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Photo : Christian Lue via Unsplash
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L’illusion souverainiste

Le souverainisme manifeste un désir démocratique. Mais ce désir occulte le droit international, qui entérine la reconnaissance de la souveraineté par les autres États, le droit constitutionnel, qui garantit le pluralisme du peuple souverain, ainsi que le droit social, qui témoigne de l’exigence de solidarité nationale et européenne.

À la veille de l’élection présidentielle, le débat politique français, tel qu’il se déroule dans les grands médias, est si vide qu’on pourrait croire que la France est un pays intellectuellement sinistré. C’est dans ce vide et dans l’étroitesse nationale que prospère la rhétorique de la souveraineté, tantôt sous la forme d’un appel qui reste incantatoire à la « souveraineté européenne » (sans proposition de réforme), tantôt sous la forme d’un souverainisme d’un nouveau genre, particulièrement stérile, qui propose de rester dans l’Union européenne tout en y pratiquant une politique de l’égoïsme national, de l’incivilité et de l’obstruction. Tous les camps s’en trouvent frappés.

Alors même que les ressources du projet d’une démocratie sociale et écologique se renouvellent dans des productions théoriques majeures, et que l’audience rencontrée par les combats européens d’un Raphaël Glucksmann atteste une attente politique en souffrance, la gauche politique ne s’est pas seulement amenuisée à une portion congrue de l’électorat : elle semble n’avoir d’identité que fantomatique. Du côté socialiste, elle s’est évaporée dans un vague libéralisme de centre-droit sans idées ; du côté écologiste, elle ne parvient pas à se définir politiquement ; du côté de La France insoumise, elle s’est embrumée dans un confusionnisme gazeux, mêlant le programme d’un keynésianisme national à une rhétorique « antisystème » peu discernable des ressentiments de la droite illibérale, dont elle part

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Jean-Yves Pranchère

Ancien élève de l'École Normale Supérieure, Jean-Yves Pranchère est membre du Centre de Théorie Politique de l'Université libre de Bruxelles, où il enseigne. Il est l'auteur de Le Procès des droits de l'Homme (Seuil, 2016) avec Justine Lacroix.

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Retrouver la souveraineté ?

L’inflation récente des usages du mot « souveraineté », venue tant de la droite que de la gauche, induit une dévaluation de son sens. Dévaluation d’autant plus choquante à l’heure où, sur le sol européen, un État souverain, l’Ukraine, est victime d’une agression armée. Renvoyant de manière vague à un « pouvoir de décider » supposément perdu, ces usages aveugles confondent souvent la souveraineté avec la puissance et versent volontiers dans le souverainisme, sous la forme d’un rejet de l’Union européenne. Ce dossier, coordonné par Jean-Yves Pranchère, invite à reformuler correctement la question de la souveraineté, afin qu’elle embraye sur les enjeux décisifs qu’elle masque trop souvent : l’exercice de la puissance publique et les conditions de la délibération collective. À lire aussi dans ce numéro : les banlieues populaires ne voteront plus, le devenir africain du monde, le destin du communisme, pour une troisième gauche, Nantes dans la traite atlantique, et la musique classique au xxie siècle.