nous partons loin du lieu où nous habitons ? Dans Un thé au Sahara, Paul Bowles propose la distinction suivante : « Le premier accepte sa propre civilisation sans objection, alors que le voyageur, lui, la compare avec les autres et en rejette les éléments qu’il désapprouve1. » Le touriste est un conformiste habité par la certitude que la civilisation à laquelle il appartient est la meilleure ; il transporte ainsi ses modes de vie partout dans le monde sans entrevoir d’autres possibilités d’agir ou d’exister. Le voyageur, lui, est réellement converti à l’idée que partir suppose une quête de l’altérité, une capacité à comprendre et accepter d’autres civilisations, et à exercer un jugement critique à l’égard de sa culture, de son pays, de ses semblables.

Voyager et se perdre

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Fabienne Brugère

Philosophe (université de Bordeaux), elle travaille notamment sur les questions d’esthétique, de philosophie politique et morale, à travers la question du soin (« care ») et du féminisme. Elle dirige la collection « care studies » aux PUF, avec Claude Gautier. Elle s’intéresse également aux questions de démocratie participative, à travers la présidence du conseil de développement durable de…

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Entre désir de distinction et quête d’authenticité, le tourisme a pris différentes formes au cours de l’histoire. Le dossier estival de la revue Esprit, coordonné par Emmanuel Laurentin, interroge nos raisons de partir, quand il n’y a plus d’ailleurs où se perdre, ainsi que les effets du tourisme de masse sur la diversité du monde, des sites désertés aux grandes capitales européennes.