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Photo : Gabriel
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Simone Weil, le malheur et l'invisible

août/sept. 2012

Il n’y a pas de romantisme social chez Simone Weil : prendre la condition d’ouvrière, ce n’est pas idéaliser ceux qui courbent sous le fardeau de leur condition. L’expérience défait les mensonges et ramène à l’essentiel de l’expérience commune, là où la pensée fuit toujours, parce qu’elle ne supporte pas l’évocation, même indirecte, du malheur.

La pensée fuit le malheur aussi promptement, aussi irrésistiblement qu’un animal fuit la mort1.

Simone Weil, en dirigeant résolument sa pensée vers le malheur, savait qu’elle allait à l’encontre de la tendance spontanée de l’esprit. Le malheur qui paralyse la pensée, c’est d’abord celui qu’on éprouve soi-même ; c’est aussi celui des autres, qui est omniprésent dans la société mais qu’il est inquiétant de regarder en face. L’intérêt de Simone Weil pour le malheur donne un aspect un peu sombre à sa pensée – et il y a bien chez elle une austérité qui confine au dolorisme. L’attention aiguë portée aux différentes formes de souffrance, le refus de toute consolation ou de toute fuite dans l’imaginaire, les tendances sacrificielles de Simone Weil ne facilitent pas toujours la tâche de ses lecteurs, qui peuvent être rebutés par ce climat d’intransigeance. Mais c’est aussi là que réside l’originalité de la pensée weilienne, dans cette forme crue de lucidité qui veut embrasser la complexité du réel mais qui nous renvoie toujours à une forme de simplicité – celle de l’attention. Prêter attention est difficile en soi, nous dit Simone Weil ; mais prêter attention au malheur est encore plus ardu. C’est qu’il se produit, au cœur de nos sociétés, une déshumanisation radicale. Le malheur, la misère rendent les hommes invisibles : invisibles à autrui, invisibles à eux

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