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États d’urgence

juil./août 2021

Comment comprendre le recours compulsif à l’urgence qui caractérise notre vie politique depuis plusieurs années ? Si elle est légitime en certaines circonstances, l’invocation de l’urgence permet surtout aux dirigeants de donner le change tout en court-circuitant le débat démocratique.

Nous étions en octobre 2017. L’état d’urgence était en vigueur depuis près de deux ans. À l’échelle du pays entier, une situation inédite. Pour en sortir, le gouvernement propose une loi dite SILT, pour « Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme », qui lui offrait de conserver les mêmes moyens d’action, hors état d’urgence : les « perquisitions administratives » étaient adoucies en « visites domiciliaires », les « assignations à résidence » en « mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance » (Micas). Des modèles d’euphémismes légistiques. L’opposition de droite s’inquiétait de cette sortie de l’état d’urgence, laquelle aurait signifié une baisse de la garde, une retraite, presque un abandon en rase campagne du combat contre les djihadistes. Bien que le nouveau texte n’ôtât ni n’ajoutât rien au régime de la loi de 1955, et sans doute pour rassurer, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait eu cette phrase consternante : il n’hésiterait pas à rétablir l’état d’urgence en cas de situation « dramatique1 ». Fallait-il plaider l’incompétence, déplorer un tour de passe-passe communicationnel, voir dans cette réplique absurde la monnaie de la pièce d’attaques qui ne l’étaient pas moins ? Ou prendre au sérieux cette réponse pour tenter de comprendre pourquoi, chez les gouvernants comme chez les gouvernés, l’urgence relève aujourd’hui de l’addiction ? Les régi

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François Saint-Bonnet

Juriste et historien, professeur à l'Université Paris II Panthéon-Assas, il est notamment l'auteur de A l'épreuve du terrorisme. Les pouvoirs de l'Etat (Gallimard, 2017).

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Nos attentes à l’égard de la littérature ont changé. Autant qu’une expérience esthétique, nous y cherchons aujourd’hui des ressources pour comprendre le monde contemporain, voire le transformer. En témoigne l’importance prise par les enjeux d’écologie, de féminisme ou de dénonciation des inégalités dans la littérature de ce début du XXIe siècle, qui prend des formes renouvelées : le « roman à thèse » laisse volontiers place à une littérature de témoignage ou d’enquête. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Alexandre Gefen, explore cette réarticulation de la littérature avec les questions morales et politiques, qui interroge à la fois le statut de l’écrivain aujourd’hui, les frontières de la littérature, la manière dont nous en jugeons et ce que nous en attendons. Avec des textes de Felwine Sarr, Gisèle Sapiro, Jean-Claude Pinson, Alice Zeniter, François Bon.