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Dans le même numéro

Après le scandale de la pédophilie : quel modèle de prêtre dans l'Église catholique ?

décembre 2010

#Divers

Tout en faisant un mea culpa public pour tenter de circonscrire le scandale de la pédophilie, la hiérarchie catholique devrait s’interroger sur la conception du prêtre qu’elle défend. À Rome, on suit une triple stratégie : désamorcer les questions sur les causes du désastre, sublimer ce qui s’est passé, durcir les sanctions. Mais qu’attend l’Église du prêtre aujourd’hui ?

Qu’il soit catholique ou non, chacun le sent bien : quelque chose ne colle pas dans la manière dont l’Église – et d’abord le pape et la Curie romaine – ont tenté de régler l’affaire des prêtres pédophiles, ou d’en finir avec elle. Une obscurité, ou une incompréhension, demeure. Les demandes de pardon répétées de Benoît XVI, la réaffirmation de l’horreur que lui inspirent ces actes, ses rencontres avec des victimes n’y changent rien : à chaque voyage, elles sont là et il doit se prêter à ce scénario humiliant et éprouvant, où personne ne doute de sa sincérité. Son successeur en pâtira aussi, à moins que le temps ne fasse son œuvre d’oubli si les victimes indemnisées considèrent qu’elles ont (un peu) obtenu justice et si les « révélations » cessent.

Il reste pourtant une déception et une insatisfaction chez plus d’un catholique. Toute honte bue, certains se consolent vite et à bon compte : « Le péché est partout, et les prêtres sont aussi des pécheurs » ; « hors l’Église, c’est encore pire » (et on fournit même des chiffres et des statistiques !), etc. Même si les conditions générales de l’époque (inceste répandu et silence longtemps maintenu dans toute la société, aggravation tardive des sanctions pénales, difficulté – on le voit tous les jours – de savoir que faire des criminels sexuels, pédophiles et autres, en dehors de la prison) valent à décharge, on est gêné de les voir vite avancées pour excuser ce qui s’est passé dans l’Église. Comme si l’on n’était pas dans l’incommensurable ! D’autres catholiques, résignés, ont avalé en silence cette couleuvre supplémentaire après les épreuves du début de l’année 2009 (réintégration d’évêques intégristes, excommunication d’une mère qui avait fait avorter sa petite fille violée, déclaration du pape sur le préservatif dans l’avion qui l’emmenait en Afrique).

Des catholiques – une minorité il est vrai – restent sur le sentiment (de frustration) qu’aucune parole sérieuse n’a été échangée dans l’Église sur ce sujet, difficile, certes, comme on le voit aussi dans l’espace public profane. Mais, dans ce dernier, le débat existe, avec le dilemme de traiter ces criminels comme des malades, des pervers entièrement ou partiellement irresponsables, ou comme des coupables responsables, dont la mise à l’écart de la société s’impose – mais où et comment ? Nul ne le sait : entre ceux qui demandent qu’on les considère et les traite comme les autres malades, qu’on les enferme pour trente ans vraiment incompressibles ou à perpétuité, qu’on leur mette un bracelet de sécurité avec un suivi psychiatrique, qu’on les éloigne de tout contact avec les enfants, qu’on pratique leur castration chimique ou physique, les écarts sont importants et les « solutions » remplies de contradictions.

Quelle est la spécificité, si l’on peut dire, des prêtres pédophiles qui ont commis des délits ? C’est qu’ils sont des prêtres catholiques, justement, donc des célibataires par vocation. À Rome, une triple réponse semble s’être esquissée : désamorcer les questions sur les causes du désastre, spiritualiser ou sublimer ce qui s’est passé, durcir les sanctions. Quant aux causes, personne, certes, n’a pour l’instant rapporté la preuve du lien entre pédophilie et célibat des prêtres, mais au moins pourrait-on reconnaître que ce lien est plausible et qu’on doit en discuter, plutôt que d’affirmer péremptoirement des certitudes à ce sujet, évidemment pour écarter à l’avance tout débat sur la possibilité (ou la nécessité) de prêtres mariés ; ne rien changer, réaffirmer et justifier l’existant, en particulier le « bloc de doctrine », sur le statut non matrimonial et non féminin du sacerdoce, telle est la ligne. Ensuite, ce qui s’est passé (dans les années 1950-1970 surtout) appellerait une relecture théologique critique et un discernement sur ce que l’Église a dit et fait « du » prêtre. Qu’en est-il sur ce point ? Enfin, à propos des sanctions aggravées, accélérées et encore plus centralisées dans un texte publié en juillet 2010, la question se pose : l’accélération est-elle compatible avec une centralisation bureaucratique, et l’aggravation des peines est-elle la solution (quelle aggravation et quelles peines d’ailleurs – quand déjà le traitement de la pédophilie « profane » pose tant de problèmes à la société) ? On remarque par ailleurs dans ce texte l’absence de toute mention des victimes et sur la manière dont il faudrait les accueillir et réparer le mal qui leur a été fait.

Une parole publique faible

En France, l’Église catholique a vécu l’épreuve avec près de dix ans d’avance, quand un évêque a comparu au tribunal correctionnel en 2001 pour non-dénonciation d’un prêtre pédophile. Elle ne s’est donc pas trouvée en première ligne en 2010, et ses porte-parole ont pu insister sur l’avance prise en matière de transparence. « S’en tenir à ce qui est prévu par les lois civiles », telle est la règle, que le Vatican aussi a prise à son compte maintenant. On a parfois insisté sur le rôle positif de la laïcité française dans cette affaire : peut-être, mais plus déterminante a été, à mon sens, l’évolution du droit, qui a aggravé les peines pour délit sexuel, et des mentalités : pour une partie importante de la population, les crimes commis sur des enfants relèvent désormais presque de l’imprescriptible. L’Église de France et ses représentants, comme d’autres en Europe et ailleurs, heureusement, n’ont donc pas eu à faire face au scandale immense de l’hiver et du printemps 2010. Mais le prix en est peut-être un silence excessif, ou un manque de parole dommageable, sur la « question de principe » qui est posée à l’Église par ces scandales. S’il n’y avait pas sens à lancer de manière volontariste un débat dans toute l’Église, une réflexion (destinée à devenir publique), selon des modalités à définir, aurait pu être engagée. La brochure intitulée Lutter contre la pédophilie (2002), actualisée et rééditée en octobre 2010 par la Conférence des évêques de France, a ses mérites ; elle donne des explications et des indications pour lutter en général, dans l’Église, contre la pédophilie, mais évoque à peine le cas particulier des prêtres.

En Belgique, directement concernée, il est vrai, par les révélations sur les comportements consternant d’un évêque, l’Église a créé une commission interne, mais dirigée par un psychiatre indépendant, Peter Adriaenssens. Même si cette commission a finalement démissionné après la perquisition brutale, invalidée ensuite, d’un juge civil en juin 2010, elle a fait un travail d’enquête de très bonne qualité, dont il a été rendu compte publiquement en septembre 20101. Et même s’ils ont été assommés par les révélations sur l’un d’eux, des évêques belges ont tenté un dialogue public avec l’opinion et les catholiques. L’indépendance des enquêtes, la publicité de leurs résultats, le courage de la parole sur un sujet très périlleux sont, dans l’Église catholique comme ailleurs, la dure condition de la crédibilité. Il faut dire qu’en Belgique, comme sans doute aussi ailleurs, violence et perversité se sont donné la main : il fallait en plus culpabiliser les victimes ! Faute d’une grande intransigeance pour faire et montrer toute la vérité, y compris celle-là, on comprend que ni les victimes, ni l’opinion publique, ni le gouvernement, ni le Parlement, ni la justice du pays, ni les catholiques eux-mêmes ne soient totalement convaincus par des excuses et des déclarations purement verbales de repentir.

Le célibat des prêtres a été une fois de plus, de fait, sur la sellette, malgré les dénégations, on l’a dit, de responsables d’Église de toutes sortes sur le lien entre célibat et pédophilie. On peut admettre que le célibat « en soi » n’a aucun rapport « en soi » avec des actes de pédophilie criminels. Mais dans une époque donnée (avec l’éducation en milieu fermé), dans un environnement précis (celui des internats religieux2), avec certaines connivences (la loi du secret allant jusqu’au glauque), le pire n’est pas impossible. Quoi qu’il en soit, force est de remarquer que ce débat du célibat des prêtres, officiellement clos et évacué par la porte, ne cesse de rentrer par la fenêtre, en de nombreuses occasions, parfois scabreuses comme ici. Des « prêtres mariés » ne résoudraient pourtant sans doute pas grand-chose dans la crise actuelle. Ce n’est pas, ou ce n’est plus, la question essentielle. Mais le refus sans faille qu’on oppose ne fût-ce qu’à la question (de même qu’à celle de femmes prêtres, ou de prêtres pour une durée déterminée3, ou d’une « seconde voie », moins contraignante, pour assurer le service des communautés4, dans une période de recrutement catastrophique en Europe et en bien d’autres contrées), a des effets délétères de toutes sortes et renforce l’image d’une institution vieillotte, incapable d’imaginer le nouveau. Dans l’Église d’aujourd’hui, l’imagination ne semble au pouvoir que pour innover dans l’ancien.

Une spiritualité douteuse et une année sacerdotale pour rien

Quand on critique le célibat des prêtres, on se réfère souvent à des évolutions sociales, culturelles, intellectuelles, qui le rendent difficile à vivre, peu enviable et peu plausible. Mais le nombre de prêtres pédophiles est un événement assez important pour se poser la question des raisons plus « structurelles » – d’institution, de théologie, de spiritualité – qui ont mené à un tel scandale au début du xxie siècle. Or, l’esprit dans lequel l’« année sacerdotale », année de la révélation maximale des actes de pédophilie commis par des prêtres, a été célébrée en 2009-2010 à Rome et ailleurs laisse ici songeur. En effet, avec l’insistance unilatérale sur « la grandeur et la beauté du ministère sacerdotal », sur la vertu personnelle, la sainteté, l’intériorité, l’« exception » du prêtre, avec Jean-Marie Vianney, le célèbre curé d’Ars du xixe siècle, pour modèle, qu’est-ce d’autre que l’image la plus traditionnelle du « bon prêtre » qui a été proposée pour le présent et l’avenir ? Celle-ci s’était imposée peu à peu aux xviie et xviiie siècles, pour triompher au xixe et jusqu’au milieu du xxe siècle. Bernanos a dépeint dans ses romans, de façon extraordinaire, les contradictions intérieures de ces héros tourmentés. Il en a montré aussi la chute, l’abjection et l’imposture toujours possibles. Mais, tout en « figeant dans le marbre » pour ainsi dire une figure particulière du prêtre, n’en aurait-il pas annoncé, sous des couleurs dramatiques, la fin – celle dont le concile Vatican II a pris acte dans une certaine mesure ? Est-ce un hasard finalement si la majorité des actes de pédophilie graves date des années 1950-1960 ? Est-ce un autre hasard si la chute des vocations, déjà amorcée bien avant, est devenue ensuite et est restée catastrophique en Europe ? On a dénombré 85 ordinations de prêtres en France en 2010 : le plus bas étiage depuis la Révolution, à la fin de l’« année sacerdotale »!

La réputation de sainteté de Jean-Marie Vianney (1786-1859), humble curé d’Ars dans la Dombes à partir de 1827, proclamé plus tard patron des curés5 de l’univers, fit qu’on accourut de partout, pendant plus de vingt ans, pour le voir et se confesser à lui. De son extrême austérité portent encore témoignage les innombrables (et laides) statues en plâtre qu’on voit dans les églises de France et de Navarre. Il y est représenté avec sa tête émaciée, presque cadavérique sous ses cheveux longs. Sa très médiocre prestation intellectuelle comme séminariste (qui faillit le faire recaler pour l’ordination), sa vie de mortification, son charisme de confesseur, son jugement aigu sur les visiteurs, certaines formules remarquables prononcées par lui, ses relations tourmentées avec le diable (le « grappin »), ses miracles, ses entreprises de « curé bâtisseur », ses imprécations contre les bals et les cabarets (et ses efforts couronnés de succès pour les abolir chez lui), les esprits forts sortis en larmes du confessionnal et convertis font partie de sa légende6. Mais le saint Curé a aussi parlé plus d’une fois « du » prêtre – en des termes passionnés, que plus d’un pourrait trouver surannés mais qui sont apparemment toujours d’actualité pour indiquer aux prêtres d’aujourd’hui qui ils sont et ce qu’ils doivent être et faire. Il est en effet au centre de la « Lettre d’indiction d’une année sacerdotale » (juin 2009), et le pape Benoît XVI le cite à de nombreuses reprises, tout en reconnaissant qu’il va sans doute parfois trop loin. Ainsi, rappelle le pape, pour expliquer à ses fidèles l’importance des sacrements, il disait : « Si nous n’avions pas le sacrement de l’Ordre, nous n’aurions pas Notre-Seigneur. Qui est-ce qui l’a mis là, dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir [à cause du péché], qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre… Après Dieu, le prêtre c’est tout… Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel. » « Si l’on comprenait bien le prêtre sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d’amour… Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre-Seigneur ne serviraient de rien… C’est le prêtre qui continue l’œuvre de Rédemption, sur la terre… À quoi servirait une maison remplie d’or, si vous n’aviez personne pour ouvrir la porte ? Le prêtre a la clef des trésors célestes : c’est lui qui ouvre la porte ; il est l’économe du bon Dieu, l’administrateur de ses biens… Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre : on y adorera les bêtes… Le prêtre n’est pas prêtre pour lui… il est pour vous. »

L’ontologisation des sacrements en général (pas seulement du sacerdoce : cela vaut aussi du baptême et du mariage, de la confession et de l’eucharistie…) fait partie de la bonne théologie catholique7. Elle n’a rien de surprenant. Mais on peut l’envisager sans excès pieux et avec discernement. Ce qui surprend ici, c’est que le maximalisme du curé d’Ars, avec son outrance rhétorique, « excessive8 » selon le pape lui-même, soit malgré tout repris comme « exemplaire » et proposé comme modèle aux prêtres d’aujourd’hui9. On en trouve confirmation un an après, en juin 2010 : devant près de 10 000 prêtres venus à Rome fêter la clôture de cette année, Benoît XVI a refait, dans son homélie, l’éloge impavide de ce prêtre-là, le prêtre « de toujours » – c’est-à-dire celui des trois-quatre derniers siècles. Évoquant le paradoxe qu’en « cette année de joie pour le sacrement du sacerdoce », soient « venus à la lumière les péchés des prêtres – en particulier l’abus à l’égard des petits », il y voit l’opération du « Malin », la main du Diable en quelque sorte, pour contrecarrer cette nouvelle « mise en lumière du sacerdoce ». Mais, ajoute-t-il aussitôt, il a été ainsi rappelé aux prêtres que s’il n’est pas de vocation plus haute et de plus exaltante que la leur, ils sont des « vases d’argile » : leur mission n’est pas « une prestation humaine personnelle », elle ne vit que du « don de Dieu » fait à chacun. Le drame des crimes de pédophilie est ainsi transfiguré et spiritualisé, ou idéalisé, dans le langage du péché et de la grâce. Le péché sacerdotal abonde, mais la grâce sacerdotale surabonde. Pour le dire d’un mot : on fait l’impasse sur la difficulté en la sublimant. Cette interprétation à usage interne peut certainement produire une spiritualité forte, une vraie mystique du prêtre, homme d’exception séparé du commun des mortels. Elle a engendré ses héros et ses saints, évêques et prêtres – hier et sûrement encore aujourd’hui, où leur condition est si difficile.

Cependant, si le sublime est nécessaire, il a aussi de très fortes limites quand il devient institution obligée pour une classe entière d’hommes. Pour tout dire, il a quelque chose de dangereux quand il s’agit des ministres ordinaires du culte de l’Église catholique. Comment ne pas voir, en effet, les risques d’une telle tension entre la part de Dieu et la part de « l’hommerie », un mot du curé d’Ars justement ? Car ce prêtre idéalisé est aujourd’hui mal en point. Sa scission en général avec la condition humaine commune, corporelle, a toujours été mal comprise, raillée, rejetée ; néanmoins, elle paraissait infiniment plus plausible qu’aujourd’hui, après deux siècles de réflexions sur le corps et la sexualité humaine. Mais aussi, la plus ancienne Tradition, celle du Nouveau Testament, ne confirme pas ce modèle, nonobstant toutes les citations que le pape aligne – de façon très traditionaliste en l’occurrence – pour la justifier. Tout le monde sait aussi, aujourd’hui, son apparition tardive dans l’histoire de l’Église. Mais aujourd’hui, quels liens entre une conception si haute et la chute dans le pire ? Que trahit, en l’occurrence, cette humilité en apparence si admirable de « vases d’argile » ? N’est-ce pas finalement un sentiment de supériorité, celui d’être au-dessus du lot, au-dessus des contingences du monde, de la condition charnelle et, pour finir, de la loi des hommes ?

Ces questions dépassent en réalité le célibat des prêtres. On peut faire l’analogie avec l’« affaire Touvier », ce milicien criminel protégé après la guerre par des gens d’Église et enfin jugé dans les années 1990, ou encore avec l’affaire du carmel d’Auschwitz à la fin des années 1980, qui avait été édifié en mémoire du « nouveau Golgotha » dont, disaient les carmélites et Jean-Paul II, ce camp avait été le théâtre (le pape, grâce au cardinal Lustiger, avait ensuite fait marche arrière). Une fausse spiritualisation du crime, la réintégration mystique dans une charité ou une théologie sans discernement aboutissent, dans les deux cas, au sentiment d’être au-dessus de la justice humaine et au-dessus de la blessure d’autrui. Paradoxalement, ou très logiquement, le pire devient alors possible sous couleur de bien. Le pouvoir de pardonner ou la croix du Christ sont compris de façon perverse ; ils permettent de tenir pour peu la souffrance des victimes – y compris même de celles qu’on a blessées très gravement – et de minimiser le devoir de réparation à leur égard, quand (comme pour la pédophilie) on ne les culpabilise pas pour avoir été consentantes dans leur passivité.

Le scandale de la pédophilie des prêtres indique la maladie ou les dysfonctionnements d’un système de pensée, ou d’un système symbolique. Le célibat comme tel n’est pas en cause. Pourquoi ne serait-on pas célibataire (chaste !) si l’on croit en un « ab-solu », une Réalité déliée ou au-delà de ce monde ? C’est une folie ? Ab-solument, mais heureusement qu’il reste des folies dans la platitude de ce monde ! Dans Des hommes et des dieux, le film désormais célèbre de Xavier Beauvois, on entrevoit à un moment le sens de leur éloignement volontaire, quand Christian lance à Christophe en plein désarroi devant la mort qui rôde : « Mais ta vie, tu l’as déjà donnée ! » – tu l’as donnée quand tu as choisi cette forme de vie absolue, ce retrait concret du « monde ». Comme le montrent d’innombrables critiques favorables, nous les admirons, ces moines, mais le narcissisme ambiant sans doute nous empêche de voir que « c’est en dépassant l’amour d’eux-mêmes qu’ils sont allés à la mort » (livre de l’Apocalypse 12, 1210).

Sauf qu’il faut, pour réaliser cette vocation, outre un choix libre (pour autant qu’on puisse en juger), des conditions concrètes qui rendent le célibat un peu crédible et possible. Ce qui ne va pas ou ne va plus de soi, c’est la loi générale du célibat étendue progressivement, sur une durée d’un millénaire, à l’ensemble des prêtres de l’Église d’Occident indistinctement. L’exception devenue loi générale brouille tout, y compris, et quoi qu’on explique à tous les futurs prêtres, le libre choix : on désire être prêtre, célébrer l’Eucharistie, proclamer la Parole, présider au destin d’une communauté de foi (c’est ce qu’on appelle la « vocation »), et on prend le célibat (c’est-à-dire la chasteté) par-dessus le marché… et en réalité on n’est plus libre.

On a peut-être manqué, ce faisant, à la vertu de prudence en instituant, au début du Moyen Âge, le célibat généralisé des prêtres. Mais il se pourrait aussi qu’on ait succombé à un sentiment d’orgueil, de suffisance, à une sorte d’hubris, en banalisant l’idée que l’esprit pouvait ici-bas et très communément vaincre la chair. Or les moines, partis d’abord comme ermites dans le désert dans les années 300-400 puis très vite réunis (c’était plus raisonnable !) en communautés dans des monastères retirés, l’ont compris depuis toujours. Ils n’étaient pas indemnes dans leur imaginaire, comme la tentation de saint Antoine et les récits des Pères du désert le montrent assez. Une rumeur voulait même que les démons de la luxure – les légions du Malin dont parle Benoît XVI ! – s’assemblent par nuées entières au-dessus de leur résidence pour attaquer sans relâche ces forteresses de la sainteté (l’histoire réelle du monachisme est moins pittoresque !). Les moines avaient tout simplement pris les moyens humains de réaliser leur vocation spirituelle ; j’allais dire : dans un esprit de discernement bienvenu, ils ne surestimaient pas leurs forces. À l’inverse, vivre comme prêtre célibataire et chaste en plein-vent, au cœur de la société, c’est un service considérable rendu à l’Église et à tous (n’en déplaise aux bouffeurs de curés), mais le paradoxe est que la vie de ces prêtres de paroisse (et aussi de ces religieux) est devenue plus dure, plus héroïque presque, que celle des moines contemplatifs : et du coup, que de drames personnels et parfois publics, et que de justifications sans fin et immenses pour célébrer ce « plus haut service », qui peut tomber si bas ! Après tout, le pape aurait pu tirer une tout autre leçon du « péché des prêtres » durant l’année sacerdotale : y voir un « signe des temps » et accepter humblement – dans un autre sens de cette humilité qu’il exalte – de se soumettre à l’événement, « notre maître intérieur », comme disait Emmanuel Mounier. Une occasion a été manquée de décider sans coup férir que l’Église entière – et pas seulement les bureaux romains – allait discerner pour choisir, fût-ce à long terme, « ce qui est bien » et les services qui seraient les meilleurs en tous domaines pour le troisième millénaire du christianisme. C’était une attitude plus exigeante, plus risquée, moins rassurante, mais plus crédible que le rappel parfait de la spiritualité parfaite du parfait « bon prêtre ». Comment une Église entière d’un milliard et cent millions de catholiques étiquetés pourrait-elle penser son avenir dans les temps nouveaux de la mondialisation ? C’est à quoi, précisément, il faudrait réfléchir, au lieu d’invoquer constamment les conciles – celui de Vatican II, dont les interprétations différentes ou opposées sont devenues un problème insoluble et dont il faudrait au contraire sortir – ou d’en demander un nouveau – dont on ne voit pas ce qu’il pourrait résoudre, et qui est de toute façon intenable.

Aggraver les peines ou réformer le droit ?

Dans la même homélie prononcée pour la fin de l’année sacerdotale, Benoît XVI promettait cependant « de faire tout ce qui est possible pour que de tels abus ne puissent jamais plus survenir ». En juillet 2010 a donc été publiée par le Vatican une nouvelle liste des délits les plus graves (la précédente datait de 200111). Outre une aggravation forte des peines encourues et un durcissement des procédures, tout ce qui concerne les abus sexuels d’un prêtre sur un mineur est centralisé à la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Cette Congrégation ressemble ainsi plus que jamais à une sorte de « super-ministère », qui concentre la surveillance de la théologie (la Doctrine), le droit (la Justice) et les moyens d’enquête (l’Intérieur). On peut légitimement s’interroger sur cette concentration peu rassurante. Déjà, le secret, si dénoncé en toutes ces affaires, ne risque-t-il pas de s’aggraver autant que les peines ? Comment la proximité avec les victimes et leur famille sera-t-elle assurée ? Forcément, l’évêque local, dont manifestement on se méfie à Rome, devra encore intervenir en première ligne (on lui demande surtout de protéger, c’est bien le moins, les enfants et la communauté concernée). Quant à l’accélération des procédures, qui peut croire qu’une bureaucratie plus lointaine et plus lourde y parviendra ? Les retards, les atermoiements, le manque de transparence de la Congrégation présidée jusqu’en 2005 par le cardinal Ratzinger ont précisément été stigmatisés dans les médias… (qui ont oublié pendant un temps qu’il avait eu le mérite de s’attaquer de front, beaucoup plus que Jean-Paul II, au problème). On évoque aussi « la possibilité de ne pas suivre la procédure judiciaire (pour les prêtres coupables de pédophilie) en procédant par décret extrajudiciaire », ou de présenter directement au pape des cas particulièrement graves. Si abjects soient les délits de pédophilie, il ne faudrait tout de même pas en arriver à une « justice expéditive » ! La « réduction à l’état laïc » accélérée, quand l’État laïc peine à trouver des solutions équitables, peut devenir une manière de se défausser12… Ne parlons pas du phénomène médiatique qui met ainsi le pape en première ligne sur tout, comme si, en dehors du pape, il n’y avait point de salut et comme si le pape n’avait pas autre chose à faire que de s’occuper du cas de quelques prêtres défaillants, si grave soit leur défaillance.

La persistance ou la répétition des « maladresses », ou pire, en matière de discipline est frappante. Le fait que dans les « nouvelles normes sur les délits les plus graves » du 15 juillet dernier, l’article 6 (qui durcit les mesures contre la pédophilie des clercs) succède immédiatement à l’article 5 (qui condamne les « tentatives » d’ordonner prêtre une femme) est presque caricatural. On peut expliquer tout ce qu’on voudra, mais la contiguïté, dans le même document, entre désobéissance théologique en interne (qui relève d’une excommunication interne et concerne les… femmes) et délit de pédophilie (passible de la loi pénale des États et de sanctions religieuses qui punissent concrètement et empêchent de nuire) apparaît une fois de plus comme un symptôme, même à qui n’est pas frotté de psychanalyse, de la confusion, ou de la volonté inconsciente de tout confondre. Des abus sexuels de ministres de l’Église, des propositions « hétérodoxes » d’un théologien, des pratiques sacramentelles interdites (comme l’ordination des femmes et d’autres ordinations, ou l’« absolution du complice », c’est-à-dire de celle ou celui avec qui le prêtre a péché) – tout est mis dans le même sac du « gravissime ». Sauf qu’on n’y trouve pas, dans les choses gravissimes, la culpabilisation des victimes du prêtre coupable – par lui-même ou par d’autres.

La réunion dans la même Congrégation – dont la réputation ancienne comme « Saint-Office » n’est plus à faire – du traitement réservé à tout ce que l’Église désapprouve et condamne n’est pas saine. Le problème n’est pas seulement l’efficacité des procédures et des sanctions aggravées, qu’on proclame désormais urbi et orbi, ou l’accueil d’avocats et de procureurs laïques dans les tribunaux ecclésiastiques. La voie de la vérité et de la justice serait la création d’une instance vraiment séparée, avec des domaines de compétence précis, qui jugerait en toute indépendance, notamment dans les affaires relevant à la fois du droit civil et du droit de l’Église, ou du droit des personnes dans l’Église, selon les procédures, les normes et les garanties du droit positif universellement reconnues dans les États de droit… En cette période d’inflation du droit, une telle institution indépendante, reconnue pour sa compétence juridique dans le droit sacré et profane, ouverte à la publicité sauf décision contraire motivée, ne serait pas du luxe. Par exemple, le scandale des Légionnaires du Christ, cette jeune congrégation qui avait pour fondateur un prêtre mexicain d’une immoralité de vrai pervers, quasi démente, aurait dû être instruit par une telle instance – quelle que soit ensuite la décision de Benoît XVI au sujet de la survie de cette congrégation. Sinon, on est toujours, pour ces affaires internes très graves, juge et partie.

Une telle instance devrait-elle exister uniquement à Rome ? Ce n’est pas sûr du tout : il y aurait plutôt de nombreux arguments pour que chaque conférence épiscopale en soit pourvue. On devine les difficultés théoriques et pratiques (et même théologiques). Mais au moins pourrait-on essayer de penser cette différence et cette autonomie dans le droit interne de l’Église. Il ne suffit pas de dire qu’« il faut toujours suivre les dispositions de la loi civile en ce qui concerne le traitement des crimes (de pédophilie notamment) par les instances judiciaires compétentes » (père Lombardi, porte-parole du Vatican) : il faut que l’Église soit elle-même plus incontestable dans son propre droit, et cela n’est possible que par l’indépendance des instances qui instruisent et jugent. Si on tient à la différence entre « Église » et « Secte », une de ses marques est justement que la première possède et applique un droit supérieur aux règles fixées en interne et laissées à la discrétion de l’autorité en place, qu’il s’agisse du fondateur et surtout de ses successeurs. Sans être la panacée, une telle avancée juridique aurait l’avantage d’être plus insoupçonnable que des sentiments de douleur et des demandes de pardon : si sincères et répétés soient-ils, ils ne sont pas à la hauteur de l’intransigeance pour la vérité dont l’Église se prévaut.

  • *.

    Parmi les précédents articles publiés dans Esprit, voir notamment l’introduction du dossier de février 2010 sur « Le déclin du catholicisme européen ».

  • 1.

    La demande de démission du pape, formulée en octobre par Peter Adriaenssens, n’avait pas de sens. Au moins a-t-il eu la liberté de la faire…

  • 2.

    Mais en ajoutant qu’enseignants et éducateurs en général, même mariés et en milieu ouvert, peuvent être tentés plus que d’autres professions…

  • 3.

    Sans compter le refus d’accepter les postulants au sacerdoce qui seraient reconnus homosexuels (en se résignant à garder les prêtres qui le sont, mais en les mettant dans une situation très lourde à porter). Dans les années 1970, aux États-Unis, des supérieurs de séminaire auraient pourtant notoirement encouragé les jeunes homosexuels qui se présentaient : au moins ceux-là ne partiraient pas avec des femmes ! Un tel encouragement était insensé, mais on ne voit pas pourquoi, en soi, des prêtres homosexuels seraient, comme tels, simplement à cause de leurs préférences ou de leurs tendances sexuelles, de mauvais prêtres.

  • 4.

    C’est la seule vraie question, et un autre « scandale » : les communautés catholiques qui crèvent parce qu’elles n’ont plus, faute de prêtre, accès aux sacrements ; ces derniers sont en effet, dans la tradition catholique, les piliers de la vie spirituelle et de la conversion quotidienne. On peut faire toutes les réflexions utopiques et qualitatives qu’on veut (sur les ministères, les vocations, les prêtres issus de leur propre communauté – forcément un peu élitiste –, les nouveaux partages souhaitables entre prêtres et laïcs…). Il faudrait, si l’on était réaliste, ordonner des prêtres – hommes et femmes, mariés ou célibataires, jeunes ou plus âgés – sinon massivement du moins largement, en exigeant des critères religieux et humains bien sûr, pour assurer le service des sacrements et de la parole. La discussion interminable sur la possibilité d’ordonner des viri probati, des hommes mariés « éprouvés » – donc du troisième âge sans doute – a quelque chose de risible du seul point de vue de l’âge des prêtres en France et dans une bonne partie de l’Europe (près de 70 ans en moyenne – et quand on n’en est pas encore là, on y va rapidement), ainsi que de la sociologie des mariages et des divorces dans nos sociétés.

  • 5.

    C’est-à-dire des prêtres diocésains curés de paroisse. Il semble qu’in extremis, le pape ait résisté aux pressions qui voulaient en faire indistinctement le « patron des prêtres » de l’univers. La nuance n’est pas d’une importance immense, mais elle n’est pas sans arrière-pensées sur ce que doit être, selon Rome, tout prêtre urbi et orbi.

  • 6.

    Les biographies sont très nombreuses. Celle de Daniel Pézeril, Pauvre et saint curé dArs, Paris, Le Seuil, coll. « Livre de vie », 1961, mérite toujours recommandation pour sa justesse et sa profondeur. Voir aussi, sur le contexte sacerdotal du xixe siècle, le beau livre de Philippe Boutry, Prêtres et paroisses au pays du curé d’Ars, Paris, Cerf, 1986 et le compte rendu donné dans Esprit par Pierre Mayol, « Au pays du curé d’Ars », janvier 1987.

  • 7.

    Avec de nombreuses conséquences « logiques », que les catholiques autant que l’opinion publique peinent à comprendre. Par exemple, l’eucharistie célébrée par un prêtre indigne (en état de péché mortel, devenu incroyant, etc.) est non licite (non permise), mais valide en soi (et donc opérant ses « bienfaits » pour ceux qui y participent). Elle ne dépend pas de la perfection du célébrant, mais de son ordination comme « prêtre pour l’éternité », avec les pouvoirs qui lui sont alors conférés par l’évêque. Pour la même raison, l’Église admet sa réduction (ou son retour) à l’état laïc, mais il reste « ontologiquement » prêtre in aeternum : sa « réduction » est simplement assortie d’interdits (de célébrer, de confesser, de prêcher) et de dispenses (l’obligation du célibat, la récitation bréviaire…). Mais l’Église semble ainsi plus indulgente avec les prêtres qui quittent leur ministère que pour les couples qui divorcent, puisque ces derniers sont interdits de remariage religieux sous peine d’excommunication – quelle que soit la raison de la rupture entre conjoints. Cette interdiction paraît, à vue humaine, particulièrement sévère, par exemple pour le conjoint trompé et abandonné parfois très tôt après le mariage. Mais on est deux pour se marier, et le mariage religieux aussi est, comme le sacerdoce, pour l’éternité… Le conjoint catholique motivé peut tenter dans ce cas une demande d’annulation du mariage, mais il ne peut en général l’obtenir que pour un vice de forme préalable (qui peut être de nature diverse, par exemple un fait important ignoré au moment du consentement, ou la non-consommation du mariage) ; il doit aussi passer par l’épreuve d’une enquête parfois pénible sur la véracité et l’importance des griefs allégués. Et le résultat n’est pas toujours certain : dans les années 1980, Jean-Paul II avait trouvé les juges de la Rote (le tribunal d’appel, sis à Rome, le premier niveau étant diocésain) trop laxistes du fait qu’ils accordaient trop d’attention aux motifs psychologiques… Les « divorcés remariés » ne peuvent aller communier (puisqu’ils sont « excommuniés »), et certains le vivent très mal ; par rapport aux anciens prêtres mariés de plein droit, ils ressentent leur situation comme une injustice – celle du « deux poids deux mesures » –, mais dans la logique formelle de la théologie et du droit canon qu’elle inspire, ils ont tort. Dans la pratique, beaucoup de catholiques divorcés passent aujourd’hui outre à ces interdictions, et plus d’un prêtre ferme les yeux sur la communion d’une/d’un divorcé. Certains organisent, avec l’appui d’un prêtre, une « célébration » à l’église lors de leur mariage civil, mais elle ne peut en aucun cas être considérée comme un mariage religieux – sauf que plus d’un invité présent n’y voit que du feu… et croit assister à un « vrai » mariage religieux. L’interdiction de remariage peut aussi faire qu’un ou une catholiques convaincus préfèrent alors vivre en concubin… En sens inverse, avoir été marié civilement à de multiples reprises n’empêche pas de finir par un mariage religieux catholique (en gronde pompe même, si on le veut) – ce qui fait sourire ironiquement les uns et en irrite profondément d’autres. Certains louent l’Église dans son rôle de « rappel de la Loi » (du père/ou du Père) dans une société qui l’ignore et ne connaît que la « permission », quels que soient ensuite les comportements et les mœurs réels : c’est ce qu’on dit quand on approuve le pape en prétendant qu’« il ne peut dire autre chose que ce qu’il dit ». Mais, outre le vague maurrassisme qui fait ainsi de l’Église un pilier moral d’une société risquant de tomber dans l’anomie, on se demande toujours quelle fidélité est ainsi manifestée par rapport au message nuancé, paradoxal, du Nouveau Testament (et de l’Ancien !) sur les rapports entre Loi et Liberté, Loi et Amour, Loi et Esprit, Loi et Corps, Loi et Vérité…

  • 8.

    « Excessive » par rapport à quoi ? Par rapport à la théologie commune du sacerdoce sans doute. Mais dans ce cas, pourquoi un pape si attentif aux rapports entre raison et foi, et aux « pathologies » de la foi, n’en tire-t-il pas les conséquences ?

  • 9.

    Tout au long de l’année sacerdotale, la Congrégation du clergé, dirigée par un Brésilien, le cardinal Hummes, a martelé des images du prêtre à l’ancienne (homme des sacrements, de la prière, séparé des laïcs – d’ailleurs absents –, distingué par son habit, obéissant au pape, vouant un culte à Marie…) qui rappelait plus l’« avant Vatican II » que le prêtre « dans le monde », ce temps inspiré du concile Vatican II des années 1960, qui est responsable d’une communauté de foi au sein du « peuple de Dieu ».

  • 10.

    De ce point de vue, l’interprétation « molle » du succès de ce film – il nous rappellerait la valeur du silence, du retrait, du « lâcher prise » (devenu une recette), ou la valeur du dialogue et de la tolérance – ne rend pas justice à la tension « métaphysique » qui l’habite, et qui met en jeu la vie et la mort physiques à cause de la foi – une foi qui, certes, n’a rien à voir avec les certitudes fondamentalistes.

  • 11.

    On trouvera sur le site « Église catholique en France », avec le lien « Église et société », les textes romains et français mentionnés.

  • 12.

    On aimerait précisément savoir quelles sont, outre la « réduction à l’état laïc », « un certain nombre de peines canoniques » évoquées par la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Il n’est pas sûr du tout que l’« ordonnancement pénal de l’Église se suffit à lui-même », comme le prétend le père Lombardi, porte-parole du Vatican. En Belgique, ce point est au centre du débat « après » la crise et aussi après des déclarations pour le moins imprudentes de Mgr Léonard, le primat (contesté) de Belgique.

Jean-Louis Schlegel

Philosophe, éditeur, sociologue des religions et traducteur, Jean-Louis Schlegel est particulièrement intéressé par les recompositions du religieux, et singulièrement de l'Eglise catholique, dans la société contemporaine. Cet intérêt concerne tous les niveaux d’intelligibilité : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du…

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