Introduction. Les jeux Olympiques de Pékin : grandes espérances, grande déception ?


« Nous ne sommes pas d’accord pour que l’on établisse un lien entre les problèmes concernant le Tibet et les jeux Olympiques de Pékin, et nous sommes contre la politisation des Jeux1  » déclarait le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères début juillet.

Pourtant, le gouvernement chinois n’a pas hésité à mélanger les genres, ne faisant ainsi que reprendre une vieille tradition. Les régimes autoritaires (voire totalitaires) ont toujours aimé les grandes manifestations sportives. Occasion de donner l’image d’un peuple uni derrière son gouvernement, les hymnes nationaux qui accompagnent chaque victoire d’un athlète originaire du pays organisateur sont autant d’occasions de célébrer la grandeur du régime.

En organisant les JO, la Chine tenait aussi à montrer qu’elle était capable de réaliser de grands chantiers et ses dirigeants n’ont pas lésiné sur les dépenses pour construire le stade en « nid d’oiseau », la piscine olympique, le village abritant les athlètes, etc. En tout, pas moins de 40 milliards de dollars, soit le double du budget des jeux d’Athènes, ont été dépensés.

Nous tentons dans ce dossier de présenter l’enjeu que constitue cet événement pour les hommes au pouvoir à Pékin.

Les dirigeants chinois ont souhaité que la torche olympique annonce au monde entier le retour de leur pays au premier plan de la scène mondiale. Ils avaient simplement oublié qu’en se mettant sous les projecteurs des médias, ils risquaient du même coup de se soumettre à une critique qu’ils ne pouvaient faire taire, celle de l’opinion internationale. C’est au lendemain d’émeutes particulièrement graves au Tibet que la « flamme sacrée2  » a commencé son périple. Les manifestations se sont multipliées sur son parcours. Cela a donné l’occasion à la presse occidentale d’aborder la question de la politique chinoise sur le Toit du monde, mais de manière souvent trop superficielle. Nous avons donc demandé à Françoise Robin de présenter le contexte historique, politique et social ayant conduit à des émeutes qui, pour la première fois depuis 1959, ont touché toutes les régions peuplées de Tibétains : non seulement la région autonome mais aussi les districts autonomes du Gansu, du Qinghai et du Sichuan.

Enfin, pendant les quelques semaines où notre presse s’est intéressée à ce qui se passait dans l’empire du Milieu, on a souvent entendu dire que « les Chinois (étaient) choqués par l’attitude des Occidentaux », que tous appuyaient leurs dirigeants et étaient très fiers que la Chine puisse organiser les JO. En somme, on nous montrait une opinion unanime en parfait accord avec ses dirigeants. Nous présentons pour conclure ce dossier un article publié par la revue Caijing, qui montre qu’il existe aujourd’hui un certain pluralisme en Chine.

  • 1.

    Déclaration du porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Liu Jianchao, rapportée dans Kristine Kwok, “Closed-door talks start on tensions in Tibet”, South China Morning Post, 2 juillet 2008.

  • 2.

    Sheng huo (flamme sacrée) est l’expression que les athées au pouvoir à Pékin utilisent pour qualifier la torche olympique.