Dans le même numéro

Mediator | Passer le relais

avril 2019

Le récit de la manière dont le scandale du Mediator a été révélé montre qu’au-delà des difficultés liées au lancement de l’alerte, de longues difficultés concernent le fait de porter l’alerte.

Le 3 juin 2010 paraît en librairie un livre témoignage intitulé Mediator 150mg, combien de morts? aux éditions Dialogues. Le 7 juin, le tribunal de grande instance de Brest, saisi par le laboratoire Servier, ordonne en référé le retrait de la mention «combien de morts?», jugée dénigrante, sous astreinte de cinquante euros par exemplaire vendu. L’ouvrage, déjà imprimé, est en pratique censuré et disparaît des rayons.

Le 16 novembre 2010, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) reconnaît officiellement que le Mediator, commercialisé par Servier pendant trente-trois ans, est la cause directe d’au moins cinq cents morts. Ce chiffre sera plus tard réévalué à environ deux mille morts, si l’on inclut les décès à long terme. L’annonce de ce bilan humain fait l’effet d’une bombe dans les médias, l’opinion publique, les autorités sanitaires, le monde politique… le scandale du Mediator est « lancé ».

Avant de revenir sur cet instant charnière, synonyme de succès du lancement de l&

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Irène Frachon

Pneumologue au Chu de Brest, elle a révélé le scandale du Mediator avec son livre Mediator 150 mg (Dialogues, 2010).

Dans le même numéro

« Lancer l’alerte », un dossier coordonné par Anne-Lorraine Bujon, Juliette Decoster et Lucile Schmid, donne la parole à ces individus prêts à voir leur vie détruite pour révéler au public des scandales sanitaires et environnementaux, la surveillance de masse et des pratiques d’évasion fiscale. Ces démarches individuelles peuvent-elles s’inscrire dans une action collective, responsable et protégée ? Une fois l’alerte lancée, il faut en effet pouvoir la porter, dans un contexte de faillite des espaces traditionnels de la critique.