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L’envers du masque

Le masque est devenu un accessoire incontournable. Quelles sont ses conséquences sur les interactions sociales ?

Jamais objet technique, pas même le téléphone portable, ne s’était inséré aussi vite dans les pratiques sociales. Certes, le masque n’a rien de nouveau. Il a toujours été présent dans l’imaginaire collectif, dans les pratiques culturelles et festives, dans les luttes politiques et, plus récemment, sous la forme littéraire du « pseudonyme » des réseaux sociaux. Mais, en Occident, le masque était inconnu comme outil sanitaire « grand public » et réservé à des usages professionnels particuliers.

Les sociologues disposent d’un savoir classique sur les modalités des interactions face à face qu’ils n’ont pas manqué de faire valoir, sitôt le masque venu troubler l’ordinaire des échanges entre humains. Depuis le début de la pandémie, nombre de spécialistes, parfaitement informés de l’importance du visage dans les interactions sociales, ont pris la plume pour exprimer de légitimes inquiétudes. « Nos échanges quotidiens seront mis à mal par le port du masque qui uniformise les visages en les rendant anonymes et défigure le lien social », s’est alarmé le sociologue David Le Breton1. Convoquant Levinas et Foucault, Daniel Salvatore Schiffer a dénoncé le masque comme un objet qui effacerait l’humanité fondamentale du visage pour imposer un nouveau « monde correctionnaire2

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Franck Cochoy

Ancien élève de l'ENS Fontenay-Saint-Cloud, Franck Cochoy est agrégé et docteur en sciences sociales. Ses travaux sont consacrés à l'anthropologie du marché, et plus particulièrement aux formes historiques d'instrumentation du rapport offre-demande.

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La crise sanitaire provoquée par l’épidémie de Covid-19 donne de la vigueur aux critiques de la démocratie. Alors que certains déplorent l’inertie de la loi et que d’autres remettent en cause les revendications sociales, le dossier, coordonné par Michaël Fœssel, répond en défendant la coopération, la confiance et la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les régimes d’historicité, le dernier respirateur, le populisme américain et l’œuvre de Patrick Modiano.